Un 3ème œil sur la réalité

Cryptozoologie: Le bigfoot / sasquatch

Cryptozoologie: Le bigfoot / sasquatch

Les légendes indiennes d’Amérique du Nord faisaient allusion à un géant velu, diversement appelé sasquatch, omah, windigo, etc. Depuis des décennies, les « visages pâles » ont à leur tour signalé une créature humanoïde et velue de très grande taille, dans pratiquement tous les états des USA et du Canada, mais essentiellement dans les forêts montagneuses de l’ouest des USA et du Canada (états de Californie, Oregon, Washington, Colombie britannique, etc.). En raison des traces de pas démesurées qu’elle laisse sur le sol (jusqu’à 45 cm de long), cette créature a reçu le surnom de bigfoot (« grand pied »). 

1) Quelques témoignages

– en 1969, Mr. et Mrs. Robert L. Behme, de Magalia (Californie), firent une curieuse rencontre nocturne :

« Le 16 avril, à environ minuit, nous étions en voiture sur la route entre Paradise et Stirling City. La région environnante est très boisée, bien arrosée, et traversée par de profonds canyons. Comme nous amorcions une longue courbe, nos phares éclairèrent ce qui semblait être un homme dans une fourrure, traversant la route. Pendant un instant nous eûmes une vue de face quand il se tourna vers la voiture, puis il s’enfonça dans l’obscurité. Notre impression fut qu’il était haut de plus de 6 pieds [1,80 m], complètement couvert de courts poils noirs qui semblaient être marqués soit de taches blanches, soit de boue. Sa face était blanche et glabre bien que les détails apparaissaient comme confus. Les yeux ne brillaient pas dans la lumière comme c’est le cas des yeux d’un animal. La tête était petite et se terminait en pointe au sommet. Il était lourdement bâti avec des jambes particulièrement lourdes. » (Byrne 1975).

2) Canulars

– en 1884, le Daily British Colonist raconta l’histoire d’un singe anthropoïde, surnommé Jacko, prétendument capturé près de Yale (Colombie Britannique), et gardé un temps dans la prison locale. Cette histoire a été reprise maintes fois comme preuve de la capture d’un jeune sasquatch. Mais John Green (1978) a pu démontrer qu’il s’agit d’un canular : le British Columbian du 11 juillet 1884 rapportait en effet que le gardien de la prise était à bout de patience après qu’il ait dû répéter à près de 200 personnes venues voir la bête que celle-ci n’existait pas !

– en 1924, Albert Ostman, un bûcheron canadien, aurait vécu une semaine prisonnier d’une famille de sasquatchs. Son témoignage a beau avoir fait illusion auprès de divers chercheurs (notamment John Green ou Ivan Sanderson), ce n’en est pas moins un canular. Entre autres énormités, l’enlèvement d’Ostman par le mâle sasquatch, alors qu’il dormait dans son sac de couchage, aurait du provoquer l’hilarité de toute personne un tant soit peu sensée ; de plus, dans maintes légendes, le Diable ou le croque-mitaines sont accusés d’enlever leurs victimes dans un sac : le sac de couchage est l’adaptation forestière de cette légende. De même, l’utilisation de la tabatière pour enivrer le sasquatch (permettant à Ostman de s’enfuir), est à rapprocher du folklore des lumbermen canadiens, suivant lequel on peut neutraliser le Diable en lui faisant priser du tabac.
Sur le plan biologique, le maigre régime alimentaire d’herbe et d’aiguilles de sapin, décrit par Ostman pour ces créatures (totalisant un poids de près d’une tonne à elles quatre), est très insuffisant en termes d’apports protidiques et caloriques pour une telle biomasse (Napier 1972 : 78-79).
Même John Green (1978 : 111), pourtant enclin à admettre l’histoire, note que la distance parcourue (près de 80 km en trois heures, sur un relief très accidenté), est invraisemblable.
Enfin, le témoignage d’Ostman s’écarte notablement des autres par l’anatomie prêtée à sa famille sasquatch (notamment l’humanisation excessive), son comportement (grégarisme, existence d’un « camp » permanent), etc.
Il est également à noter qu’Ostman, ayant raconté plusieurs fois son histoire à partir de 1957 (pour des « faits » remontant à 1924), n’a jamais oublié le moindre détail, ce qui est un défi aux mécanismes de la mémoire, mais parfaitement logique s’il s’agit d’une histoire fabriquée.

3) Analyse cryptozoologique

Le nombre très élevé (trop élevé ?) de rencontres, la pauvreté de la plupart des témoignages (qui se limitent souvent à des stéréotypes comme « a big hairy man » ou « a huge ape-man« ), l’appropriation du sasquatch par le cinéma et la culture de masse, la propension des Américains aux histoires les plus invraisemblables (à commencer par les enlèvements à bord d’OVNI) — tout cela tendrait à accréditer la thèse que ce dossier n’est qu’une vaste fumisterie, thèse que partagent la plupart des anthropologues.
Pourtant, on possède aussi des indices matériels que l’on ne peut rejeter aussi facilement (voir indices, ci-dessous) : qu’on le veuille ou non, l’existence d’une créature humanoïde et velue de très grande taille dans les forêts de l’ouest américain semble être une donnée incontournable.

Le sasquatch est donc décrit comme une créature humanoïde de plus de 2 m de hauteur, puissamment bâtie : la carrure aux épaules est souvent donnée en chiffre rond de 3 pieds, soit 90 cm (figure 1). Il est entièrement recouvert d’une épaisse toison, mais la face est relativement glabre. L’arrière du crâne est pointu, laissant supposer la présence d’une crête osseuse sagittale.

Figure 1 : le sasquatch
(dessin Stefano Maugeri, Gruppo Criptozoologia Italia).

Plusieurs auteurs, notamment le journaliste John Green et l’anthropologue Grover S. Krantz, ont proposé de rapprocher le sasquatch du gigantopithèque, un singe fossile connu par d’énormes mandibules du pléistocène de Chine du sud. Grover Krantz a même décrit le sasquatch dans un article pour les Northwest Anthropological Research Notes sous le nom de Gigantopithecus canadensis, en considérant les empreintes de pas de Walla Walla présentant des dermatoglyphes (1982) comme l’holotype de l’espèce, au même titre que l’on décrit des animaux préhistoriques à partir de leur simple empreinte.
Si l’existence d’un grand primate inconnu dans l’ouest du continent nord-américain semble possible au regard de tous les éléments disponibles, son identification avec le gigantopithèque pose toutefois un problème zoogéographique.

4) Indices matériels

– des photographies, certes floues.

– des films super 8 ou vidéo, même si le fameux film de Roger Patterson (1967) fait penser à un homme vêtu d’une peau et affublé d’un passe-montagne plutôt qu’à un primate inconnu.

– des enregistrements de cris, dont les vocalises se situent, tant en fréquence qu’en puissance, en dehors des capacités humaines.

– des traces de pas (figure 2), qui ont fait l’objet d’études anatomiques et biomécaniques très approfondies, notamment par Grover S. Krantz, anthropologue. En particulier, certaines d’entre elles montrent la présence de dermatoglyphes (empreintes digitales et palmaires du pied), rendant une supercherie invraisemblable. Notons qu’il ne s’agit nullement de pieds humains de grande taille, puisque les traces (en tout cas celles qui résistent à l’examen) présentent des caractères anatomiques bien spécifiques : double thénar (l’éminence charnue à la base du gros orteil), allongement relatif du calcanéum, pied plat (absence de voûte plantaire), faible différenciation des orteils, etc.


Figure 2 : moulage en plâtre d’une empreinte de pas de sasquatch
(photographie Michel Raynal)- des traces de mains (figure 3), faisant apparaître notamment une atrophie du thénar et une faible opposabilité du pouce.


Figure 3 : moulage en plâtre d’une empreinte de main de sasquatch
(photographie Michel Raynal)- des excréments.

– des poils, dont l’analyse biochimique par Jerold Lowenstein a révélé la parenté avec les primates supérieurs.

5) Hypothèses alternatives

– Des observations déficientes d’ours peuvent expliquer certains témoignages ambigus, mais en aucun cas les plus détaillés, et encore moins les nombreux indices matériels : pour ne donner qu’un exemple, les traces de pas n’ont rien à voir avec celles d’un ursidé.

6) Pour en savoir plus

BYRNE, Peter
1975 The search for bigfoot – monster, myth or man ? Washington, Acropolis Books Ltd.

GREEN, John
1968 On the track of the sasquatch. Agassiz, Cheam Publishing Ltd.
1970 Year of the sasquatch. Agassiz, Cheam Publishing Ltd.
1970 The sasquatch file. Agassiz, Cheam Publishing Ltd.
1978 Sasquatch : the apes among us. Agassiz, Cheam.

KRANTZ, Grover S.
1992 Big footprints. Boulder, Johnson Books.

MARKOTIC, Vladimir, and Grover S. KRANTZ
1984 The sasquatch and other unknown hominoids. Calgary, Western Publishers.

NAPIER, John
1972 Bigfoot – The yeti and sasquatch in myth and reality. London, Jonathan Cape.

SANDERSON, Ivan T.
1961 Abominable snowmen : legend come to life. Philadelphia, Chilton.
1963 Homme-des-neiges et hommes-des-bois. Paris, Plon : traduction du précédent.

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