Un 3ème œil sur la réalité

Cryptozoologie: Le grand serpent de mer

Cryptozoologie: Le grand serpent de mer

Depuis des siècles, les marins ont signalé dans les diverses mers du globe, de grands animaux serpentiformes, que l’on a désignés sous le nom générique de Grand Serpent-de-Mer.

1) Quelques témoignages

– En 1856, le Princess croise un monstre marin par 34°56′ de latitude sud et 18°14′ de longitude est :

« A une heure de l’après-midi, vu un très grand poisson, avec une tête comme un morse et douze nageoires pareilles à celles d’un globicéphale mais tournées en sens inverse. Le dos avait de 6 à 9 mètres de long ; également une bonne longueur de queue. »

– En 1910, c’est depuis le Potsdam, qu’une observation est faite en Atlantique nord :

« Il nous parut avoir la forme d’un serpent gigantesque, long de 35 à 40 mètres et d’un diamètre d’environ 60 centimètres. Il se déplaçait à vive allure. De temps en temps la tête se dressait presque perpendiculairement sur l’eau, jusqu’à une hauteur de 2,50 à 3 mètres ; elle restait dans cette position pendant un certain temps, puis disparaissait à nouveau. Ces deux mouvements allaient de pair avec un puissant jaillissement de l’eau jusqu’à une hauteur d’environ 6 mètres, cependant que la queue agitait non moins puissamment l’onde (la queue était de forme aplatie et élargie, avec une extrémité bifide). »

 2) Canulars

– En 1881, le steamer The Don aurait croisé un monstre marin dont la description extravagante vaut son pesant d’or, comme on peut en juger d’après l’extrait suivant :

« Il rend une odeur d’une fétidité telle que c’est à en être malade ; cette odeur, qui a persisté pendant plus d’une demi-heure, semble être le produit combiné d’une opération en grand de la maison Lesage, du grand collecteur d’Asnières par la chaleur, et d’une douzaine d’usines à noir animal semblables à celle de Billancourt. Il eût fallu, pour la neutraliser, les boutiques réunies de plusieurs de nos meilleurs parfumeurs. »

– En 1964, Robert Le Serrec observe et photographie (figure 1) un serpent-de-mer échoué par deux mètres de fond sur la Grande Barrière de Corail australienne. Le récit comporte maints détails suspects (les « témoins » n’osent pas jeter des cailloux sur le monstre pour voir s’il est vivant, mais n’en plongent pas moins pour l’examiner de près !), et la position des yeux de la créature est anatomiquement invraisemblable. Un film sous-marin pris par Le Serrec à la même occasion ne montre que des images floues.


Figure 1 : le serpent-de-mer de Robert Le Serrec (1964)

3) Analyse cryptozoologique

Le problème du Grand Serpent-de-Mer a fasciné nombre de zoologues et cryptozoologues. En 1893, le Hollandais Oudemans publia un livre entier sur cette énigme, intitulé The great sea-serpent, où il concluait qu’il s’agissait d’un grand pinnipède à allure de plésiosaure, auquel il donna le nom de Megophias megophias (figure 2), mais sa description est visiblement bâtie sur un portrait composite de plusieurs types d’animaux différents.


Figure 2 : le Megophias selon Oudemans

    En 1965, Bernard Heuvelmans a publié un livre sur la question, où il a tenté de démontrer, par une étude statistique de plusieurs centaines de témoignages, que l’animal légendaire a une origine multiple :

  • des observations d’animaux désormais répertoriés, mais qui ne l’étaient pas nécessairement au moment des faits : calmars géants Architeuthis, requins baleines (Cetorhinus maximus), régalecs (Regalecus glane), vers némertiens démesurés comme le Lineus longissimus, etc.
  • et des observations de plusieurs types non apparentés d’animaux serpentiformes inconnus, dont aucun n’est un serpent, et dont Bernard Heuvelmans a donné une description détaillée, associée à un nom scientifique latin :

– 5 types de mammifères, comme le démontrent leurs ondulations dans le plan vertical, la présence de poils, le fait de « souffler » à la surface, etc. :



le long cou
(Megalotaria longicollis)
Animal cosmopolite, le « long cou » est décrit comme une sorte d’otarie à cou de girafe, qui pénètre à l’occasion dans les lacs comme au Loch Ness (voir sur ce site la page consacrée au monstre du Loch Ness et à ses congénères).
Taille 5 à 20 mètres, tête petite, yeux très petits, deux petites « cornes » parfois distinguées sur la tête, long cou cylindrique, corps massif avec deux ou trois bosses, quatre pattes palmées dont les deux postérieures simulent une queue bilobée horizontale, peau brun foncé.

la super-loutre
(Hyperhydra egedei)
Vivant dans les mers boréales, la « super-loutre » n’est plus signalée depuis le milieu du dix-neuvième siècle.
Taille 20 à 30 mètres, tête aplatie et allongée, yeux très petits, cou délié de taille moyenne, queue très longue se terminant en pointe, deux paires de pattes aux doigts distincts et palmés, dos nu, peau d’apparence rugueuse ou ridée, de couleur brun-grisâtre. Un souffle s’échappant des narines, situées au bout du museau, a été signalé une fois.
 
le multi-bosses
(Plurigibbosus novae-angliae)
Observé principalement sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre (USA).
Taille 18 à 30 mètres, tête ovoïde, au muffle épais, la faisant ressembler à celle d’un boeuf, cou délié de taille moyenne, petit aileron triangulaire sur le garrot, dos garni d’une série de bosses, queue élargie et bilobée comme celle des cétacés, une paire de palettes natatoires antérieures, peau lisse, tête et dos brun foncé à noir, gorge et ventre blancs, vitesse considérable obtenue par des ondulations verticales
 
le cheval marin
(Halshippus olai-magni)
Serpent-de-mer cosmopolite, observé notamment le long des côtes américaines et canadiennes du Pacifique (« Caddie »).
Taille 10 à 30 mètres, tête effilée rappelant celle du cheval ou du chameau, yeux démesurés noirs ou rouges, bouche large, poils sur la face, long cou garni d’une crinière flottante, peau lisse et luisante, couleur brun foncé à noir.

le multi-ailerons
(Cetioscolopendra aelieni)
Observé surtout dans les eaux tropicales.
Taille 10 à 30 mètres, tête ronde rappelant celle du morse ou veau, petits yeux proéminents, situés haut sur la tête, bouche ventrale largement fendue, narines nettement visibles et entourées de poils, cou délié et bref, corps garni d’excroissances latérales semblables à des ailerons triangulaires et de plaques dermiques, queue aplatie évoquant celle d’une langouste, couleur brun marqué de jaune sale, ondule verticalement, souffle s’échappant des narines presque toujours observé.

(dessins d’après Heuvelmans 1965, et Stefano Maugeri pour l’otarie à long cou)

Selon Heuvelmans, le Long Cou est manifestement un pinnipède, alors que les quatre autres sont peut-être des archéocètes (cétacés primitifs à cou délié), le Multi-bosses étant sans doute apparenté aux zeuglodontes.

… et 4 ou 5 types d’autres vertébrés :

le Jaune Le portrait-robot du « Jaune » est le moins détaillé de tous. Il s’agit d’une créature serpentiforme de grande taille, à la couleur caractéristique, signalé dans les eaux tropicales. Ses affinités restent à établir.
le Saurien Océanique Le « Saurien Océanique » est décrit comme une sorte de grand crocodile entièrement adapté à la vie marine, se déplaçant par ondulations horizontales. Il s’agit peut-être d’un reptile survivant du groupe des thalattosuchiens ou d’un mosasaure attardé.
le père de toutes les tortues Le « père de toutes les tortues » est décrit comme une tortue gigantesque. Peut-être ne s’agit-il que d’observations de tortues-luths (Dermochelys coriacea) dont la taille a été très exagérée.
les « anguilliformes » géants Il s’agit de poissons dont il semble exister deux types : un grand requin serpentiforme et une sorte « d’anguille » super-géante.

A ces types de serpents-de-mer définis par Bernard Heuvelmans en 1965, Roy P. Mackal en a ajouté deux autres en 1980, pour rendre compte de certaines observations :

– 2 types d’invertébrés :

la ceinture de Vénus géante cténophore de très grande taille
le pyrosome géant chaîne de salpes démesurée

4) Indices matériels

– En 1932, le navire océanographique Dana pêche dans l’Atlantique une larve (leptocéphale) de poisson anguilliforme de plus de 1,80 m de long (figure 3). Si la proportion larve / adulte est la même que chez l’anguille, le poisson en question (qui a été nommé Leptocephalus giganteus) ressemblerait à une anguille d’une quinzaine de mètres de long… mais rien ne dit que le ratio soit effectivement le même.


Figure 3 : le leptocéphale géant du Dana
(avec un leptocéphale d’anguille, donnant l’échelle).

– En 1937, on a trouvé dans les entrailles d’un cachalot harponné au large de Vancouver les restes d’un animal serpentiforme à tête de cheval, dont Edward L. Bousfield et Paul H. LeBlond ont fait une étude approfondie dans la revue Amphipacifica : il s’agit selon eux d’un individu juvénile du serpent-de-mer à allure de « cheval marin », mais d’autres auteurs ont suggéré que ce n’est qu’un requin, voire un fœtus de cachalot.

5) Hypothèses alternatives

Plusieurs auteurs, comme Ulrich Magin, ont critiqué les travaux de Bernard Heuvelmans, en montrant que plusieurs des « types » de serpents-de-mer proposés sont contestables, car fondés au moins partiellement sur des documents douteux. Ainsi, la description d’origine du serpent-de-mer de Hans Egede, prototype de la « super-loutre », ne fait nullement mention de la présence de quatre pattes, mais seulement de deux, et rien ne dit qu’elles aient possédé des doigts déliés.

6) Pour en savoir plus

HEUVELMANS, Bernard
1965 Le grand serpent-de-mer — Le problème zoologique et sa solution. Paris, Plon.

LeBLOND, Paul H., and Edward L. BOUSFIELD
1995 Cadborosaurus, survivor from the deep. Victoria, Horsdal and Schubart Publishers Ltd.

MACKAL, Roy P.
1980 Searching for Hidden Animals. Garden City, Doubleday and Co.

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