Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – La Dixième Prophétie – 10 : Conserver la Vision.

James Redfield – La Dixième Prophétie – 10 : Conserver la Vision.

Je me retournai et le regardai, examinant ses longs cheveux et son visage balafré éclairés par la lumière de la lune.

– Où sont les autres ? murmura-t-il.

– Nous avons été séparés, répondis-je. Avez-vous vu ce qui s’est passé ?

Son visage se rapprocha du mien.

– Oui, j’observais du haut de la colline. Où sont-ils allés, à votre avis ?

Je réfléchis un instant.

– Vers les trois cascades.

Il me fit signe de le suivre et nous prîmes la direction des chutes. Au bout de quelques minutes, il me jeta un coup d’oeil et dit :

– Quand vous étiez assis tous ensemble à l’entrée du canyon, là-bas, votre énergie a fusionné, s’est accrue et ensuite étendue à toute une partie de la vallée. Que faisiez-vous ?

J’essayai de lui raconter toute l’histoire le plus brièvement possible : mes entretiens avec Wil et mon entrée dans l’autre dimension ; ma vision de Williams et mes contacts avec Joël et Maya ; ma rencontre avec Curtis et comment nous avions tenté d’introduire la Vision du Monde sur terre pour contrecarrer les desseins de Feyman.

– Curtis se trouvait-il avec vous à l’entrée du canyon ? me demanda David.

– Oui, ainsi que Maya et Charlène, bien que nous soyons censés être sept…

Il me jeta un bref coup d’oeil et faillit glousser de rire. Toute la tension, la colère qu’il avait refoulées à grand-peine quand j’avais fait sa connaissance en ville semblaient avoir complètement disparu.

– Alors, vous avez rencontré vos ancêtres, vous aussi, n’est-ce pas ? demandai-je.

Je pressai le pas pour marcher à sa hauteur.

– Vous avez atteint l’autre dimension ? insistai-je.

– Oui, répondit David. J’ai vu mon groupe d’âmes et assisté à ma Vision de Naissance. Tout comme vous, je me suis souvenu de ce qui s’était passé auparavant. J’ai compris que nous revenions tous sur terre pour y introduire la Vision du Monde. Et alors, je ne sais pas comment, pendant que je vous regardais tous là-bas, dans la lumière de la lune, j’avais l’impression d’être avec vous, d’appartenir à votre groupe. J’ai vu la Vision du Monde autour de moi.

Il s’arrêta dans l’ombre d’un grand arbre qui cachait la lune, son visage austère rejeté en arrière. Je me tournai pour lui faire face.

– David, quand nous nous sommes réunis là-bas et que nous avons introduit la Vision du Monde, pourquoi n’avons-nous pas réussi à arrêter Feyman ?

Il s’avança dans la lumière et aussitôt je reconnus en lui le chef qui avait violemment repoussé la proposition de Maya au XIXe siècle. Puis son expression dure comme la pierre disparut et il éclata de rire.

– Il ne suffit pas de voir cette Vision du futur, dit-il, bien que ce soit très important. Il nous faut surtout la projeter d’une certaine façon, la conserver pour le reste de l’humanité. Tel est le contenu véritable de la dixième révélation. Votre façon de retenir la Vision pour Feyman et ses sbires ne les a pas aidés à s’éveiller. (Il me regarda puis ajouta 🙂 Allez, nous devons nous dépêcher.

Après avoir marché environ cinq cents mètres, nous entendîmes un cri d’oiseau sur notre droite et David s’arrêta brusquement.

– Qu’est-ce que c’était ? demandai-je.

Il releva la tête tandis que le hululement remplissait de nouveau la nuit.

– Une effraie : elle signale notre présence aux autres.

Je le regardai sans comprendre, et me souvins du comportement étrange des animaux de cette vallée.

– Quelqu’un dans votre groupe connaît-il le sens des messages que nous envoient les animaux ? demanda-t-il.

– Je ne sais pas ; peut-être Curtis ?

– Non, il a l’esprit trop scientifique.

Je me souvins ensuite de Maya : elle avait mentionné qu’elle avait trouvé notre grotte en suivant la direction que lui indiquaient les cris des oiseaux.

– Peut-être Maya !

Il me regarda d’un air interrogateur.

– Le médecin que vous avez mentionné, celle qui utilise la visualisation pour soigner ses malades ?

– Oui.

– Bien. C’est parfait. Faisons comme elle et prions.

Je me tournai vers lui et le regardai tandis que la chouette hululait de nouveau.

– Comment ?

– Eh bien, nous allons… visualiser… qu’elle se souvient du don des animaux.

– Quel don ?

Un éclair de colère traversa son visage et il se tut un instant, fermant les yeux, essayant visiblement de réprimer son impatience.

– Vous n’avez pas encore compris que, lorsqu’un animal sauvage croise notre chemin, il s’agit d’une coïncidence de la plus haute importance ?

Je lui parlai du lièvre, du groupe de corbeaux et du faucon que j’avais rencontrés en pénétrant dans la vallée, puis du jeune lynx, de l’aigle et du louveteau.

– Certains sont même apparus au moment où nous assistions à la Vision du Monde.

Il hocha la tête comme s’il attendait que je poursuive.

– Je savais que quelque chose d’important se passait, dis-je, mais je me demandais que faire, sauf dans certains cas les suivre. Tous ces animaux avaient un message pour moi, d’après vous ?

– Oui.

– Comment puis-je connaître la nature de ce message ?

– C’est facile. Chaque type d’animal que nous attirons transmet un message particulier. Chaque espèce qui croise notre chemin nous apporte une information sur notre situation, la part de nous-mêmes à laquelle nous devons faire appel pour affronter une circonstance donnée.

– Même après tout ce qui s’est passé, dis-je, j’ai du mal à vous croire. Un biologiste affirmerait probablement que les animaux sont des machines mues par un instinct stupide.

– Seulement parce que les animaux reflètent notre propre niveau de conscience et nos attentes. Si notre niveau de vibration est bas, les animaux croiseront simplement notre route et rempliront leur fonction écologique habituelle. Quand un biologiste sceptique réduit le comportement animal à un instinct irréfléchi, il ne fait que projeter les limites qu’il a lui-même fixées pour l’animal. Mais plus notre vibration augmente, plus les actions des animaux que nous rencontrons deviennent synchronistiques, mystérieuses et riches d’enseignements.

Muet, j’écarquillai les yeux.

Il me regarda du coin de l’oeil puis ajouta :

– Le lièvre que vous avez vu vous communiquait une direction à suivre à la fois sur le plan matériel et psychologique. En ville, quand je vous ai rencontré pour la première fois, vous sembliez déprimé et bourré de craintes, comme si votre foi dans les révélations diminuait. Si vous observez un lièvre pendant un long moment, il vous montrera comment affronter vraiment votre peur, afin de la surmonter plus tard et d’avoir une attitude créative et ouverte. Un lièvre vit à proximité d’animaux qui se nourrissent de ses semblables, mais il maîtrise sa peur ; il ne fuit pas son milieu et cela ne l’empêche pas d’être prolifique, productif et optimiste. Lorsqu’un lièvre apparaît dans notre horizon, il nous incite à retrouver la même attitude à l’intérieur de nous-mêmes. Tel était le message que vous avez reçu ; sa présence vous indiquait que vous aviez l’occasion de vous souvenir du modèle du lièvre, d’analyser en détail votre propre peur et de la surmonter. Et parce que cela s’est passé peu après votre arrivée, cela a donné le ton à toute votre aventure. Est-ce que votre expédition n’a pas été à la fois pleine d’appréhensions et fertile en enseignements ?

J’acquiesçai.

Il ajouta :

– Parfois cela peut se manifester aussi par une histoire d’amour. Avez-vous rencontré quelqu’un ?

Je haussai les épaules, puis me souvins de l’énergie nouvelle que j’avais sentie devant Charlène.

– Peut-être, dans un sens, avez-vous raison. Et qu’en est-il des corbeaux que j’ai vus et du faucon dont j’ai suivi le vol avant de rencontrer Wil ?

– Les corbeaux conservent les lois de l’esprit. Passez du temps avec eux et ils feront des choses étonnantes qui aiguiseront toujours votre perception de la réalité spirituelle. Leur message était : « Ouvrez-vous, souvenez-vous des lois spirituelles qui se présentent à vous dans cette vallée. » Leur présence aurait dû vous préparer à ce qui allait se produire.

– Et le faucon ?

– Les faucons sont éveillés et observateurs, toujours à l’affût d’une information, d’un message nouveau. Leur présence doit nous inciter à redoubler immédiatement de vigilance. Souvent ils signalent qu’un messager est proche.

Il releva la tête.

– Il m’annonçait la présence de Wil ?

– Oui.

David m’expliqua pourquoi d’autres animaux avaient croisé mon chemin. Les chats, m’expliqua-t-il, nous invitent à nous rappeler notre capacité à utiliser notre intuition et à nous guérir nous-mêmes. Le message du jeune lynx, juste avant de rencontrer Maya, m’avertissait qu’une occasion de recevoir des soins était proche. De même, un aigle qui monte en flèche à une grande hauteur représente une occasion de s’aventurer réellement dans les royaumes supérieurs du monde spirituel. Quand j’avais vu l’aigle sur la crête, me dit David, j’aurais dû me préparer à rencontrer mon groupe d’âmes et à comprendre plus de choses sur ma propre destinée. Et enfin, le louveteau était apparu pour augmenter mon énergie, réveiller mon courage latent et ma capacité de persuasion, pour que je trouve les mots susceptibles d’aider à réunir les autres membres du groupe.

– Les animaux représentent donc, dis-je, des parties de nous-mêmes que nous avons besoin de contacter ?

– Oui, des facettes de nous-mêmes que nous avons développées quand nous étions ces mêmes animaux durant le cours de l’évolution, mais que nous avons perdues.

Je pensai à la vision de l’histoire humaine que j’avais observée à l’entrée du canyon avec le groupe.

– Vous parlez de la façon dont la vie évoluait, espèce après espèce ?

– Nous y avons participé, nous aussi, continua David. Dans la mesure où elle représentait le point final du développement de la vie, notre conscience progressait à travers chaque animal et sautait ensuite dans le suivant. Pour l’avoir vécue, nous connaissons la façon dont chaque espèce voit le monde, ce qui est un aspect important de la conscience spirituelle totale. Quand un animal particulier surgit devant nous, cela signifie que nous sommes prêts à intégrer son état de conscience dans notre sensibilité en éveil. Et je vais vous dire plus : nous sommes encore loin d’avoir rattrapé certaines espèces. C’est pourquoi il est si important de préserver toutes les formes de vie sur terre. Nous voulons qu’elles durent non seulement parce qu’elles assurent l’équilibre de l’écosphère, mais parce qu’elles représentent des aspects de nous-mêmes que nous essayons encore de nous rappeler.

Il marqua une pause et observa la nuit.

– Cela s’applique aussi à la riche diversité de la pensée humaine, incarnée par les différentes cultures autour de la planète. Aucun d’entre nous ne sait exactement où réside la vérité de l’évolution humaine. Chaque culture a une vision du monde légèrement différente, un mode de conscience particulier, et il faut garder le meilleur de chacune d’entre elles, l’intégrer et constituer un ensemble plus parfait.

Une expression de tristesse affleura sur son visage.

– Il est vraiment dommage qu’il ait fallu attendre quatre siècles pour que commence la fusion réelle des cultures européennes et indigènes. Pensez à ce qui s’est passé. L’esprit occidental a perdu contact avec le mystère ; la magie des forêts profondes a été réduite au bois qu’on en extrayait et les mystères de la vie sauvage à des animaux de compagnie. L’urbanisation a isolé la grande majorité des gens, de sorte que nous croyons maintenant qu’un contact avec la nature se résume à un parcours de golf. Combien d’entre nous ont la chance de connaître les mystères des grandes étendues sauvages ?

« Nos parcs nationaux représentent tout ce qui reste des grandes forêts, des riches plaines et des déserts qui caractérisaient autrefois ce continent. Nous sommes actuellement trop nombreux pour la quantité réduite de zones vierges qui existent encore. Si l’on veut visiter un parc naturel aujourd’hui, il faut souvent s’inscrire sur une liste d’attente et patienter un an avant de pouvoir s’y rendre. Et malgré cette situation catastrophique, les politiciens veulent continuer à vendre davantage de terres appartenant au domaine public. La plupart d’entre nous sont obligés d’avoir recours à des cartes à jouer représentant des animaux pour savoir quels signes ceux-ci envoient dans leur vie, au lieu de mener leur quête dans des régions véritablement sauvages et de vivre une expérience authentique.

Soudain le cri de l’effraie retentit si près de nous que je sursautai involontairement. David me jeta un regard plein d’impatience.

– Pouvons-nous prier maintenant ?

– Écoutez, dis-je, je ne comprends pas. Voulez-vous prier ou faire un exercice de visualisation ?

Il essaya de maîtriser le ton de sa voix.

– Je suis désolé. L’impatience fait partie des émotions résiduelles que je ressens envers vous. (Il inspira longuement.) La dixième révélation, apprendre à croire en nos intuitions, se souvenir de notre Projet de Naissance, conserver la Vision du Monde, tout cela concerne l’essence de la prière.

« Pourquoi chaque tradition religieuse a-t-elle une forme différente de prière ? Si Dieu est unique, omniscient, tout-puissant, alors pourquoi devons-nous implorer son aide ou le pousser à agir d’une façon ou d’une autre ? Pourquoi ne suffit-il pas qu’il édicté des commandements et des conventions, qu’il nous juge selon ces règles et qu’il agisse directement quand Lui le veut, et pas nous ? Pourquoi devrions-nous lui demander d’intervenir spécialement ? Lorsque nous prions correctement, nous ne demandons pas à Dieu de faire quelque chose. Dieu nous inspire d’oeuvrer à sa place afin d’exécuter sa volonté sur la terre. Nous sommes les émissaires du divin sur cette planète. La visualisation est une forme de prière que Dieu attend que nous utilisions pour discerner sa volonté et l’appliquer dans la dimension matérielle. Son royaume viendra, sa volonté se réalisera, sur terre comme au ciel.

« Dans ce sens, chaque pensée, chaque espoir, tout ce que nous visualisons dans l’avenir, est une prière et tend à créer cet avenir. Mais aucune pensée, aucun désir, aucune peur n’est aussi puissante qu’une vision en harmonie avec le divin. C’est pourquoi il nous faut introduire la Vision du Monde sur terre, la conserver : ainsi nous saurons ce pour quoi nous devons prier, quel futur nous devons visualiser.

– Je comprends, dis-je. Comment pouvons-nous aider Maya à prêter attention à la chouette ?

– Qu’a-t-elle dit quand elle vous a parlé de la guérison ?

– Nous devons visualiser que le patient se souvient de son Projet de Naissance. Il guérira véritablement lorsqu’il redécouvrira son but existentiel après avoir récupéré la santé. Quand un patient se souvient, alors nous pouvons l’aider à atteindre un objectif plus spécifique.

– Faisons la même chose maintenant, dit David. Espérons que l’intention originelle de Maya était de suivre le cri de cet oiseau.

David ferma les yeux et je suivis ses instructions. J’essayai de visualiser Maya en train de se rappeler ce qu’elle était censée faire. Au bout de quelques minutes, quand j’ouvris les yeux, David me regardait fixement. La chouette hulula de nouveau juste au-dessus de nos têtes.

– Allons-y, dit-il.

Vingt minutes plus tard, nous nous trouvions sur la colline au-dessus des trois cascades. La chouette nous avait suivis en criant régulièrement et elle s’était perchée à une quinzaine de mètres à notre droite. Devant nous, le bassin scintillait au clair de lune ; les rayons de l’astre étaient parfois atténués par des nappes de brouillard qui glissaient à la surface de l’eau. Nous attendîmes quelques minutes sans échanger une parole.

– Regardez ! Ici ! s’exclama David en pointant le doigt.

Au milieu des rochers, à droite du bassin, je pus distinguer plusieurs silhouettes. L’une d’entre elles leva les yeux et nous aperçut : c’était Charlène. J’agitai la main et elle me reconnut. David et moi descendîmes alors la pente rocheuse jusqu’à l’endroit où se tenaient mes compagnons.

Ravi de revoir son ami, Curtis l’agrippa par le bras.

– Maintenant nous allons pouvoir stopper ces sales types.

Pendant un moment ils se regardèrent en silence, puis Curtis présenta Maya et Charlène à David. Mes yeux rencontrèrent ceux de Maya.

– Avez-vous eu du mal à trouver votre chemin jusqu’ici ?

– Au départ nous étions désorientés et perdus dans l’obscurité, mais ensuite j’ai entendu la chouette et j’ai su comment me diriger.

– La présence d’une chouette, expliqua David, signifie que nous avons l’occasion de démasquer toute tromperie chez les autres. Si nous évitons de les blesser ou de les frapper, nous pouvons, comme la chouette, percer l’obscurité et capter une vérité supérieure.

Maya observait David attentivement.

– J’ai l’impression de vous avoir déjà vu, déclara Maya. Qui êtes-vous ?

Il la regarda d’un air interrogateur.

– On vous a dit mon nom. Je m’appelle David.

Elle attrapa doucement sa main.

– Non, pardon, qui représentez-vous pour moi, pour nous ?

– J’étais là-bas, expliqua-t-il, pendant les guerres, mais je haïssais tellement les Blancs que je ne vous supportais pas ; je ne vous ai même pas écoutée.

– Nous procédons différemment maintenant, affirmai-je.

Par habitude, David me lança un regard furieux, puis il se ressaisit et son visage s’adoucit comme auparavant.

– À cette époque, me dit-il, je vous méprisais encore plus que les autres. Vous ne vouliez pas prendre parti. Vous vous êtes enfui.

– J’avais peur, répondis-je.

– Je sais.

Pendant plusieurs minutes, chacun évoqua avec David les émotions qu’il éprouvait, tout ce que nous pouvions nous rappeler à propos de la tragique guerre contre les Indiens. David expliqua ensuite que son groupe d’âmes comprenait des médiateurs et que cette fois il était venu sur terre pour maîtriser sa colère contre la mentalité européenne ; par la i suite, il devait contribuer à ce que l’apport spirituel de toutes les cultures indigènes soit reconnu et que tous les peuples soient intégrés dans une civilisation supérieure.

Charlène me jeta un coup d’oeil, puis se tourna vers David.

– Vous êtes le cinquième membre de notre groupe, n’est-ce pas ?

Avant qu’il eût pu répondre, nous sentîmes une vibration traverser le sol sous nos pieds ; elle provoquait des ondes irrégulières sur la surface du bassin. Accompagnant le tremblement, un gémissement strident et sinistre remplit la forêt. Du coin de l’oeil, je vis des lampes torches avancer sur la colline à une quinzaine de mètres au-dessus de nous.

– Ils arrivent ! murmura Curtis. Je me retournai et aperçus Feyman au bord d’un surplomb, juste au-dessus de nos têtes ; il était en train d’installer une petite antenne parabolique sur un ordinateur portable.

– Ils vont se concentrer sur nous et essayer ainsi de régler avec précision les générateurs, expliqua Curtis. Nous devons partir d’ici.

Maya tendit la main et lui toucha le bras.

– Non, s’il vous plaît, Curtis, cela va peut-être marcher cette fois-ci.

David se rapprocha de Curtis puis lui dit à voix basse :

– Nous pouvons y parvenir.

Curtis le regarda fixement pendant un moment, puis finalement acquiesça d’un signe de tête et nous commençâmes à élever de nouveau notre énergie. Comme au cours des deux tentatives précédentes, je commençai à voir sur le visage de chacun de mes compagnons l’expression du moi supérieur. Ensuite nos groupes d’âmes apparurent et fusionnèrent dans un cercle autour de nous, y compris, pour la première fois, les membres du groupe de David. Comme le souvenir de la Vision du Monde nous revenait en mémoire, nous essayâmes de nouveau de transférer de l’énergie, des connaissances et de la conscience dans la dimension matérielle.

Et aussi, comme auparavant, nous vîmes la polarisation créée par la Peur se répandre à notre époque, et la vision panoramique de l’avenir positif qui se réaliserait une fois que les groupes adéquats se seraient formés et auraient appris à intercéder, à conserver la Vision.

Soudain un deuxième tremblement secoua violemment le sol.

– Gardez la Vision ! cria Maya. Conservez l’image de l’avenir possible.

J’entendis une crevasse fendre le sol à ma droite, mais je maintins ma concentration. Dans mon esprit je vis encore la Vision du Monde comme une force qui rayonnait de notre groupe vers l’extérieur, dans toutes les directions, et repoussait Feyman loin de nous, détruisant sa vision de Peur. À ma gauche, un arbre énorme fut arraché de ses racines et se fracassa sur le sol.

– Cela ne marche toujours pas ! cria Curtis en sautant sur ses pieds.

– Non, attends, dit David. (Il avait profondément réfléchi pendant tout ce temps. Il tendit le bras pour rattraper son ami et le força à s’asseoir.) Sais-tu pourquoi nous échouons ? Nous traitons Feyman et les autres comme nos ennemis, en essayant de les repousser. Cela les fortifie, parce que ainsi ils ont un adversaire. Plutôt que de lutter contre eux, nous devons inclure Feyman et ses acolytes dans ce que nous visualisons. En réalité, ils ne sont pas nos ennemis ; nous sommes tous des âmes en croissance qui s’éveillent. Nous devons projeter la Vision du Monde vers eux comme s’ils étaient exactement semblables à nous.

Je me souvins soudain de la Vision de Naissance de Feyman. Maintenant tout s’emboîtait : je revoyais l’enfer, comprenais les comportements obsessionnels qu’adoptaient les hommes pour conjurer la Peur, je revoyais le cercle d’âmes qui tentaient d’intervenir. Et finalement je revis le projet originel de Feyman.

– Il appartient à notre groupe ! criai-je. Je sais ce qu’il avait l’intention de faire. En réalité, il est venu sur terre pour surmonter son besoin de pouvoir : il voulait empêcher les destructions provoquées par les générateurs et les autres technologies nouvelles. Il s’est vu participant à notre réunion cette nuit. Il est le sixième membre de ce groupe.

Maya se pencha en avant.

– Cela marche exactement comme dans le processus de guérison. Nous devons nous représenter qu’il se souvient de son projet sur terre. (Elle me jeta un coup d’oeil.) Cela aide à dénouer les blocages de la Peur, les états seconds, à tous les niveaux.

Lorsque nous commençâmes à nous concentrer en incluant Feyman et ses sbires, notre énergie fît un bond en avant. La nuit devint plus claire et nous pûmes nettement voir Feyman et deux de ses gardes sur la colline. Les groupes d’âmes apparaissaient de plus en plus distinctement, avec des formes plus humaines, tandis qu’en même temps nous devenions plus luminescents, comme eux. Venant de la gauche, d’autres groupes d’âmes nous rejoignaient.

– C’est le groupe d’âmes de Feyman ! s’exclama Charlène. Et les groupes d’âmes des deux types qui l’accompagnent !

Tandis que l’énergie augmentait, l’hologramme massif de la Vision du Monde nous encercla de nouveau.

– Concentrez-vous sur Feyman et les gardes de la façon dont nous nous sommes concentrés sur chacun de nous ! cria Maya. Visualisez qu’ils se souviennent.

Je me tournai légèrement et fis face aux trois hommes. Furieux, Feyman s’acharnait encore sur son ordinateur, tandis que les deux autres le regardaient. L’hologramme les encercla eux aussi, spécialement l’image de chacun d’entre eux se réveillant à ce moment et redécouvrant son véritable objectif. Devant nos yeux, la forêt fut plongée dans un champ d’énergie perceptible, tourbillonnante, de couleur ambrée, qui parut traverser Feyman et ses collaborateurs. Simultanément je vis planer autour des trois hommes les mêmes volutes de lumière blanche qui nous avaient protégés, Curtis, Maya et moi. Ensuite, les traînées de lumière blanche s’agrandirent et commencèrent à se répandre dans toutes les directions pour finalement disparaître au loin. Au bout de quelques minutes, les secousses et les sons étranges s’arrêtèrent. Une brise entraîna les derniers vestiges de poussière vers le sud.

L’un des hommes cessa de regarder Feyman et s’éloigna pour se diriger vers la forêt. Pendant plusieurs secondes, Feyman continua à travailler sur son clavier, puis, découragé, il renonça. Il baissa les yeux vers nous, ramassa son ordinateur, le tenant avec soin sous son bras gauche. De l’autre main il sortit un pistolet de la poche de son blouson et commença à marcher vers nous. Brandissant une arme automatique, l’autre homme le suivit.

– Ne laissez pas partir l’image ! nous lança Maya. Quand ils furent à cinq ou six mètres de nous, Feyman installa son ordinateur sur le sol et se remit à pianoter sur le clavier tout en gardant son pistolet à portée de main. Plusieurs rochers, déjà ébranlés auparavant, explosèrent et s’écrasèrent dans le bassin.

– Vous n’êtes pas venu ici pour cela, déclara doucement Charlène, tandis que les autres membres du groupe se concentraient sur le visage de Feyman.

L’homme qui l’accompagnait, tout en gardant son arme pointée vers nous, s’approcha de lui et lui dit :

– Nous ne pouvons rien faire de plus ici. Partons. Feyman le repoussa d’un geste puis recommença à taper avec colère sur son clavier.

– Ça ne marche pas ! cria Feyman dans notre direction. Qu’est-ce que vous fabriquez ? (Il regarda son collaborateur.) Descends-les ! cria-t-il. Descends-les !

Pendant un instant l’homme nous regarda froidement. Puis, secouant la tête, il s’éloigna et disparut au milieu des rochers.

– Je sais que vous êtes né pour empêcher que ces destructions ne se produisent, affirmai-je.

Il laissa tomber son arme et me regarda fixement. Pendant un instant son visage s’éclaira, apparaissant exactement comme je l’avais vu durant sa Vision de Naissance. Visiblement, il se souvenait de quelque chose. Un peu plus tard, une expression de frayeur, puis de colère, traversa sa physionomie. Il grimaça, se tint le ventre et vomit sur les rochers à côté de lui.

S’essuyant la bouche, il reprit son arme.

– Je ne sais pas ce que vous manigancez contre moi, mais vous faites fausse route. (Il avança de quelques pas, puis sembla perdre de l’énergie. Son arme retomba sur le sol.) Cela n’a aucune importance, vous savez ? Il y a d’autres forêts. Vous ne pourrez pas être partout à la fois. Ce générateur fonctionnera. Vous comprenez ? Vous ne m’en empêcherez pas !

Il recula en trébuchant puis fit demi-tour et se mit à courir dans la nuit.

Quand nous atteignîmes la colline au-dessus du bunker, nous nous sentions tous extrêmement soulagés. Après le départ de Feyman, nous étions retournés sur le site de l’expérience avec mille précautions, ne sachant pas ce que nous y trouverions. Les environs du bunker étaient éclairés par des dizaines de phares de voitures. La plupart des véhicules arboraient l’écusson de l’Office des Eaux et Forêts, bien que le F. B. I. fût représenté ainsi que le bureau du shérif local.

Je rampai encore un peu sur la crête de la colline et observai attentivement pour voir si l’on interrogeait ou détenait quelqu’un dans l’une des voitures. Toutes paraissaient vides. La porte du bunker était grande ouverte et des policiers entraient et sortaient comme s’ils inspectaient le lieu d’un crime.

– Ils sont tous partis, dit Curtis. (Dissimulé derrière le tronc d’un grand arbre, il se tenait sur les genoux.) Nous les avons empêchés de nuire.

Maya se tourna vers nous et s’assit.

– Oui, en tout cas dans cette vallée. Ils ne recommenceront certainement pas leurs expériences ici.

– Mais Feyman ne se vantait pas, affirma David en nous regardant. Ils peuvent se rendre dans un autre endroit et personne ne le saura. (Il se leva.) Je dois aller au bunker et leur raconter toute l’histoire.

– Tu es fou ? s’écria Curtis en marchant vers lui. Que t’arrivera-t-il si le gouvernement a partie liée avec ces types-là ?

– Ce sont des gens comme les autres, répondit David. Ils ne sont pas tous complices.

Curtis se rapprocha de lui.

– Il doit y avoir un autre moyen. Je ne vais pas te laisser aller là-bas.

– Quelqu’un nous écoutera, dit David, j’en suis sûr.

Curtis se tut.

Charlène était appuyée sur un rocher à quelques mètres de nous et elle approuva :

– Il a raison. Tu rencontreras peut-être quelqu’un qui se trouve exactement dans la bonne position pour te donner un coup de main.

Curtis secoua la tête en essayant de rassembler ses pensées.

– Charlène a raison, mais tu as besoin d’un spécialiste qui décrive précisément la technologie qu’ils utilisaient…

– Alors tu dois m’accompagner, déclara David. Curtis ébaucha un sourire.

– D’accord, je viens avec toi, mais uniquement parce que nous avons un atout dans notre jeu.

– Que veux-tu dire ? demanda David.

– Un gars que nous avons ficelé là-haut dans une grotte.

David mit la main sur son épaule.

– Viens, tu me raconteras cela en chemin. On verra bien ce qui se passera.

Un peu angoissés, nous nous fîmes nos adieux et ils se dirigèrent vers la droite pour rejoindre le bunker par un autre chemin.

Soudain Maya leur cria d’attendre.

– Je vous accompagne, déclara-t-elle. Je suis médecin. Les gens me connaissent dans la région. Vous aurez peut-être besoin d’un troisième témoin.

Tous trois nous regardèrent, Charlène et moi, se demandant visiblement si nous allions nous aussi les rejoindre.

– Pas moi, dit Charlène. On a besoin de moi ailleurs.

Je déclinai moi aussi leur offre et leur demandai de ne pas mentionner notre présence. Ils acquiescèrent et se dirigèrent ensuite vers la zone illuminée.

Enfin seuls, Charlène et moi nous nous regardâmes droit dans les yeux. Je me souvins du profond sentiment que j’avais éprouvé pour elle dans l’autre dimension. Elle allait s’avancer vers moi et me parler quand nous aperçûmes une lampe torche à une quinzaine de mètres à notre droite.

Prudemment nous pénétrâmes dans les sous-bois. La lumière changea de position et se dirigea droit sur nous. Nous restâmes immobiles et nous accroupîmes par terre. Tandis que la lumière approchait, je commençai à entendre une voix : apparemment l’inconnu soliloquait en marchant. C’était Joël.

Je regardai Charlène.

– Je le connais, murmurai-je. Je crois que nous devrions lui parler.

Elle hocha la tête.

Quand il se trouva à cinq ou six mètres de nous, je l’appelai.

Il s’arrêta et brandit sa lampe dans notre direction. Me reconnaissant immédiatement, il marcha vers nous et s’assit à nos côtés.

– Que faites-vous ici ? demandai-je.

– Il n’y a rien d’intéressant là-bas, répondit-il en désignant le bunker. Le laboratoire clandestin a été totalement démonté. J’avais l’intention d’aller jusqu’aux trois cascades, mais quand je me suis trouvé dans le noir complet, j’ai changé d’avis.

– Ne deviez-vous pas quitter la région ? dis-je. Vous sembliez si sceptique !

– Je sais. J’allais partir, mais… bon, j’ai eu un rêve qui m’a troublé. J’ai pensé que je ferais mieux de rester et d’essayer de donner un coup de main. Les gardes forestiers ont cru que j’étais fou quand je leur ai parlé, mais ensuite je suis tombé sur un adjoint du shérif. Quelqu’un lui avait envoyé un message, alors nous sommes venus ici ensemble. Et nous avons trouvé ce laboratoire.

Charlène et moi nous nous regardâmes, puis je racontai brièvement à Joël notre affrontement avec Feyman et son dénouement.

– Ils provoquaient vraiment des dégâts aussi considérables ? demanda Joël. Quelqu’un a-t-il été blessé ?

– Je ne pense pas, répondis-je. Nous avons eu de la chance.

– Depuis combien de temps vos amis sont-ils partis vers le bunker ?

– Quelques minutes.

Il nous regarda.

– Vous ne les rejoignez pas ?

Je secouai la tête.

– Il vaut mieux observer de loin comment les autorités vont réagir.

L’expression de Charlène me confirma qu’elle pensait la même chose.

– Vous avez raison, approuva Joël en regardant vers le bunker. Je ferais mieux de redescendre, comme ça ils sauront que la presse connaît l’existence des trois témoins. Comment puis-je vous contacter ?

Nous vous appellerons, dit Charlène.

Il me tendit sa carte de visite, salua Charlène d’un signe de tête et prit la direction du bunker.

Charlène attira mon attention.

– Il est le septième membre de notre groupe, n’est-ce pas ?

– Oui, je crois.

Nous réfléchîmes sans prononcer un mot pendant un moment, puis Charlène déclara :

– Viens, nous devons retourner en ville.

Nous marchions depuis presque une heure lorsque, soudain, nous entendîmes des dizaines d’oiseaux chanteurs s’égosiller quelque part sur notre droite. L’aube se levait dans la forêt et un brouillard frais s’élevait du sol.

– Que se passe-t-il ? demanda Charlène.

– Regarde là-bas, dis-je.

À travers une brèche dans les arbres, au nord, j’apercevais un énorme peuplier qui devait bien avoir deux mètres de diamètre. Dans la demi-lumière de l’aube, la zone entourant l’arbre semblait plus lumineuse, comme si le soleil, encore derrière l’horizon, avait explosé pour projeter tous ses rayons sur un seul point.

J’éprouvai la sensation de chaleur qui m’était devenue si familière.

– Qu’est-ce que c’est ? demanda Charlène.

– C’est Wil ! m’exclamai-je. Allons là-bas. Quand nous fûmes à environ trois mètres de l’arbre, Wil nous apparut, tout souriant. Quelque chose en lui avait changé, mais quoi ? Tandis que j’observais son corps, je me rendis compte que sa luminosité était la même mais qu’il était moins flou. Il nous serra tous les deux dans ses bras.

– As-tu vu ce qui s’est passé ? demandai-je.

– Oui, dit-il. J’étais là avec les groupes d’âmes. J’ai tout vu.

– Ton corps est plus visible. Qu’as-tu fait ?

– Moi rien, répondit-il. C’est toi et ton groupe qui avez fait quelque chose, en particulier Charlène.

– Comment ? s’étonna celle-ci.

– Quand tous les cinq vous avez augmenté votre énergie et vous êtes consciemment souvenus de la plus grande partie de la Vision du Monde, vous avez fait passer toute cette vallée à un niveau vibratoire supérieur, celui de l’Après-Vie. Mon corps, comme le vôtre, est donc plus visible. Et il en sera désormais de même pour les groupes d’âmes dans cette région.

Je regardai intensément Wil.

– Tout ce que nous avons vu dans la vallée, tout ce qui s’est passé concernait la dixième révélation, n’est-ce pas ?

Il acquiesça.

– Tout autour de la planète, des gens vivent les mêmes expériences que vous. Une fois que nous avons compris les neuf premières révélations, chacun de nous doit essayer quotidiennement de faire face aux dissensions et au pessimisme croissants qui se manifestent autour de nous. Mais en même temps notre situation spirituelle, ce que nous sommes réellement, nous apparaît dans une perspective plus large, avec une plus grande clarté. Nous découvrons un vaste projet pour la planète Terre.

« La dixième révélation nous enseigne à conserver notre optimisme et à rester mobilisés. Nous apprenons à mieux prendre conscience de nos intuitions et à davantage leur faire confiance. Nous savons que ces images mentales représentent des souvenirs fugaces de notre projet originel, de la façon dont nous voulions voir notre vie évoluer. Nous désirions que notre vie suive un certain chemin, afin de pouvoir finalement nous souvenir de la vérité que notre expérience nous prépare à exprimer, et introduire cette connaissance dans le monde.

« Nous voyons maintenant nos existences dans la perspective supérieure de l’Après-Vie. Nous savons que nos aventures individuelles se déroulent dans le contexte de la longue histoire de l’éveil humain. Avec ce souvenir, nos vies sont solidement enracinées dans un contexte précis ; nous pouvons observer le long processus grâce auquel nous avons introduit la spiritualité dans la dimension matérielle, et ce qu’il nous reste à faire.

Wil marqua une pause et se rapprocha de nous.

– Maintenant nous allons voir si un nombre suffisant de groupes comme le vôtre se rassemblent et se souviennent, si suffisamment de gens autour de la Terre captent la dixième révélation. Nous devons conserver ce projet, assurer l’avenir.

« La polarisation de la Peur continue à croître et, si nous voulons l’éliminer et progresser, chacun de nous doit y participer personnellement. Nous devons surveiller très soigneusement nos pensées et nos attentes et nous reprendre chaque fois que nous traitons un autre être humain comme un ennemi. Nous pouvons nous défendre contre certaines personnes et les empêcher de nuire, mais sans les diaboliser, sinon nous augmentons la Peur.

« Nous représentons des âmes en pleine croissance ; nous avons un projet originel qui est positif ; et nous pouvons tous nous souvenir. Nous devons conserver cette idée et la transmettre à tous ceux que nous rencontrerons. Telle est la véritable Éthique interpersonnelle ; c’est la façon dont nous nous élevons, diffusons la nouvelle conscience qui est en train d’encercler la planète. Nous pouvons soit nous laisser dominer par la crainte que la civilisation ne disparaisse, soit conserver la Vision que nous sommes en train de réveiller. Dans les deux cas, notre attente constitue une forme de prière, une force qui provoquera le futur que nous imaginons. Chacun de nous doit choisir consciemment entre ces deux avenirs.

Wil sembla emporté par ses pensées et, à l’arrière-plan, contre la crête lointaine au sud, j’aperçus de nouveau des traînées blanches.

– Avec tout ce qui s’est passé, dis-je, je ne t’ai jamais demandé d’où provenait cette lumière blanche. Le sais-tu ?

Wil sourit, tendit les bras et nous saisit doucement par les épaules.

– Ce sont des anges, expliqua-t-il. Ils répondent à notre foi, à nos visions, et font des miracles. Ils semblent représenter un mystère, même pour les âmes de l’Après-Vie.

À ce moment j’eus la vision d’une communauté, quelque part dans une vallée semblable à celle-ci. Charlène s’y trouvait en compagnie d’autres personnes, y compris de nombreux enfants.

– Je pense que maintenant nous allons comprendre ce que sont les anges, continua Wil en regardant vers le nord comme s’il voyait, lui aussi, une image le concernant. Oui, j’en suis sûr. Vous venez avec moi ?

Je jetai un coup d’oeil à Charlène ; son regard me confirma qu’elle avait eu la même vision que moi.

– Je ne crois pas, dit-elle.

– Pas maintenant, ajoutai-je.

Sans dire un mot, Wil nous serra dans ses bras puis fit demi-tour et s’éloigna. D’abord j’éprouvai de la réticence à le laisser partir mais je ne protestai pas. Dans un recoin de mon esprit, je savais que mon voyage était loin d’être terminé. Je le reverrais bientôt.

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