Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – La Dixième Prophétie – 5 : S’ouvrir à la Connaissance.

James Redfield – La Dixième Prophétie – 5 : S’ouvrir à la Connaissance.

« Nom d’une pipe ! pensai-je, étendu de tout mon long sur le rocher dont les aspérités me rabotaient le dos, je suis revenu auprès de la rivière. »

Pendant un long moment j’observai fixement le ciel gris ainsi que ses gros nuages annonciateurs de pluie et j’écoutai l’eau couler non loin de moi. Je me dressai sur un coude et regardai aux alentours, éprouvant une sensation de lourdeur et de fatigue, exactement comme la fois précédente, lorsque j’avais quitté l’autre dimension.

Je me relevai maladroitement ; une légère douleur traversa ma cheville et je retournai en boitillant dans la forêt. Je sortis mon sac de sa cachette et me préparai un petit déjeuner ; je me mouvais très lentement et ne pensais à rien. Mon cerveau demeurait étonnamment vide, comme après une longue méditation. Puis j’essayai d’accroître peu à peu mon énergie, inspirant profondément plusieurs fois et bloquant ma respiration. Soudain j’entendis de nouveau le bourdonnement et une nouvelle image me vint à l’esprit. Je marchai vers l’est, dans la direction du bruit, cherchant à en identifier l’origine.

Terrifié, j’avais envie de m’enfuir à toutes jambes. Mais le bourdonnement cessa aussitôt après et j’entendis un froissement de feuilles derrière moi. Je me retournai tout à coup : Maya venait à ma rencontre.

– Surgissez-vous toujours au bon moment ? m’étonnai-je.

– Qu’est-ce que vous racontez ? Vous êtes fou ! Cela fait un bout de temps que je vous cherche. Où étiez-vous passé ?

– En bas, à côté de la rivière.

– Impossible, je ne vous ai pas vu. (Elle me dévisagea une seconde puis jeta un coup d’oeil à mon pied.) Comment va votre cheville ?

J’essayai de sourire.

– Bien. Écoutez, il faut que je vous parle.

– Moi aussi, j’ai une information à vous communiquer. Il se passe quelque chose de très bizarre. L’un des gardes forestiers m’a vue rentrer en ville, hier soir, et je lui ai parlé de votre accident. Il semblait ne pas vouloir que cela s’ébruite et a insisté pour envoyer une camionnette vous chercher ce matin. Je lui ai indiqué où vous campiez, et il m’a fait promettre que je l’accompagnerais ce matin. Comme j’ai trouvé son attitude très suspecte, je suis partie avant lui ; mais il va probablement arriver ici d’une minute à l’autre.

– Alors nous devons décamper tout de suite, dis-je en me précipitant sur mes affaires pour les emballer.

– Attendez ! Expliquez-moi ce qui se passe, me demanda-t-elle d’un air inquiet.

Je m’arrêtai et lui fis face.

– Quelqu’un, je ne sais pas qui, mène des expériences dans cette vallée. Je pense que mon amie Charlène est impliquée dans cette affaire, d’une façon ou d’une autre, ou qu’elle est en danger. Au moins l’un des responsables de l’Office des Eaux et Forêts a dû autoriser cette opération.

Elle écarquilla les yeux, essayant de digérer ces nouvelles.

Je ramassai mon sac à dos et lui pris la main.

– S’il vous plaît, Maya, accompagnez-moi pendant quelques minutes, j’ai encore beaucoup d’autres choses à vous dire.

Elle hocha la tête et attrapa son sac. Tandis que nous marchions vers l’est, le long de la rivière, je lui racontai toute l’histoire, depuis ma rencontre avec David et Wil, jusqu’à la Revue de Vie de Williams et ma discussion avec Joël. Avant de lui parler de sa Vision de Naissance, je m’arrêtai pour m’asseoir sur un petit monticule rocheux. Elle s’accroupit, puis s’appuya contre un arbre à ma droite.

– Vous êtes impliquée dans cette affaire, vous aussi, dis-je. Il est évident que vous connaissez déjà l’un de vos objectifs de vie : introduire sur cette terre des techniques de soins alternatives, mais vous en avez un autre. Vous êtes censée faire partie du groupe de sept personnes que Williams a vu se réunir.

– Comment le savez-vous ?

– Wil et moi avons assisté à votre Vision de Naissance.

Elle secoua la tête et ferma les yeux.

– Maya, nous venons tous sur terre avec une vision de notre vie future et de nos buts existentiels. Les intuitions, les rêves et les coïncidences ont tous pour fonction de nous maintenir sur le bon chemin, de nous rappeler l’orientation que nous désirions donner à notre vie.

– Que voulais-je faire d’autre ?

– Je ne sais pas exactement ; je n’ai pas réussi à comprendre. Mais cela avait un rapport avec cette Peur collective dont les hommes prennent de plus en plus conscience. Les expériences qui sont menées dans cette vallée sont provoquées par cette Peur… Maya, vous vouliez utiliser ce que vous aviez appris sur la guérison pour contribuer à mettre fin aux expériences dangereuses qui sont menées dans cette vallée. Vous devez vous en souvenir !

Elle se dressa comme un ressort et détourna les yeux.

– Ah non ! Vous n’avez pas le droit de me mettre ce genre de responsabilité sur le dos ! Je ne me rappelle rien de tout cela. Je fais précisément ce que je dois faire en exerçant la médecine. Vous cherchez à me manipuler, je n’aime pas du tout ça, vous entendez ! Maintenant que j’ai finalement réussi à monter ma clinique exactement comme je le souhaitais, vous ne pouvez pas me demander de m’engager dans cette affaire. Vous vous trompez de personne !

Je la regardai, essayant de trouver d’autres arguments. J’entendis de nouveau le bourdonnement.

– Pouvez-vous percevoir ce bruit, Maya, un son discordant dans l’air ? C’est un bourdonnement, produit par les expériences dont je vous ai parlé. Essayez de l’entendre, là maintenant !

Elle tendit l’oreille pendant un moment puis déclara :

– Je n’entends rien. Je lui saisis le bras.

– Essayez d’élever votre énergie !

Elle se dégagea.

– Je n’entends aucun bourdonnement !

J’inspirai profondément.

– D’accord, je suis désolé. Je fais peut-être fausse route. Peut-être les choses ne sont-elles pas censées se passer de cette façon.

Elle me regarda pendant quelques instants.

– Je connais quelqu’un au bureau du shérif. Je vais essayer de le joindre. C’est tout ce que je peux faire.

– Je ne sais pas si cela sera très utile, dis-je. Apparemment la plupart des gens ne peuvent pas entendre ce bruit.

– Voulez-vous que je l’appelle ?

– Oui, mais conseillez-lui de mener l’enquête discrètement, sans en parler à personne, et de se méfier des gardes forestiers.

Je ramassai à nouveau mon sac à dos.

– J’espère que vous me comprenez, s’excusa-t-elle. Je ne peux pas me mêler à cette histoire. J’ai l’impression que quelque chose d’horrible pourrait se produire.

– Mais c’est uniquement à cause de l’échec de votre intervention au XIXe siècle, ici, dans cette vallée. Avez-vous le moindre souvenir à ce propos ?

Elle ferma les yeux et semblait ne plus vouloir m’écouter.

Je me vis soudain en vêtements de daim, escaladant en courant une colline et traînant derrière moi une mule. Je connaissais cette image. Le montagnard, c’était moi. La vision continua : je parvenais au sommet de la colline puis m’arrêtais pour regarder derrière moi. De mon point d’observation je pouvais distinguer les trois cascades et la gorge de l’autre côté. J’aperçus Maya, l’Indien et le jeune assistant parlementaire. Comme dans la vision antérieure, la bataille ne faisait que commencer. Une vague d’angoisse me submergea. Je tirai sur la bride de ma mule et continuai à marcher, incapable de les aider à échapper à leur destin. Je chassai ces images de mon esprit.

– Bon, dis-je en renonçant. Je sais ce que vous éprouvez.

Maya s’approcha de moi.

– Je vous ai apporté de l’eau et de la nourriture. Qu’avez-vous l’intention de faire maintenant ?

– Je vais continuer vers l’est… pendant un moment. Je sais que Charlène allait dans cette direction.

Elle regarda mon pied.

– Êtes-vous sûr que votre cheville tiendra le coup ?

– Je ne vous ai pas remerciée pour ce que vous avez fait. Quant à ma cheville, tout ira bien, je crois, je ne ressens qu’une petite douleur. Je suppose que je ne connaîtrai jamais la gravité réelle de cette foulure.

– Quand les choses se passent de cette façon, on ne le sait jamais.

J’approuvai de la tête, mis mon sac sur mes épaules et pris la direction de l’est. Je me retournai vers Maya pour la saluer une dernière fois. Elle eut un air coupable pendant un instant, puis une expression de soulagement se peignit sur son visage.

Je marchais en direction du bourdonnement, sur la rive gauche de la rivière, et m’arrêtais de temps en temps pour reposer mon pied. Vers midi le bruit cessa, aussi en profitai-je pour faire une pause déjeuner et examiner la situation. Comme ma cheville était légèrement enflée, je me reposai pendant une heure et demie avant de repartir. Après avoir parcouru presque deux kilomètres supplémentaires, la fatigue m’envahit et je m’arrêtai de nouveau. Vers le milieu de l’après-midi, je cherchai un emplacement pour camper.

J’avais avancé au milieu de la forêt qui s’étendait à droite de la rivière, mais devant moi je voyais une série de coteaux et de vallons couverts d’arbres au moins tricentenaires. À travers une brèche au milieu des branches, j’aperçus une crête plus haute qui s’élevait vers le sud-est, peut-être à un kilomètre et demi.

Je repérai un petit monticule herbeux près du sommet de la première colline, un emplacement parfait pour y passer la nuit. Tandis que je m’approchais, je perçus un mouvement dans les arbres. Je me glissai derrière un rocher et observai. Était-ce un animal ou un homme ? J’attendis pendant plusieurs minutes, puis m’éloignai prudemment vers le nord. Tandis que j’avançais à pas lents, je vis un homme de haute taille, à une centaine de mètres au sud du monticule que j’avais aperçu auparavant. Il semblait en train de s’installer. Tantôt accroupi, tantôt se déplaçant sans bruit, il montait adroitement une tente qu’il camoufla avec des branches. Un instant je crus qu’il s’agissait de David, mais ses gestes et sa taille étaient différents. Puis il disparut de ma vue.

J’attendis quelques minutes puis décidai de continuer vers le nord afin de ne pas être repéré. Je marchais depuis cinq minutes lorsque l’inconnu surgit tout à coup devant moi.

– Qui êtes-vous ? me demanda-t-il.

Je me présentai et, décidant de lui faire confiance, je lui racontai que je cherchais une amie.

– Cet endroit est dangereux, déclara-t-il. Je vous conseille de faire demi-tour. Il s’agit d’une propriété privée.

– Et vous, pourquoi êtes-vous ici ? demandai-je.

Il m’observa attentivement mais ne me répondit pas.

Je me souvins alors de ce que m’avait dit David.

– Vous ne seriez pas Curtis Webber, par hasard ? lui demandai-je.

Il me dévisagea encore un instant puis brusquement me sourit.

– Vous connaissez David Lone Eagle !

– Je n’ai parlé que quelques instants avec lui, mais il m’a dit que je vous rencontrerais dans le coin. Il doit se balader, lui aussi, dans la vallée et se débrouillera pour vous retrouver.

Curtis hocha la tête et regarda en direction de sa tente.

– La nuit va bientôt tomber et personne ne doit nous voir. Rejoignons mon campement. Vous pourrez y dormir ce soir.

Je le suivis, et nous descendîmes le coteau puis remontâmes jusqu’à une zone densément boisée. Pendant que je plantais ma tente, il alluma son réchaud pour faire du café et ouvrit une boîte de thon. Je lui offris le pain que Maya m’avait apporté.

– Vous m’avez dit que vous cherchiez quelqu’un, me demanda Curtis. De qui s’agit-il ?

Je lui racontai brièvement la disparition de Charlène et l’informai que David l’avait vue pénétrer dans la vallée et que quelqu’un l’avait vue prendre cette direction. Je ne mentionnai pas ce qui s’était passé dans l’autre dimension mais lui parlai du bourdonnement et des mystérieuses Jeep que j’avais vues.

– Le bourdonnement, répondit-il, provient d’une sorte de centrale électrique ; pour une raison inconnue, quelqu’un procède à des expériences dans les parages. Je n’en sais guère plus. J’ignore si ces expériences sont menées en secret par un organisme gouvernemental ou Un groupe privé. La plupart des gardes forestiers semblent tout ignorer de cette affaire, mais un ou plusieurs responsables du parc national sont peut-être au courant.

– Avez-vous contacté les médias ou les autorités locales à ce propos ?

– Pas encore. Le fait que la plupart des personnes n’entendent pas le bruit pose un sacré problème. (Il regarda la vallée.) Si je savais à quel endroit ils se trouvent ! Entre les terrains privés et ceux de l’État il y a des milliers d’hectares à explorer. Je pense qu’ils veulent mener leurs expériences discrètement et s’en aller avant que quiconque découvre de quoi il s’agit. À condition qu’ils réussissent à éviter une catastrophe.

– Que voulez-vous dire ?

– Ils peuvent complètement détruire cet endroit, le transformer en une zone nébuleuse, une sorte de Triangle des Bermudes où les lois de la physique changent constamment de façon imprévisible. (Il me regarda droit dans les yeux.) Les scientifiques arrivent à faire maintenant des choses incroyables. La plupart des gens n’ont aucune idée de la complexité des phénomènes électromagnétiques. Dans les dernières théories sur les réactions en chaîne, par exemple, on doit admettre que la radiation provient de neuf dimensions si l’on veut que les raisonnements mathématiques fonctionnent. Cette invention a la capacité de perturber le fonctionnement de ces dimensions. Elle peut provoquer d’énormes tremblements de terre ou même la désintégration complète de certaines régions.

– Comment le savez-vous ? demandai-je.

Son visage s’assombrit.

– Dans les années 80, j’ai contribué à développer une partie de cette technologie. Je travaillais pour une multinationale, Deltech. Il s’agissait d’ailleurs d’un nom bidon, comme je le découvris après mon licenciement. Avez-vous entendu parler de Nicolas Tesla ? Eh bien, nous avons approfondi nombre de ses théories et fait le lien entre certaines de ses découvertes et d’autres technologies qu’explorait la société. Curieusement, ce procédé fait appel à plusieurs éléments hétérogènes, mais cela ne l’empêche pas de fonctionner. Le champ électromagnétique de la Terre est une sorte de batterie géante qui fournit énormément d’énergie électrique si vous réussissez à vous y connecter. Pour y parvenir il faut combiner trois éléments : une température ambiante, un générateur superconducteur et un inhibiteur électronique à rétroaction très compliqué qui augmente mathématiquement certaines résonances statiques de sortie. Ensuite vous reliez plusieurs générateurs entre eux, de façon à produire la charge et à l’amplifier, et avec les calibrages exacts vous extrayez de l’espace environnant une énergie presque gratuite. Pour commencer, vous avez besoin d’une petite quantité de puissance, d’une cellule photoélectrique ou d’une batterie, et ensuite elle s’autoalimente. Un appareil de la taille d’une pompe à chaleur peut alimenter plusieurs maisons, voire une petite usine.

« À l’époque nous nous sommes heurtés cependant à deux problèmes importants. D’abord, l’étalonnage de ces minigénérateurs constituait une opération incroyablement compliquée. Même en disposant des ordinateurs les plus puissants sur le marché, nous n’y arrivions pas. Ensuite nous découvrîmes que, lorsque nous tentions d’augmenter la production au-delà d’une quantité relativement faible, comme le déplacement de la masse s’accroissait, l’espace autour du générateur devenait très instable et commençait à se fausser. Nous ne le savions pas à cette époque mais, en fait, nous nous étions branchés sur l’énergie d’une autre dimension, ce qui provoquait des phénomènes étranges. Un jour, nous avons fait disparaître le générateur entier, exactement comme cela s’est passé au cours de l’expérience de Philadelphie.

– Vous pensez qu’en 1943 ils ont vraiment fait disparaître un bateau et l’ont fait réapparaître à un autre endroit ?

– Bien sûr ! Il existe beaucoup de technologies secrètes, et leurs inventeurs sont rusés. Dans notre cas, ils ont réussi à dissoudre notre équipe et à tous nous licencier en moins d’un mois sans qu’aucune information filtre à l’extérieur parce que chaque équipe travaillait sur un élément isolé de la recherche. À l’époque je ne me suis pas posé de questions ni révolté. Mes chefs m’ont expliqué que les obstacles étaient trop importants pour que les investigations continuent et que nous étions arrivés à une impasse. J’ai avalé leurs bobards, mais j’ai appris plus tard que plusieurs chercheurs avaient été réembauchés par une autre société.

Il réfléchit un moment, puis continua :

– De toute façon je voulais faire autre chose. Je suis maintenant consultant pour de petites sociétés de novotique ; je les aide à améliorer les expérimentations, l’utilisation des ressources, le recyclage des déchets, ce genre de choses. Et plus je travaille avec ces entreprises, plus je suis convaincu que les neuf révélations ont un impact sur l’économie. Nous sommes en train de bouleverser complètement les méthodes de gestion. Mais je m’imaginais travailler encore longtemps avec les sources traditionnelles d’énergie. Depuis des années je ne m’intéressais plus aux expériences auxquelles j’avais participé auparavant. J’ai déménagé récemment dans cette région et vous pouvez imaginer ma stupéfaction quand je suis venu me promener dans cette vallée et que j’ai perçu le même bruit, ce bourdonnement si caractéristique, que j’avais entendu quotidiennement pendant des années alors que nous travaillions sur ce projet ultrasecret.

« Quelqu’un a continué les recherches et, si j’en juge d’après les résonances, l’équipe actuelle a considérablement progressé. J’ai alors voulu contacter deux personnes qui auraient pu analyser ce bruit et ensuite m’accompagner afin d’alerter l’agence pour la Protection de l’environnement ou une commission parlementaire. L’un est mort depuis dix ans ; l’autre, mon meilleur ami quand je travaillais pour cette multinationale, a eu une crise cardiaque et est décédé hier.

Sa voix se brisa.

– J’ai donc décidé d’explorer la vallée et de repérer l’emplacement tout seul. Sans doute ont-ils installé un laboratoire pour mener leurs expériences, me suis-je dit. Ils tirent leur énergie de l’espace et on en trouve partout, non ? Mais tout à coup j’ai eu une idée. S’ils sont arrivés à la dernière étape, les calibrages, ils travaillent donc sur le problème de l’amplification. Ils essaient sans doute de se brancher sur les tourbillons d’énergie de cette vallée pour stabiliser le processus.

Une vague de colère se refléta sur son visage.

– Une démarche irresponsable et absolument inutile. S’ils ont vraiment trouvé les étalonnages, alors il leur suffit d’utiliser leur invention avec de petites unités. En fait ce serait la meilleure façon de s’en servir. Ils mènent une expérience complètement folle. J’en sais assez pour estimer le danger qu’ils nous font courir. Ils peuvent détruire complètement cette vallée, ou même pire. S’ils dirigent leurs appareils sur les chemins interdimensionnels, qui sait ce qui peut se produire ?

Il s’arrêta soudain :

– Comprenez-vous de quoi je parle ? Avez-vous entendu parler des neuf révélations ?

Je le regardai droit dans les yeux pendant un moment puis je lui dis :

– Curtis, je dois vous raconter ce qui m’est arrivé dans cette vallée. Vous ne me croirez peut-être pas.

Il hocha la tête et m’écouta patiemment décrire mes rencontres avec Wil et mes voyages dans l’autre dimension. Quand j’évoquai le thème de la Revue de Vie, je lui demandai :

– Votre ami qui est mort récemment, il ne s’appelait pas Williams, par hasard ?

– Oui. Comment le savez-vous ?

– Nous l’avons vu arriver dans l’autre dimension après sa mort. Nous avons assisté à sa Revue de Vie.

Il parut ébranlé.

– J’ai du mal à vous croire. Je connais les révélations, même si je n’ai pas essayé de les mettre en pratique, et je crois en l’existence probable d’autres dimensions ; mais, en tant que scientifique, j’ai du mal à accepter la neuvième révélation, l’idée de communiquer avec les défunts. Vous dites que Williams est encore vivant, dans le sens que son esprit est intact ?

– Oui, et il pensait à vous.

Il me regarda très attentivement tandis que je lui expliquais ce qu’avait découvert Williams : Curtis et lui étaient censés coopérer pour éliminer la Peur… et stopper les expériences.

– Je ne comprends pas, dit-il. De quelle Peur parlait-il ?

– Je ne sais pas exactement. Une partie de nos contemporains refusent de croire qu’une nouvelle conscience spirituelle soit en train de naître. Ils pensent au contraire que notre civilisation entre dans une phase de dégénérescence. Cela crée une polarisation des opinions et des croyances. La société restera bloquée tant que durera cette polarisation. J’espérais que vous vous souviendriez de quelque chose à ce sujet.

Il parut déconcerté.

– Je ne sais absolument rien de cette prétendue polarisation mais en revanche je sais que je vais stopper ces expériences.

Il semblait de nouveau furieux et regarda ailleurs.

– Williams paraissait savoir comment procéder, dis-je.

– Eh bien, de toute façon, il ne pourra plus rien m’apprendre maintenant, n’est-ce pas ?

Lorsqu’il fit cette réflexion, j’entrevis à nouveau dans une image éclair Curtis et Williams réunis : ils conversaient sur le sommet herbeux d’une colline, entourés de plusieurs grands arbres.

Curtis nous servit un léger repas, il paraissait préoccupé, et notre dîner s’acheva en silence. Plus tard je m’étirai et, m’appuyant contre un petit noyer blanc, je regardai vers le sommet de la colline au-dessus de nous : quatre ou cinq chênes se dressaient sur la cime et formaient un demi-cercle presque parfait.

– Pourquoi n’avez-vous pas installé votre campement là-haut ? demandai-je à Curtis en lui désignant le site.

– Je ne sais pas, déclara-t-il. J’y ai pensé, mais ensuite je me suis dit que l’endroit était trop exposé, ou peut-être chargé de trop d’énergie. Cela s’appelle Codder’s Knoll. Voulez-vous que nous allions y faire un tour ?

Je hochai la tête et me levai. Un crépuscule gris descendait sur la forêt. Me précédant, Curtis fit quelques commentaires sur la beauté de la végétation tandis que nous gravissions la pente. Arrivés au sommet, malgré la lumière qui diminuait, nous pouvions voir à environ quatre cents mètres au nord et à l’est. La lune presque pleine s’élevait au-dessus de la ligne des arbres.

– Nous ferions mieux de nous asseoir si nous ne voulons pas être repérés, me suggéra Curtis.

Nous restâmes silencieux pendant un long moment, admirant le paysage et sentant l’énergie autour de nous. Curtis sortit une lampe torche de sa poche et la posa par terre, derrière lui. J’étais fasciné par les couleurs des feuilles en ce début d’automne. Curtis me regarda et me demanda :

– Sentez-vous quelque chose, une odeur de fumée ?

Craignant immédiatement un incendie de forêt, j’examinai les bois autour de moi et reniflai l’air ambiant.

– Non, je ne crois pas.

Quelque chose dans l’attitude de Curtis modifiait l’atmosphère, l’imprégnant de tristesse, de nostalgie.

– À quel genre de fumée pensez-vous ?

– De la fumée de cigare.

La lune nous éclairait, je pus donc voir qu’il souriait. Il réfléchissait à quelque chose certainement. Tout à coup, je sentis la fumée moi aussi.

– Qu’est-ce que c’est ? demandai-je en regardant aux alentours.

Il se tourna vers moi.

– Williams fumait des cigares qui avaient exactement cette odeur. Je n’arrive pas à croire qu’il soit mort.

Tandis que nous parlions, l’odeur disparut ; je décidai d’oublier ce phénomène et d’admirer l’herbe et les grands chênes derrière nous. À ce moment je me rendis compte que nous nous trouvions exactement à l’endroit où Williams avait rencontré Curtis dans sa vision.

Quelques secondes plus tard, une forme apparut juste derrière les arbres.

– Apercevez-vous quelque chose là-bas ? demandai-je calmement à Curtis en pointant dans cette direction.

Dès que je parlai, la forme disparut.

Curtis écarquilla les yeux.

– Quoi ? Non, je ne vois rien.

Je ne lui répondis pas. J’avais intuitivement reçu une information, exactement comme j’en avais obtenu des groupes d’âmes, sauf que cette fois la liaison était plus lointaine et brouillée. Cette information concernait les expériences sur l’énergie et apportait une donnée qui confirmait les soupçons de Curtis : les chercheurs essayaient effectivement de se brancher sur les tourbillons d’énergie dimensionnels.

– Je viens de me souvenir de quelque chose, dit brusquement Curtis. L’un des appareils sur lesquels travaillait Williams il y a des années avait pour but de faire converger les rayons à une très grande distance, un système de projection parabolique. Je parie qu’ils l’utilisent pour se brancher sur les tourbillons dimensionnels. Mais comment savent-ils où ils se trouvent ?

Immédiatement je perçus une réponse. Quelqu’un communiquant facilement avec l’autre dimension leur indiquait les emplacements jusqu’à ce que leur ordinateur soit capable de repérer les variances spatiales. Je ne comprenais pas ce que cela signifiait.

– Il n’y a qu’une seule explication, dit Curtis. Ils ont dû trouver une personne capable de détecter les emplacements où l’énergie est très élevée. Ensuite ils ont réussi à élaborer un profil énergétique de ces sites et à se concentrer précisément dessus en le balayant avec un faisceau à convergence. Ce gars-là ne savait probablement même pas ce qu’ils manigançaient. (Il hocha la tête.) Il n’y a pas de doute, ces types sont vraiment nuisibles. Comment ont-ils pu faire une chose pareille ?

Comme pour répondre à sa question, une autre vague information me parvint : je ne pouvais la saisir entièrement, néanmoins elle semblait m’indiquer qu’il y avait effectivement une raison. Mais nous devions d’abord prendre conscience de la Peur et découvrir la façon de la vaincre.

Quand je regardai Curtis, il semblait plongé dans de sombres réflexions. Il finit par tourner les yeux vers moi et dit :

– J’aimerais savoir pourquoi cette Peur surgit maintenant.

– Dans une période de transition culturelle, dis-je, lorsque les vieilles certitudes et conceptions s’effondrent pour laisser progressivement la place à de nouvelles façons de penser, cela génère, à court terme, de l’angoisse. D’un côté, certaines personnes s’éveillent alors à la spiritualité, elles entretiennent une connexion intérieure d’amour qui les fortifie et leur permet d’évoluer plus rapidement ; mais de l’autre, les pessimistes ont l’impression que tout change trop vite et que nous sommes en train de prendre le mauvais chemin. Ils ont peur et veulent dominer les autres pour essayer d’élever leur énergie. Cette polarisation provoquée par la Peur peut se révéler très dangereuse parce que des hommes poussés par la crainte sont capables de justifier l’adoption de mesures extrêmes.

Tandis que je parlais, je m’aperçus que j’étais en train de développer les propos antérieurs de Wil et de Williams ; en même temps je me rendis compte que je l’avais toujours su.

– Je comprends, dit Curtis avec assurance. Voilà pourquoi ces gens n’hésiteront pas à saccager cette vallée. Ils croient que la civilisation va s’écrouler bientôt et ne se sentiront rassurés que s’ils possèdent davantage de pouvoir. Je ne les laisserai pas faire. Leur centrale partira en fumée.

Je lui jetai un regard lourd d’inquiétude.

– Que voulez-vous dire ?

– Exactement ce que vous avez entendu. J’étais un expert en démolition. Je sais comment procéder.

Je dus avoir l’air affolé car il ajouta :

– Ne vous inquiétez pas. Personne ne sera blessé. Je ne voudrais pas avoir une seule mort sur la conscience.

Une nouvelle information me parvint.

– Ne voyez-vous pas que toute forme de violence empire encore la situation ? affirmai-je.

– Que puis-je faire d’autre ?

Du coin de l’oeil j’aperçus de nouveau la forme durant un court instant, puis elle disparut.

– Je ne sais pas exactement, répondis-je. Mais si nous les combattons avec colère, avec haine, ils ne verront en nous que des ennemis. Ils se protégeront et auront encore plus peur. Le groupe dont Williams a parlé était censé se réunir pour entreprendre un autre type d’action. Nous sommes censés nous souvenir de la totalité de nos Visions de Naissance et aussi… d’une Vision du Monde.

Je connaissais ce terme mais ne pouvais pas me rappeler où je l’avais entendu.

– Une Vision du Monde… (Curtis réfléchit longuement.) Je pense que David Lone Eagle a utilisé cette expression.

– Oui, dis-je, vous avez raison.

– Savez-vous ce que c’est ?

J’allais lui répondre que non lorsqu’une idée me vint.

– Il s’agit d’une conception, non d’un souvenir, de la façon dont nous atteindrons notre objectif existentiel. Cela introduit un autre niveau d’amour, une énergie qui peut à la fois mettre un terme à la polarisation et à ces expériences.

– Je ne vois pas comment, constata Curtis.

– Cela concerne le niveau d’énergie qui entoure les gens qui ont peur, suggérai-je en tâtonnant. Ils seront ébranlés, cesseront d’être la proie de la Peur et choisiront d’arrêter.

Pendant un long moment, nous restâmes silencieux, puis Curtis dit :

– Peut-être, mais comment attirer cette énergie sur eux ?

Je l’ignorais.

– J’aimerais savoir jusqu’où ils ont décidé de pousser leurs expériences, ajouta-t-il.

– D’où vient le bourdonnement ? demandai-je.

– Il s’agit d’une discordance provoquée par les liaisons entre les petits générateurs. Ils essaient encore de calibrer le dispositif. Plus le bruit est grinçant et dissonant, plus les appareils sont déphasés. (Il réfléchit un moment.) Je me demande sur quel tourbillon d’énergie ils vont se brancher.

J’éprouvai tout à coup une impression de nervosité singulière, non à l’intérieur de moi-même, mais à l’extérieur, comme si je me trouvais à côté de quelqu’un d’angoissé. Je regardai Curtis qui me sembla relativement calme. Derrière les arbres j’aperçus de nouveau les vagues contours d’une forme. Elle se mouvait comme si elle était agitée ou effrayée.

– J’imagine, remarqua Curtis distraitement, que, si nous nous trouvions près de l’emplacement d’une cible, nous entendrions le bourdonnement et sentirions une espèce d’électricité statique dans l’air.

Nous nous regardâmes et j’entendis alors un faible son, à peine une vibration.

– Vous entendez ? dit Curtis, soudain inquiet.

Je le regardai et sentis mes poils se hérisser sur a nuque et mes avant-bras.

– Qu’est-ce que c’est ?

Curtis observa ses propres bras un instant puis me jeta un regard horrifié.

– Nous devons immédiatement quitter cet endroit ! cria-t-il.

Il ramassa sa lampe de poche, se leva brusquement et me tira par la main pour que nous descendions rapidement la colline.

Soudain j’entendis le même grondement assourdissant que j’avais entendu avec Wil et une onde de choc nous projeta tous deux sur le sol. Simultanément la terre au-dessous de nous trembla violemment et une énorme crevasse se forma à moins de dix mètres de nous, accompagnée d’une explosion de poussière et de débris de toutes sortes.

Derrière nous, l’un des grands chênes, sapé par la secousse, se pencha et s’abattit sur le sol dans un bruit de tonnerre. Quelques secondes plus tard, une deuxième fissure se forma juste à côté de nous et le sol s’inclina. Curtis perdit l’équilibre et glissa vers le trou qui s’élargissait. Je m’accrochai à un arbuste et tendis la main pour rattraper mon compagnon. Pendant un moment je réussis à ne pas le lâcher, puis sa main glissa de la mienne et, impuissant, je le vis tomber. La crevasse s’élargit, projetant un autre nuage de poussière et de cailloux, la terre trembla encore une fois puis tout s’arrêta. Sous le chêne qui était tombé, une grosse branche craqua bruyamment, après quoi la nuit redevint silencieuse. Tandis que la poussière se dissipait, je lâchai l’arbuste et rampai jusqu’au bord de l’énorme trou. Quand je pus voir distinctement, je me rendis compte que Curtis gisait prostré au bord de la crevasse. Pourtant j’étais sûr de l’avoir vu dégringoler. Il roula vers moi et se releva rapidement.

– Décampons d’ici ! cria-t-il. Cela peut recommencer !

Sans plus attendre, nous descendîmes la colline en courant jusqu’à notre campement. Curtis fonçait devant moi, je le suivais en boitillant. Quand il arriva devant nos tentes, il les arracha rapidement avec leurs piquets et fourra le tout en désordre dans les sacs. Je ramassai le reste de nos affaires et nous continuâmes vers le sud-ouest. Au bout d’environ un kilomètre, ma fatigue et la douleur de ma cheville m’obligèrent à m’arrêter. Nous avions atteint un terrain plus plat et couvert de broussailles.

Curtis examina le lieu.

– Peut-être serions-nous en sécurité ici, dit-il, mais il vaut mieux aller jusqu’à ces fourrés épais, là-bas.

Nous marchâmes encore pendant une quinzaine de mètres et pénétrâmes dans une zone densément boisée.

– Je pense qu’ici ça ira, affirma-t-il. Nous pouvons remonter nos tentes.

En quelques minutes, notre campement fut installé et camouflé sous de grosses branches. Essoufflés, nous nous assîmes et nous nous regardâmes.

– Que s’est-il passé exactement, d’après vous ? demandai-je.

Le visage de Curtis avait l’air sinistre et il fouilla dans son sac pour y prendre sa gourde.

– Ils font exactement ce que nous avons imaginé, expliqua-t-il. Ils essaient de brancher le générateur sur un espace lointain. (Il but une longue gorgée d’eau.) Ils vont détruire cette vallée. Nous devons les arrêter.

– Et la fumée de cigare que nous avons sentie ?

– Je ne sais trop quoi en penser, avoua Curtis. C’était comme si Williams se trouvait là. J’ai presque entendu les inflexions, le ton de sa voix, ce qu’il aurait dit dans une telle situation.

Je regardai Curtis droit dans les yeux.

– Il était effectivement là.

Curtis me tendit sa gourde.

– Comment est-ce possible ?

– Je ne sais pas, dis-je. Mais je pense qu’il est venu vous délivrer un message. Quand Wil et moi avons assisté à sa Revue de Vie, il était désespéré parce qu’il n’avait pas réussi à prendre conscience, à se souvenir de la raison pour laquelle il était né. Il était convaincu que lui et vous deviez faire partie du groupe de sept personnes qu’il a mentionné. Vous ne vous rappelez rien ? Il voulait sans doute vous faire comprendre que la violence ne les arrêtera pas. Nous devons procéder d’une autre façon, nous servir de cette Vision du Monde dont a parlé David.

Il avait l’air déconcerté.

– Et à propos du tremblement de terre, dis-je, j’aimerais savoir quelque chose. Je vous ai vu tomber dans le trou et pourtant, finalement, je vous ai trouvé au bord de la crevasse.

Il semblait très perplexe.

– En vérité j’ignore ce qui s’est passé. Je ne pouvais plus tenir votre main, j’ai lâché prise et j’ai glissé dans le trou. En même temps une sensation incroyable de calme m’a envahi ; le choc a été amorti, comme si je tombais sur un matelas très doux. J’ai seulement vu une masse blanche autour de moi. Un moment après, je me suis trouvé au bord de la crevasse et vous m’avez rejoint. Pensez-vous que Williams soit intervenu ?

– Je ne crois pas, expliquai-je. J’ai eu une expérience semblable. J’ai failli être écrasé par des rochers et j’ai vu la même forme blanche. Quelque chose d’autre est en train de se produire.

Curtis me regarda fixement pendant un moment puis il dit quelque chose que je n’entendis pas bien parce que je tombais de sommeil.

– Allons nous coucher, proposa-t-il.

Curtis était déjà debout quand je sortis de ma tente. La matinée était claire, mais un brouillard rampant couvrait le sol de la forêt. Je sentis immédiatement qu’il bouillait de colère.

– Je pense sans arrêt à ce qu’ils sont en train de manigancer, dit-il. Et ils n’abandonneront pas. (Il inspira profondément.) Ils doivent avoir constaté les dégâts qu’ils ont occasionnés sur la colline. Ils vont recalibrer, mais cela ne leur prendra pas beaucoup de temps, puis ils recommenceront. Je pourrais les arrêter, mais pour cela je dois trouver leur repaire.

– Curtis, la violence ne fait qu’empirer la situation. N’avez-vous pas saisi l’information transmise par Williams ? Nous devons découvrir comment utiliser la Vision.

– Non ! cria-t-il, bouleversé. J’ai déjà essayé et cela a échoué.

Je le regardai.

– Quand ?

Il semblait troublé.

– Je ne sais pas.

– Eh bien, moi, je crois le savoir.

Il balaya mes propos d’un geste.

– Cela ne m’intéresse pas. Vous êtes fou. Je suis responsable de tout ce qui arrive. Si je n’avais pas travaillé sur cette technologie, nous n’en serions pas là. Je vais résoudre le problème à ma façon.

Il s’éloigna et commença à emballer ses affaires.

J’hésitai, puis commençai à démonter ma propre tente tout en réfléchissant. Au bout d’un moment je dis :

– J’ai déjà demandé de l’aide. Une femme que j’ai rencontrée, Maya, pense qu’elle peut convaincre le shérif de mener une enquête sur ces expériences. Accordez-moi encore un délai.

Agenouillé près de son sac à dos, il s’escrimait avec la fermeture d’une poche latérale, pleine à craquer.

– Je ne peux pas. J’agirai quand l’occasion se présentera.

– Avez-vous des explosifs dans votre sac ?

Il s’approcha de moi.

– Je vous ai déjà dit que je ne blesserai personne.

– J’ai besoin d’un peu de temps, répétai-je. Si je peux recontacter Wil, je pense que je découvrirai le contenu de cette Vision du Monde.

– D’accord, me dit-il, je vais attendre. Mais s’ils font une nouvelle expérience, alors je devrai intervenir.

Tandis qu’il me parlait, l’image de Wil m’apparut, entourée d’un halo couleur émeraude.

– Y a-t-il un autre endroit où l’énergie soit élevée dans le coin ? demandai-je.

Il pointa le doigt en direction du sud.

– Là-bas, quelque part au sommet de la grande corniche, il y a un surplomb rocheux dont j’ai entendu parler. Mais il s’agit d’un terrain privé qui a été vendu récemment. Je n’en connais pas le propriétaire.

– Je vais chercher. Si je peux trouver le, bon endroit, alors je pourrai peut-être localiser Wil encore une fois.

Curtis avait fini d’emballer ses affaires et il m’aida à bien arrimer les miennes. Nous éparpillâmes des feuilles et des branchages à l’endroit où nous avions installé nos tentes. Vers le nord-ouest nous entendîmes le faible bruit de quelques véhicules.

– Je vais vers l’est, m’annonça-t-il. J’approuvai d’un signe de tête et il partit. Mettant mon sac sur mes épaules, je commençai à gravir une pente rocheuse vers le sud. Je franchis plusieurs petites collines et attaquai ensuite le flanc le plus escarpé. À mi-chemin du sommet j’essayai de voir, à travers la forêt dense, si j’apercevais un surplomb mais ne trouvai aucune ouverture.

Après avoir grimpé encore pendant quelques centaines de mètres, je m’arrêtai de nouveau. Toujours pas d’escarpement en vue, et je ne pouvais en apercevoir aucun sur la crête au-dessus de moi. Ne sachant pas quelle direction prendre, je décidai de m’asseoir et d’élever mon énergie. Au bout de quelques minutes, je me sentis mieux ; j’écoutais le chant des oiseaux et le coassement des grenouilles arboricoles dans les épais branchages au-dessus de ma tête, quand un grand aigle doré quitta son nid en battant des ailes et s’envola vers l’est le long de la corniche.

Je savais que la présence de cet oiseau avait un sens, comme celle du faucon auparavant, ce qui me décida à suivre la direction qu’il avait prise. La pente devint de plus en plus rocheuse. Je traversai un petit torrent qui coulait parmi les rochers. Remplissant ma gourde, j’en profitai pour me débarbouiller. Finalement, environ un kilomètre plus loin, je traversai un bosquet de sapins et me trouvai soudain devant le magnifique surplomb. D’immenses terrasses de calcaire épais couvraient près d’un hectare et, tout au bout, une saillie de six mètres de large et douze mètres de long se détachait de la corniche, offrant une vue spectaculaire sur la vallée en dessous. Pendant un instant j’aperçus un reflet émeraude foncé autour du rebord inférieur.

J’enlevai mon sac à dos et le camouflai sous des feuillages, puis me dirigeai vers le bord et m’assis. Tandis que je me centrais sur moi-même, l’image de Wil se forma facilement dans mon esprit. J’inspirai longuement et commençai mon voyage.

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