Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – La Dixième Prophétie – 6 : S’éveiller.

James Redfield – La Dixième Prophétie – 6 : S’éveiller.

Quand j’ouvris les yeux, je me trouvais dans un lieu baigné par une lumière bleue ; j’éprouvai un sentiment désormais familier de bien-être et de paix.

Wil se tenait à ma gauche et, comme les fois précédentes, il semblait soulagé et très content de me revoir. Il s’approcha de moi et murmura:

– Tu vas adorer cet endroit.

– Où sommes-nous ? demandai-je.

– Observe plus attentivement. Je secouai la tête.

– Je dois d’abord te parler. Il faut absolument découvrir où sont menées ces expériences et les arrêter. Ils ont détruit le sommet d’une colline. Dieu sait ce qu’ils feront sauter la prochaine fois.

– Que feras-tu si nous les dénichons ? demanda Wil.

– Je ne sais pas.

– Eh bien, moi non plus. Raconte-moi tes aventures.

Je fermai les yeux et essayai de me concentrer, puis je décrivis ma seconde entrevue avec Maya et comment elle refusait de croire qu’elle faisait partie du groupe des sept.

Wil hocha la tête sans faire de commentaire.

Je poursuivis en décrivant ma rencontre avec Curtis, les messages reçus de Williams et l’explosion provoquée par l’expérience.

– Williams vous a parlé ? me demanda Wil.

– Pas vraiment. Notre communication n’était pas claire comme avec toi. D’une certaine façon, il suggérait les idées qui nous venaient à l’esprit. D’un côté, j’avais l’impression de déjà connaître ces informations mais, de l’autre, nous répétions ce qu’il essayait de nous communiquer. C’était bizarre, je sentais sa présence.

– Que voulait-il vous apprendre ?

– Il a confirmé ce que toi et moi avons vu avec Maya : nous pouvons nous souvenir non seulement de nos Projets de Naissance mais aussi d’une conception plus large du but de l’humanité et de notre propre contribution à cet objectif. Apparemment, lorsque nous nous rappellerons ces informations, nous introduirons sur terre une énergie accrue qui pourra mettre fin à la Peur… et à ces expériences. Il a appelé cela une Vision du Monde.

Wil se taisait.

– Qu’en penses-tu ? demandai-je.

– Tout cela fait partie des enseignements de la dixième révélation. S’il te plaît, écoute-moi, je comprends ta hâte à vouloir intervenir. Mais il n’existe qu’un seul moyen efficace : nous devons continuer à explorer l’Après-Vie pour trouver la Vision plus large que Williams essayait de nous communiquer. Il doit y avoir une méthode précise pour s’en souvenir.

Au loin je perçus un mouvement. Huit ou dix êtres différents, mais un peu flous, apparurent et s’arrêtèrent à une quinzaine de mètres. Derrière eux se pressaient des dizaines d’autres, formant comme d’habitude une masse confuse de couleur ambre. D’eux tous émanait un sentiment particulier, une nostalgie qui me sembla familière.

– Les reconnais-tu ? me demanda Wil en m’adressant un large sourire.

Je regardai vers le groupe d’âmes et sentis immédiatement une parenté avec elles. Je savais mais ne savais pas. Tandis que je les examinais, le lien émotionnel devint de plus en plus intense, au-delà de tout ce que j’avais éprouvé jusqu’ici. Cependant, ce sentiment de familiarité ne me semblait pas nouveau, j’étais déjà venu ici.

Le groupe se rapprocha de quelques mètres, et ma sensation d’euphorie augmentait. Je me laissai aller, m’abandonnant avec plaisir à ce sentiment, voulant seulement en être inondé, me sentant heureux peut-être pour la première fois de ma vie. Des vagues de reconnaissance déferlaient sur moi.

– As-tu trouvé ? me demanda Wil

Je me tournai et le regardai.

– C’est mon groupe d’âmes, non ?

À ce moment un flot de souvenirs envahit mon esprit. Je me trouvais dans la cour d’un monastère, au XIIIe siècle. De nombreux moines m’entouraient, nous riions, nous nous sentions très proches les uns des autres ; puis je marchais seul sur une route bordée d’arbres. Deux hommes en haillons, des ascètes, me demandaient de les aider à sauvegarder un savoir secret.

Je chassai la vision et regardai Wil, saisi par une peur mauvaise. Qu’allais-je voir ? J’essayai de me concentrer, et mon groupe d’âmes avança encore d’un mètre.

– Que se passe-t-il ? me demanda Wil. Je ne comprends pas très bien.

Je lui décrivis ce que je venais de voir.

– N’abandonne pas, suggéra Wil.

Les ascètes réapparurent et je sus immédiatement qu’ils appartenaient à un ordre franciscain secret les « spirituels », excommunié peu après la démission du pape Célestin.

Qui était donc ce pape ? J’interrogeai Wil :

– Ce pape n’a jamais existé.

– Célestin V a dirigé l’Église à la fin du XIIIe siècle, affirma Wil. Les ruines du Pérou, où l’on a trouvé la neuvième révélation, ont été ainsi baptisées en son honneur, lors de leur découverte au XVIIe siècle.

– Qui étaient les spirituels ?

– Un petit groupe de moines qui croyaient pouvoir atteindre une spiritualité plus élevée en se retirant de la société des hommes et en s’adonnant à une vie contemplative, dans la nature. Le pape Célestin a soutenu leurs théories et en fait a vécu lui-même dans une grotte pendant assez longtemps. Il a été déposé, bien sûr, et par la suite les spirituels ont été condamnés comme gnostiques et excommuniés.

D’autres souvenirs me revenaient. Les deux ascètes m’avaient demandé de les aider et je les avais suivis à contrecoeur jusqu’au fond d’un bois. Je m’y sentais contraint car leurs yeux exprimaient l’extase mystique et ils semblaient ne craindre personne. De vieux documents risquaient d’être perdus pour toujours, me dirent-ils. Je devais accepter de les prendre et de les introduire en cachette dans mon abbaye. Je les lus à la lumière de la bougie, après avoir fermé la porte de ma cellule et tiré les verrous pour plus de sûreté.

Il s’agissait de vieux manuscrits en latin contenant les neuf révélations, et j’acceptai de les recopier avant qu’il ne soit trop tard ; je consacrai tous mes moments libres à les reproduire soigneusement à des dizaines d’exemplaires. À un moment les révélations me captivèrent au point que je cherchai à persuader les ascètes de les rendre publiques.

Ils refusèrent et se montrèrent inflexibles : ils détenaient ces documents depuis des siècles et attendaient que l’Église soit mûre pour les comprendre. Quand je leur demandai de s’expliquer plus en détail, ils me dirent que les révélations ne seraient jamais divulguées tant que l’Église n’accepterait pas ce qu’ils appelaient le Dilemme gnostique.

Les gnostiques faisaient partie des premiers chrétiens ; ils croyaient que les fidèles d’un Dieu unique ne devaient pas seulement vénérer le Christ, mais s’efforcer de l’imiter dans l’esprit de la Pentecôte. Ils cherchaient à décrire cette émulation en termes philosophiques, comme une méthode aboutissant à une pratique. Lorsque l’Église commença à formuler les premiers canons de la théologie, les gnostiques furent considérés comme des hérétiques obstinés, qui refusaient de s’abandonner au bon vouloir de Dieu, alors qu’il s’agissait d’un article de foi. Pour devenir un vrai croyant, affirmaient les premiers dirigeants de l’Église, on devait renoncer à comprendre, à analyser, et se contenter de vivre à travers la révélation divine, de suivre la volonté de Dieu à chaque instant et d’ignorer ses desseins globaux.

Accusant la hiérarchie de l’Église de se transformer en une théocratie, les gnostiques prétendaient que leurs propres idées et leurs méthodes permettaient justement de s’abandonner plus efficacement à la volonté de Dieu, comme le réclamait l’Église. Selon eux, les ecclésiastiques ne défendaient cette idée qu’en paroles et ne la mettaient pas en pratique.

Les gnostiques perdirent la bataille et furent démis de toutes leurs responsabilités ; leurs textes furent détruits, leurs idées devinrent clandestines, et ils rejoignirent ainsi les multiples sectes et ordres secrets. Cependant le dilemme était très clair. L’Église soutenait qu’il existait une connexion spirituelle avec le divin, mais en même temps elle persécutait ceux qui décrivaient la façon d’y parvenir, comment on atteignait un tel état de conscience, ce que l’on éprouvait alors. Tant que cette situation durerait, la notion de « royaume intérieur » resterait un concept désincarné, et les révélations seraient dénoncées chaque fois qu’on les exposerait.

À l’époque, j’écoutais attentivement les ascètes, sans faire de commentaires, mais je ne partageais pas leur pessimisme. J’étais convaincu que mon ordre, celui des bénédictins, s’intéresserait à ces écrits, en particulier les moines. Sans en parler aux spirituels, j’en remis un exemplaire à un ami, le plus proche conseiller du cardinal Nicolas dans mon district. La réaction ne se fit guère attendre. Le prélat était absent de France, mais je devais cesser toute discussion à ce sujet et me rendre immédiatement à Naples pour rapporter mes découvertes aux supérieurs du cardinal. Je pris peur et distribuai aussitôt des copies dans tout l’ordre, en espérant ainsi recueillir le soutien d’autres frères intéressés par les révélations.

Pour gagner du temps et ne pas répondre tout de suite à la convocation, je feignis d’avoir une grave entorse et écrivis une série de lettres pour expliquer mon handicap. Retardant ainsi mon voyage pendant plusieurs mois, j’en profitai pour faire le maximum de copies des révélations. Finalement, une nuit de nouvelle lune, des soldats fracassèrent ma porte, me frappèrent cruellement et m’emmenèrent, les yeux bandés, dans le château du seigneur local, où l’on me fit pourrir longtemps dans une cave avant de me décapiter.

J’éprouvai un tel choc en me souvenant de ma mort que je fus envahi de nouveau par la peur et que ma cheville foulée recommença à me faire mal. Mon groupe d’âmes se rapprocha jusqu’à ce que je réussisse à me centrer de nouveau. J’étais cependant très perturbé. Un hochement de tête de Wil me fit comprendre qu’il avait suivi toute mon histoire.

– Mon problème à la cheville a commencé à ce moment-là, n’est-ce pas ? demandai-je.

– Oui, répondit Wil. J’attirai son attention.

– Et que penses-tu de mes autres souvenirs ? As-tu compris ce qu’est le Dilemme gnostique ?

Il me fit signe que oui et se tourna vers moi.

– Pourquoi l’Église a-t-elle créé un tel dilemme ? demandai-je.

– Parce que l’Église des premiers temps avait peur de proclamer que la vie du Christ représentait un modèle que chacun de nous pouvait aspirer à imiter, même si les Écritures l’affirment clairement. Craignant que cette position ne donne trop de pouvoir aux individus, elle a préféré perpétuer la contradiction. D’un côté, elle pressait les croyants de chercher le royaume mystique de Dieu à l’intérieur d’eux-mêmes, de connaître intuitivement Sa volonté et de se remplir de l’Esprit saint. Mais de l’autre côté, elle condamnait comme blasphémateurs et n’hésitait pas à assassiner ceux qui voulaient divulguer la façon d’atteindre un tel état de grâce, tout cela uniquement afin de protéger son autorité.

– Alors j’ai été idiot d’essayer de diffuser les révélations ?

– Non, dit Wil d’un ton songeur, mais tu n’avais aucun sens de la diplomatie. On t’a décapité parce que tu essayais d’imposer une idée, alors que le monde n’était pas encore mûr pour l’accueillir.

Je fixai Wil dans les yeux pendant un moment, puis me laissai entraîner à nouveau par mon groupe d’âmes qui avait des informations à me transmettre. Je retournai cette fois au XIXe siècle, pendant les guerres contre les Indiens. J’assistais à la réunion des chefs dans la vallée et tenais ma mule par la bride, apparemment prêt à partir. Montagnard et trappeur, j’entretenais des relations amicales avec les Indiens et avec les colons. Presque tous les Indiens voulaient se battre mais Maya avait gagné certains d’entre eux à la cause de la paix. J’écoutai en silence les deux parties puis vis la plupart des chefs quitter la réunion.

Maya s’approcha de moi.

– Je suppose que vous allez partir vous aussi ? me demanda-t-elle.

Je hochai affirmativement la tête et lui expliquai que, si ces grands chamans ne comprenaient pas ses intentions, alors moi je n’y arriverais jamais.

Elle me regarda comme si je plaisantais, puis se détourna pour reporter son attention sur une autre personne : Charlène ! Je me souvins tout à coup qu’elle était une Indienne possédant un grand pouvoir mais que les chefs la méprisaient parce qu’il s’agissait d’une femme. Elle semblait détenir une information importante à propos du rôle des ancêtres, mais personne ne l’écoutait.

J’aurais voulu rester, aider Maya, révéler mes sentiments à Charlène, mais finalement je partis ; le souvenir inconscient de mon erreur au XIIIe siècle hantait toujours mon esprit. Je voulais seulement fuir, éviter de prendre la moindre responsabilité. Mon schéma de vie était fixé : je me procurais des fourrures que je vendais, je me débrouillais pour survivre et ne risquais ma peau pour personne. Peut-être ferais-je mieux la prochaine fois.

La prochaine fois ? Mon esprit remonta un siècle et je me vis en train de regarder vers la Terre et de contempler ma présente incarnation. J’observais ma Vision de Naissance : j’avais la possibilité de mettre fin à mon incapacité d’agir ou de prendre position. Ma vision me montrait comment je pourrais tirer parti au mieux des qualités de mes parents pendant mon enfance, acquérir la sensibilité spirituelle de ma mère, l’intégrité et l’humour de mon père. Mon grand-père m’inculquerait l’amour de la nature, mon oncle et ma tante seraient un modèle de discipline et d’inspiration spirituelle.

Et, en vivant au milieu de personnalités aussi fortes, je prendrais rapidement conscience de ma tendance à tenir les autres à distance. Malgré leur caractère et les grandes espérances qu’ils placeraient en moi, je me refuserais à écouter leurs messages, je les fuirais. Mais ensuite je surmonterais ma peur et apprécierais pleinement les ressources qu’ils m’offraient, me corrigerais de mon défaut et suivrais mon chemin de vie.

Après une éducation et une formation aussi parfaites, je me consacrerais aux enseignements spirituels que j’avais découverts des siècles auparavant. J’explorerais les thèses du Mouvement pour le potentiel humain, la sagesse de l’expérience orientale, les écrits des mystiques occidentaux. Et finalement je redécouvrirais les révélations au moment où elles réapparaîtraient pour être enfin assimilées par tous. Tout cet apprentissage et cette décantation personnels me permettraient de mieux comprendre comment ces révélations allaient changer la société et de rejoindre le groupe de Williams.

Je reculai, ce qui chassa ma vision, et regardai Wil.

– Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il.

– Je suis assez loin de mon idéal, moi aussi. J’ai l’impression d’avoir gâché les possibilités que m’offrait mon milieu familial. Je ne suis même pas arrivé à changer d’attitude et à être moins distant. Il y a tant de livres que je n’ai pas lus, tant de gens qui auraient pu me transmettre des messages que j’ai ignorés. Maintenant, quand je regarde en arrière, j’ai l’impression d’avoir tout raté.

Wil faillit éclater de rire.

– Aucun d’entre nous ne suit à la lettre sa Vision de Naissance. (Il marqua une pause et me regarda droit dans les yeux.) Te rends-tu compte de ce qui t’arrive ? Tu viens de te rappeler le chemin idéal que tu voulais suivre, celui qui t’aurait donné le plus de satisfactions ; quand tu regardes la façon dont tu as mené ton existence, tu éprouves des regrets, exactement comme lorsque Williams, après sa mort, a vu toutes les occasions qu’il avait ratées. Mais toi, tu as la chance de voir ta Revue de Vie maintenant, de ton vivant.

Je n’étais pas sûr de comprendre.

– Tu ne saisis pas ? Il s’agit certainement d’un enseignement fondamental de la dixième révélation. Nous avons d’abord découvert que nos intuitions et notre conception de notre destin existentiel provenaient du souvenir de nos Visions de Naissance. Et plus nous comprenons la sixième révélation, plus nous pouvons analyser nos décisions erronées, les occasions que nous avons manquées. Nous pouvons donc reprendre immédiatement un chemin conforme à notre objectif sur terre. En d’autres termes, nous rendons ce processus plus conscient dans notre vie quotidienne. Autrefois, nous devions attendre notre mort pour assister à notre Revue de Vie, mais maintenant nous pouvons faire une prise de conscience plus tôt et finalement rendre la mort obsolète, comme le prédit la neuvième révélation.

Je finis par comprendre.

– Les hommes sont donc venus sur terre pour se souvenir systématiquement de leurs objectifs existentiels, pour parvenir progressivement à l’éveil ?

– Exactement. Nous sommes en train de redécouvrir un processus inconscient depuis les débuts de l’humanité. Avant d’apparaître sur terre, les hommes ont perçu une Vision de Naissance, mais une fois nés ils l’ont perdue, ne conservant que des intuitions extrêmement vagues. Dans les premiers temps, il y avait une distance énorme entre ce que nous voulions faire et ce que nous accomplissions réellement ; ensuite, cette distance a diminué peu à peu. Maintenant nous sommes sur le point de nous souvenir de tout.

À ce moment je fus de nouveau attiré par mon groupe d’âmes et les connaissances qu’elles voulaient me faire partager. En une seconde, ma conscience sembla faire un bond en avant, et tout ce que Wil m’avait dit fut confirmé. Désormais, l’histoire n’était plus cette lutte sanglante de l’animal humain qui avait appris égoïstement à dominer la nature et à vivre dans un confort toujours plus grand, commençant par habiter dans la jungle puis créant une civilisation de plus en plus complexe. L’histoire humaine était en réalité un processus spirituel : pendant des générations et pendant des millénaires, des âmes avaient systématiquement tenté, à travers leurs vies successives, de lutter pour un seul objectif : se souvenir de ce que nous connaissions déjà dans l’Après-Vie et introduire cette connaissance sur terre.

Une immense image holographique se déploya autour de moi et je pus embrasser, d’un seul coup d’oeil, la longue saga de l’histoire humaine. Sans m’y attendre, je fus propulsé à l’intérieur de l’image et me sentis immergé dans l’histoire, la revivant à une vitesse accélérée comme si j’avais réellement connu toutes ces époques et ces expériences successives.

Tout commença par l’aube de la conscience. Devant moi s’étendait une longue plaine balayée par les vents, quelque part en Afrique. Un mouvement attira mon oeil : un petit groupe d’hommes nus cueillait des baies dans un champ. Tandis que je les regardais, je perçus ce que pensaient les hommes de cette époque. Intimement liés aux rythmes et aux signaux du monde naturel, ils vivaient et réagissaient instinctivement, affrontant deux préoccupations principales : trouver à manger et se tailler une place dans une horde. La hiérarchie s’établissait suivant la force et l’adaptation au milieu ainsi qu’au groupe ; chacun acceptait son rôle de même qu’il acceptait les tragédies et les difficultés constantes de l’existence : sans réfléchir.

Des milliers d’années passèrent et d’innombrables générations vécurent et disparurent. Puis, peu à peu, quelques individus commencèrent à se révolter devant certains événements qui se reproduisaient régulièrement. Quand un enfant mourait dans leurs bras, leur conscience progressait et ils se demandaient pourquoi ces malheurs se produisaient et comment ils pourraient être évités à l’avenir. Ils commençaient à acquérir une conscience d’eux-mêmes, à réaliser qu’ils étaient ici, maintenant, vivants. Ils parvinrent à prendre du recul par rapport à leurs réactions instinctives et à entrevoir le panorama complet de l’existence. La vie, ils le savaient, était rythmée par les cycles du Soleil, de la Lune et des saisons, mais, comme les morts autour d’eux l’attestaient, elle avait aussi une fin. Quel en était donc le but ?

En observant attentivement ces individus qui réfléchissaient, je pus capter leur Vision de Naissance ; ils avaient pénétré dans la dimension terrestre avec pour objectif spécifique d’amorcer le premier éveil existentiel de l’humanité. Et, même si je ne pouvais pas voir tout son déroulement, je savais qu’ils conservaient, à l’arrière-plan de leur esprit, l’inspiration plus vaste de la Vision du Monde. Avant leur naissance, ils savaient que l’humanité allait effectuer un long voyage qu’ils pouvaient entrevoir. Chaque progrès durant ce voyage serait l’objet d’un combat, génération après génération. En même temps que notre conscience s’éveillait pour aspirer à un destin spirituel, nous perdions la paix et la tranquillité de l’inconscience. L’exaltation procurée par la liberté de savoir que nous étions vivants allait de pair avec la peur et l’incertitude du pourquoi.

La longue histoire de l’humanité allait être marquée par deux désirs contradictoires. D’un côté, nous réussirions à surmonter nos peurs grâce à la force de nos intuitions, de nos images mentales : celles-ci nous enseignaient que la vie poursuivait un but particulier, que la société progressait dans une direction positive que nous seuls, en tant qu’individus, pourrions suivre en agissant avec courage et sagesse. La force de ces sentiments nous rappellerait que, aussi dangereuse que la vie puisse apparaître, nous ne combattions pas seuls : le mystère de l’existence cachait en fait un but et un sens sous-jacents.

Cependant, d’un autre côté, nous serions souvent en proie au désir opposé, celui d’éviter la Peur, ce qui nous ferait perdre de vue notre objectif existentiel et tomber dans l’angoisse de la séparation et de l’abandon. Cette Peur nous amènerait à nous surprotéger craintivement, nous pousserait à lutter pour conserver nos positions de pouvoir, à voler l’énergie des autres et à résister constamment au changement et à l’évolution, quelles que soient les informations nouvelles, meilleures, que nous recevrions.

Tandis que l’éveil de la conscience continuait, les millénaires se succédaient, les hommes se fondaient dans des groupes de plus en plus nombreux ; ils tendaient naturellement à s’identifier les uns aux autres, à s’intégrer dans des formations sociales plus complexes. Cette tendance était influencée par la vague intuition, parfaitement claire dans l’Après-Vie, que le destin des hommes sur terre était d’évoluer vers l’unification. Suivant cette intuition, nous dépassions l’étape de la vie nomade des peuples vivant de la cueillette et de la chasse. Nous commencions à cultiver les plantes de la terre et à en récolter régulièrement les fruits. Nous domestiquions et élevions beaucoup d’animaux, pour assurer un apport constant de protides et de lipides. Les images de la Vision du Monde enfouies profondément dans notre inconscient nous poussaient de façon archétypique. Nous commencions à imaginer l’une des transformations les plus spectaculaires de l’histoire humaine : aux errances et à la nomadisation allait succéder la création de villages agricoles.

Tandis que ces communautés paysannes devenaient plus complexes, la nourriture plus abondante suscitait l’apparition du commerce et des premiers métiers spécialisés, bergers, maçons et tisserands, puis marchands, forgerons et soldats. Assez rapidement l’écriture et le calcul furent inventés. Mais les caprices de la nature et les problèmes de la vie troublaient la conscience de ces hommes ; une question fondamentale, non formulée, continuait à les préoccuper : pourquoi sommes-nous sur cette terre ? J’aperçus alors les Visions de Naissance des individus qui cherchaient à comprendre la réalité spirituelle à un niveau supérieur. Ils venaient sur cette planète pour que la source divine soit plus accessible à la conscience humaine, mais leurs premières intuitions du divin restaient vagues et incomplètes, et prenaient la forme du polythéisme. Les hommes se mettaient à révérer une multitude de divinités exigeantes et cruelles, qui existaient en dehors d’eux et régissaient le temps, les saisons et les étapes de la moisson. Dans leur insécurité ils pensaient qu’ils devaient apaiser ces dieux en leur offrant des sacrifices et en accomplissant des rites.

Pendant des milliers d’années les multiples communautés agricoles s’assemblèrent pour donner naissance à de vastes civilisations en Mésopotamie, en Égypte, dans la vallée de l’Indus, en Crète, dans le nord de la Chine, chacune inventant sa propre interprétation de la nature et des dieux animaux. Mais de telles divinités ne pouvaient plus pallier l’angoisse. Des générations d’âmes pénétraient dans la dimension terrestre avec l’intention d’apporter le message suivant : les hommes progresseraient en partageant leurs connaissances et en les comparant. Cependant, une fois sur terre, ces individus succombaient à la Peur, et leur intuition se transformait en un besoin inconscient de conquérir, de dominer et d’imposer par la force leur mode de vie à d’autres groupes.

Ainsi débuta la grande époque des empires et des tyrans. Des dictateurs unissaient les ressources de leurs peuples, conquéraient le plus de terres possible, convaincus que leur culture prévaudrait sur les autres. Néanmoins ces tyrans étaient toujours, à leur tour, conquis et mis sous le joug d’une culture plus avancée, plus puissante. Pendant des milliers d’années des empires s’imposèrent, répandant leurs conceptions, s’élevant pendant un moment, grâce à leur efficacité, leur supériorité économique ou militaire, pour être ensuite renversés par une vision plus forte et plus organisée. Même dans le cadre d’une évolution aussi lente, les idées dépassées furent remplacées au fur et à mesure par les nouvelles.

Aussi lent et sanglant que fût ce processus, des vérités élémentaires firent progressivement leur chemin, de l’Après-Vie vers la dimension matérielle. L’une de ces vérités les plus importantes, une nouvelle éthique de l’interaction, commençait à apparaître en divers points du globe, mais elle trouva finalement une expression claire dans la philosophie des anciens Grecs. Aussitôt je pus voir les Visions de Naissance de centaines d’individus nés au sein de la culture hellène, chacun souhaitant se souvenir de cette idée opportune.

Pendant des générations ils avaient constaté les dégâts et l’iniquité de la violence permanente des hommes contre leurs semblables ; ils savaient que ceux-ci pouvaient transcender leur habitude de se battre, de conquérir d’autres peuples, et instaurer un nouveau système où l’on échangerait et comparerait les idées : ce système protégerait le droit souverain de chaque individu à conserver sa vision personnelle, quelle que soit sa force physique. Il était d’ailleurs déjà connu et appliqué dans l’Après-Vie. Ce nouveau mode d’interaction commença à prendre forme et à se répandre sur terre ; il reçut finalement le nom de démocratie.

Souvent la communication entre les hommes dégénérait encore en une lutte de pouvoir, mais les affrontements se déroulaient au niveau verbal plutôt qu’au niveau physique.

En même temps, un autre concept fondamental, destiné à transformer complètement la compréhension de la réalité spirituelle, apparaissait dans l’histoire écrite d’une petite tribu du Moyen-Orient. Je pouvais également voir les Visions de Naissance de nombreux défenseurs de ce concept. Ces individus, nés dans la culture juive, savaient avant leur naissance que, si nous avions raison de chercher intuitivement une source divine, la description de cette source était erronée et déformée. Notre polythéisme n’offrait qu’une image fragmentée d’un ensemble plus vaste. En réalité, il n’y avait qu’un seul Dieu, un Dieu certes exigeant, menaçant et patriarcal, et extérieur à nous-mêmes – mais pour la première fois il était aussi personnel, à l’écoute des hommes, et leur unique créateur.

L’intuition d’une source divine unique apparut donc et fut progressivement clarifiée dans les cultures du monde entier. En Chine et en Inde, sociétés depuis longtemps très avancées au point de vue technique, commercial et social, l’hindouisme, le bouddhisme ainsi que d’autres religions poussèrent l’Orient à prôner la contemplation.

Ceux qui créaient ces religions avaient l’intuition que Dieu, plus qu’un personnage, représentait une force, une conscience. On ne pouvait l’atteindre que par une illumination intérieure. Plutôt que de complaire à Dieu en obéissant uniquement à certaines lois ou certains rituels, les religions orientales cherchaient à se connecter à Dieu de l’intérieur ; la conscience de chacun devait progresser, s’ouvrir vers une harmonie et une sécurité constamment disponibles.

Rapidement, ma vision se déplaça vers la mer de Galilée. L’idée d’un seul Dieu, qui allait par la suite transformer les sociétés occidentales, évolua de la notion d’une divinité patriarcale, extérieure aux hommes et toujours occupée à les juger, vers la position défendue en Orient, vers l’idée d’un Dieu intérieur, dont le royaume se trouve en nous-mêmes.

Un homme pénétra dans la dimension terrestre en se souvenant de la presque totalité de sa Vision de Naissance. Il venait au monde pour y introduire une nouvelle énergie, une nouvelle culture fondée sur l’amour. Il apportait un message : le Dieu unique était un esprit saint, une énergie divine dont on pouvait sentir et prouver l’existence dans notre vie de chaque jour. Accéder à la conscience spirituelle demandait davantage que des rites, des sacrifices et des prières publiques. Cela impliquait un profond repentir ; un changement psychologique intérieur fondé sur la maîtrise des penchants de l’ego et un « abandon » transcendantal qui permettrait de cueillir les véritables fruits de la vie spirituelle.

Ce message commença à se répandre. Le plus influent de tous les États, l’Empire romain, embrassa la nouvelle religion et diffusa dans presque toute l’Europe la croyance en un Dieu unique, intérieur. Ensuite, quand les Barbares déboulèrent du Nord, détruisant l’empire, l’idée survécut dans l’organisation féodale de la Chrétienté qui s’ensuivit.

À ce moment je revis les appels des gnostiques, qui pressaient l’Église de se concentrer plus profondément sur l’expérience intérieure, transformatrice, et d’utiliser la vie du Christ comme un modèle pour chacun. Mais l’Église céda à la Peur. Ses dirigeants, craignant de ne plus contrôler leurs ouailles, élaborèrent une doctrine défendue par une puissante hiérarchie, un corps de médiateurs qui dispensaient l’esprit à la populace. Finalement ils condamnèrent tous les textes liés au gnosticisme comme blasphématoires et en expurgèrent la Bible.

Même si de nombreux individus venaient de l’Après-Vie avec l’intention d’élargir et de démocratiser la nouvelle religion, ils arrivaient dans un contexte de peur. Leurs efforts pour entrer en contact avec d’autres cultures étaient de nouveau dénaturés par le besoin de dominer et de contrôler.

Les sectes secrètes des franciscains révéraient la nature et voulaient revenir à l’expérience intérieure du divin. Ayant pénétré dans la dimension terrestre, ces moines eurent l’intuition que la contradiction gnostique pourrait finalement être résolue ; ils étaient décidés à préserver les vieux textes et manuscrits jusqu’à ce que les temps soient mûrs. De nouveau je revis ma tentative, prématurée et donc vouée à l’échec, de rendre l’information publique, tentative qui se termina par mon exécution.

Cependant, une nouvelle ère s’instaurait en Occident. L’État-nation défiait le pouvoir de l’Église. Tandis que de plus en plus de peuples sur terre devenaient mutuellement conscients de leur existence, l’époque des grands empires approchait de sa fin. De nouvelles générations arrivaient, ayant l’intuition d’une unification nécessaire ; elles s’efforçaient de promouvoir une conscience de l’origine nationale fondée sur une langue et un territoire souverain communs. Certes, ces États étaient encore dominés par des chefs autocratiques, dont l’autorité se réclamait souvent du droit divin, mais une nouvelle forme de civilisation apparaissait, avec des frontières reconnues, des monnaies établies et des routes commerciales.

En Europe, la richesse et le niveau d’alphabétisation s’accrurent et permirent une vaste renaissance. Les Visions de Naissance de nombreuses personnes ayant participé à ce renouveau passèrent sous mes yeux. Elles savaient que le destin de l’homme était de développer partout de véritables démocraties, et elles venaient sur terre avec l’espoir de contribuer à leur avènement. La redécouverte des écrits des Grecs et des Romains stimulait leurs souvenirs. Les premiers parlements démocratiques naissaient, on remettait en cause le droit divin des rois ainsi que la domination sanglante de l’Église sur les réalités spirituelles et sociales. Puis se produisit la Réforme protestante, qui affirmait que les individus pouvaient puiser directement dans les Écritures la méthode pour établir un lien direct avec le divin.

En même temps, des hommes avides d’indépendance et de liberté exploraient le continent américain, symboliquement situé entre l’Orient et l’Occident. Grâce à leurs Visions de Naissance, les Européens les plus inspirés savaient que ce nouveau monde était déjà peuplé et qu’il leur faudrait donc gagner la sympathie de ses habitants et communiquer avec eux pour venir habiter sur les mêmes terres. Ils pressentaient que les Américains allaient être le fondement, l’instrument du retour aux sources pour une Europe qui avait rompu sa relation intime, sacrée, avec la nature et devenait de plus en plus hostile à toute intervention de la religion dans la vie publique. Les cultures indiennes, malgré leurs imperfections, offraient un modèle qui aurait pu permettre à la civilisation européenne de retrouver ses racines.

Encore une fois à cause de la Peur, ces hommes eurent seulement l’intuition qu’il leur fallait émigrer vers cette terre, pour jouir d’une nouvelle indépendance et de la liberté d’esprit ; mais ils ne se départirent pas pour autant de leur besoin de conquérir, de dominer et de s’assurer la sécurité matérielle. Ils négligèrent les vérités importantes transmises par les sociétés indiennes, tant ils avaient hâte d’exploiter les vastes ressources naturelles de cette région.

Pendant ce temps, en Europe, la Renaissance poursuivait son essor, et l’enseignement de la deuxième révélation m’apparaissait clairement. L’Église avait de moins en moins le pouvoir de définir la réalité, et les Européens sentaient qu’ils se réveillaient pour voir la vie sous un jour nouveau. Grâce au courage d’innombrables individus, tous inspirés par leurs souvenirs intuitifs, la méthode scientifique s’imposait ; elle fonctionnait comme un processus démocratique permettant d’explorer et d’arriver à comprendre le monde dans lequel nous vivions. Cette méthode, qui consistait à étudier un aspect du monde physique pour en partager ensuite l’analyse avec les autres, visait à construire un consensus afin de mieux comprendre finalement la situation réelle des hommes sur cette planète, y compris leur nature spirituelle.

Mais, à l’intérieur de l’Église, les croyants se retranchaient dans la Peur et essayaient de bâillonner cette nouvelle science. Des forces politiques se formaient des deux côtés, et un compromis fut élabore : la science aurait la liberté d’explorer le monde matériel mais devrait laisser les phénomènes spirituels aux ecclésiastiques encore influents à l’époque. Toute l’expérience du monde intérieur, les états spirituels, la perception de la beauté et le sentiment de l’amour, les intuitions, les coïncidences, les phénomènes interpersonnels et même les rêves, tout cela était exclu du domaine de compétence de la nouvelle science.

Malgré ces restrictions, les savants commencèrent à dessiner les contours du monde physique et à en décrire le fonctionnement. Ces riches informations stimulèrent le commerce et l’utilisation des ressources naturelles. La sécurité matérielle augmenta et progressivement nous perdîmes le sens du mystère et nous nous éloignâmes des questions existentielles qui nous tenaient à coeur. Survivre et construire un monde meilleur, plus sûr, pour nous-mêmes et nos enfants apparaissait comme un objectif suffisant. Peu à peu se répandit une conception consensuelle commune qui niait le mystère de la mort et prétendait que le monde était compréhensible, explicable.

Autrefois nous avions la forte intuition qu’existait une source spirituelle, mais cette intuition fléchit et se réfugia un peu plus à l’arrière-plan. Dans un monde de plus en plus matérialiste. Dieu ne pouvait que se montrer distant : après avoir créé l’univers, il s’était retiré pour le laisser fonctionner tout seul, comme une machine au sort prévisible. Chaque effet avait une cause, et les événements sans relation les uns avec les autres ne se produisaient que très rarement, uniquement par hasard.

Cependant, à cette période, de nombreux individus avaient un Projet de Naissance nouveau. Ils venaient sur terre en sachant que le développement de la technologie et de la production pourrait un jour supprimer la pollution, être constant et libérer l’humanité de toute servitude. Mais, limités par la mentalité de l’époque, ils ne se souvenaient que de leur intuition générale : il fallait construire, produire et travailler, en respectant l’idéal démocratique.

Nulle part cette intuition n’était plus forte qu’aux États-Unis, avec leur Constitution démocratique et leur système de contrôle et d’équilibre des pouvoirs. Objet d’une expérience gigantesque, l’Amérique devait faciliter l’échange rapide des idées, lequel allait caractériser l’avenir. Cependant, sous la surface, les messages des Indiens, des Noirs d’origine africaine et des autres peuples sur le dos desquels l’expérience américaine commença voulaient désespérément être entendus et intégrés dans la culture européenne.

Au XIXe siècle, nous arrivions au bord d’un deuxième bouleversement, fondé sur la découverte de nouvelles sources d’énergie : le pétrole, la vapeur et l’électricité. L’économie s’était transformée en un champ d’efforts vaste et compliqué qui produisait plus de marchandises que jamais grâce à la profusion de nouvelles techniques. En grand nombre les paysans émigraient vers les centres urbains de production, abandonnant la vie rurale pour contribuer à une nouvelle révolution industrielle, fondée sur la spécialisation.

À l’époque, la plupart pensaient qu’un capitalisme démocratique, libre de toute réglementation, offrirait le meilleur système pour développer le commerce. Je pus capter les Visions de Naissance de nombreuses personnes et compris que beaucoup d’entre elles venaient sur terre dans l’espoir de faire évoluer le capitalisme vers une forme plus parfaite. Malheureusement la Peur régnait dans le monde et elles abandonnaient leur intuition originelle pour satisfaire leur désir d’obtenir la sécurité matérielle, d’exploiter les ouvriers et de maximiser les profits à tout instant, quitte à conclure des ententes illicites avec les concurrents et les gouvernements. Les requins de l’industrie et de la finance, les cartels secrets sévissaient en toute impunité.

Cependant, les abus de ce capitalisme sans entraves suscitèrent bientôt l’apparition de deux autres doctrines économiques qui se présentèrent comme des solutions de rechange possibles. D’abord, en Angleterre, deux hommes écrivirent un Manifeste appelant à un nouveau système, dirigé par les ouvriers, une utopie économique où les ressources de toute l’humanité seraient mises à la disposition de chacun selon ses besoins, sans rapacité ni compétition.

Étant donné les horribles conditions de travail au XIXe siècle, cette idée attira de nombreux zélateurs. Mais le côté matérialiste de ce Manifeste en faveur des ouvriers trahissait l’intention originelle du projet. Les Visions de Naissance de ses deux auteurs leur indiquaient que l’humanité finirait un jour par concrétiser une telle utopie. Malheureusement, ils avaient oublié qu’elle ne se réaliserait pas sans la participation et l’accord de la majorité, dans un régime démocratique, et à la suite d’une longue et lente évolution.

Les fondateurs du système communiste, dès la première révolution en Russie, pensèrent à tort que ce système s’établirait par la force et la dictature, méthode qui échoua lamentablement et coûta la vie à des millions d’hommes. Mus par l’impatience, les révolutionnaires avaient imaginé une Utopie mais à la place ils avaient forgé le communisme, tragédie qui allait durer des décennies.

Ma vision me montra la seconde solution de rechange au capitalisme démocratique : le fascisme, qui visait à augmenter les profits et le pouvoir de contrôle d’une élite dominante. Ces dirigeants privilégiés désiraient liquider la démocratie, fusionner les sommets de l’État et la direction des grandes entreprises, pour que la nation atteigne son potentiel maximal et puisse assurer sa suprématie dans le monde.

Les partisans d’un tel système ignoraient presque totalement leurs Visions de Naissance. En venant sur terre, ils souhaitaient promouvoir l’idée que la civilisation évoluait vers la perfectibilité et qu’une nation totalement unifiée par ses objectifs et sa volonté pouvait atteindre des sommets d’énergie et d’efficacité. Mais cela aboutissait à une vision égoïste, marquée par la peur, proclamant à tort la supériorité de certaines nations et races, et la perspective de devenir une supernation dont le destin était de dominer le monde. De nouveau l’intuition que l’humanité évoluait vers la perfection était déformée par des hommes peureux, faibles, et aboutissait à l’aventure meurtrière du Troisième Reich.

D’autres individus, qui avaient également entrevu la perfectibilité de l’humanité, mais comprenaient mieux l’importance d’une démocratie efficace, avaient l’intuition qu’ils devaient combattre ces deux solutions de rechange à l’économie libérale.

Cela aboutit d’un côté à une guerre sanglante contre la déviation fasciste, laquelle fut remportée finalement à un prix très élevé ; de l’autre côté, on assista à une longue et amère guerre froide contre le bloc communiste.

Je me concentrai tout à coup sur les États-Unis durant les premières années de la guerre froide, la décennie des années 50. À cette époque, l’Amérique était à son apogée, incarnant avec succès un matérialisme laïciste vieux de quatre siècles. La richesse et la sécurité matérielle s’étaient développées et avaient permis l’apparition d’une classe moyenne de plus en plus importante. Une nouvelle génération bénéficia de ce progrès et ses intuitions allaient aider l’humanité à se diriger vers une troisième grande transformation.

On répétait constamment aux jeunes Américains de cette époque qu’ils vivaient dans le meilleur pays du monde, une nation d’hommes libres, qui garantissait la justice à tous ses citoyens. Cependant, en parvenant à l’âge adulte, ils constatèrent une différence troublante entre cette image idyllique et la réalité. Ils découvrirent qu’une bonne partie de la population, les femmes et certaines minorités raciales, n’était absolument pas libre, ni du point de vue de la loi ni de celui du droit coutumier. Dans les années 60, la nouvelle génération examina attentivement d’autres aspects troublants de l’image de soi créée par les États-Unis, par exemple, leur patriotisme aveugle, qui exigeait que la jeunesse aille se battre dans un pays étranger pour mener une guerre politique sans objectif clairement exprimé et sans aucune chance de victoire.

Tout aussi préoccupante était la pratique spirituelle de cette société. Le matérialisme des quatre siècles précédents avait relégué encore plus à l’arrière-plan l’intérêt pour le mystère de la vie et de la mort. Les rituels pratiqués dans les églises, les temples et les synagogues paraissaient artificiels et dépourvus de sens. Obsédés par la façon dont ils seraient perçus et jugés par leurs pairs, les fidèles fréquentaient ces lieux de culte plus pour des raisons sociales que religieuses.

Grâce à sa capacité d’analyse et de jugement, la nouvelle génération sut approfondir son intuition profonde et chercher dans la vie quelque chose de plus que la réalité matérielle. Elle sentit qu’un nouvel éveil spirituel s’annonçait et se mit à explorer d’autres croyances et des approches métaphysiques moins connues. Pour la première fois, les religions orientales trouvaient un public important en Occident ; l’idée se répandait que l’intuition du divin était une expérience intérieure, un bond dans la conscience qui changeait pour toujours notre sens de l’identité et notre conception du but existentiel. De même, les écrits des kabbalistes juifs et des mystiques chrétiens, comme Maître Eckhart et le père Teilhard de Chardin, offraient des descriptions exaltantes et différentes d’une spiritualité plus profonde.

En même temps, les données fournies par les sciences humaines (sociologie, psychiatrie, psychologie, anthropologie) et la physique moderne projetaient un nouvel éclairage sur la nature de la conscience et de la créativité. Toutes ces réflexions, se combinant avec la perspective apportée par l’Orient, commencèrent à se cristalliser progressivement dans ce qui s’est appelé plus tard le Mouvement pour le potentiel humain. On comprit que les hommes ne réalisaient qu’une très petite portion de leur vaste potentiel physique, psychologique et spirituel.

En l’espace de quelques décennies, ces recherches et les expériences spirituelles qu’elles suscitèrent se multiplièrent et se transformèrent en une masse critique, provoquant un bond qualitatif de la conscience. Les hommes pourraient bientôt formuler une nouvelle conception de l’objectif de la vie, en particulier se souvenir de façon précise de la neuvième révélation.

Cependant, alors même que cette nouvelle conception prenait forme, se diffusant massivement dans le monde, beaucoup de membres de la nouvelle génération commencèrent à faire machine arrière, soudain alarmés par l’instabilité sociale croissante qui semblait correspondre à l’arrivée du nouveau paradigme. Pendant des siècles, l’ancienne vision du monde avait maintenu un ordre consensuel précis, voire rigide. Tous les rôles étaient clairement définis, et chacun connaissait sa place : par exemple, les hommes au travail, les femmes et les enfants à la maison, les familles nucléaires et génétiques soudées, une morale du travail partagée par tous. Les citoyens étaient censés occuper leur place dans l’économie, trouver un sens à leur vie dans la famille et les enfants ; leur but sur terre était d’acquérir un certain bien-être et de créer un monde plus prospère sur le plan matériel pour la génération suivante.

Ensuite vint la vague de questionnement, d’analyse et de critique des années 60 et certaines règles jusqu’alors inébranlables commencèrent à s’effondrer. Les comportements n’étaient plus régis par de puissantes conventions. Chacun semblait désormais autonome, libre de concevoir son plan de vie, de chercher à atteindre cette idée nébuleuse du potentiel. Dans un tel contexte, ce que pensaient les autres cessait d’être le véritable déterminant de nos actions et de notre conduite ; celle-ci était de plus en plus dictée par notre sensibilité intérieure, par notre morale personnelle.

Pour ceux qui avaient véritablement adopté une conception spirituelle plus authentique, fondée sur l’honnêteté et l’amour des autres, une conduite régie par l’éthique ne posait pas de problème. Mais fort préoccupante était la situation de ceux qui avaient perdu leurs principes antérieurs sans pour autant avoir défini un solide code personnel. Ils semblaient tomber dans un no man’s land idéologique où tout était maintenant permis : la criminalité, la drogue, toutes les impulsions et les mauvais penchants, sans parler de la disparition de toute estime pour le travail. Pour compliquer les choses, beaucoup se servaient des découvertes du Mouvement pour le potentiel humain afin de défendre l’idée que les criminels et les déviants n’étaient pas vraiment responsables de leurs actions, mais, au contraire, les victimes d’une société oppressive. Celle-ci permettait sans honte que subsistent les conditions de vie déterminant ces conduites.

Une polarisation idéologique se formait rapidement autour de la planète, tandis que les indécis réagissaient contre une conception qui, selon eux, conduisait au chaos et à l’incertitude, peut-être même à la désintégration totale de leur mode de vie. Aux États-Unis particulièrement, un nombre croissant de gens pensaient qu’il fallait entreprendre une lutte à mort, une guerre, disaient-ils, contre la permissivité et le libéralisme des vingt-cinq années précédentes, guerre dont l’enjeu n’était rien de moins que la survie de la civilisation occidentale. Nombre d’entre eux considéraient que leur cause était déjà quasiment perdue, et pour cela ils prônaient des mesures radicales.

Face à ce choc en retour, les partisans du Mouvement pour le potentiel humain prenaient peur et adoptaient une attitude défensive ; ils sentaient que les conquêtes sociales et les droits individuels difficilement acquis risquaient d’être balayés par une vague conservatrice. Beaucoup considéraient que cette offensive provenait du camp des exploiteurs les plus avides qui lançaient une ultime manoeuvre pour dominer les membres les plus faibles de la société.

Chaque partie dénonçait chez l’autre la conspiration du mal et cela augmentait évidemment la polarisation.

Les partisans de l’ancienne conception du monde ne considéraient plus que les partisans du Mouvement pour le potentiel humain défendaient une conception erronée ou naïve ; non, selon eux, ils faisaient partie d’une vaste conspiration menée par de hauts fonctionnaires socialistes, des sous-marins communistes, qui cherchaient à miner et à détruire la société jusqu’au moment où un gouvernement tout-puissant s’imposerait pour remettre tout en ordre. Selon eux, cette conspiration utilisait la peur devant la croissance de la criminalité comme une excuse pour limiter la vente libre des armes et désarmer systématiquement la population ; une bureaucratie centralisée acquérait un pouvoir croissant et elle finirait par superviser les transactions en espèces et en cartes de crédit grâce aux multiples réseaux d’Internet ; elle justifierait le contrôle croissant de l’économie électronique au nom de la prévention de la criminalité, de la nécessité de collecter les impôts ou d’empêcher le sabotage. Finalement, en prétextant peut-être l’imminence d’une catastrophe naturelle, l’État totalitaire confisquerait toutes les richesses et déclarerait la loi martiale.

En revanche, pour les partisans de la libération et du changement, le scénario exactement inverse semblait plus vraisemblable. Face aux avancées politiques des conservateurs, tout ce pour quoi ils avaient lutté s’effondrait sous leurs yeux. Ils constataient eux aussi l’accroissement de la criminalité ainsi que de la violence et la déliquescence des structures familiales ; seulement, à leur avis, tout cela ne provenait pas d’une trop grande intervention de l’État, mais au contraire de sa faiblesse.

Partout le capitalisme s’était désintéressé de toute une classe de gens pour une raison très simple : les pauvres n’avaient aucune chance de participer au système. On ne leur offrait donc ni éducation ni travail. Et au lieu de les aider, le gouvernement était prêt à faire machine arrière, à supprimer tous les programmes contre la pauvreté et toutes les conquêtes sociales difficilement obtenues au cours des vingt-cinq années précédentes.

Les réformateurs perdaient de plus en plus leurs illusions et commençaient à croire au pire : les grandes sociétés internationales, grâce à leur argent, manipulaient et contrôlaient le monde de plus en plus. Cela seul expliquait le virage à droite de l’opinion. Ces groupes d’intérêts achetaient les gouvernements, les médias, et finalement, comme dans l’Allemagne nazie, ils diviseraient progressivement la société en possédants et déshérités ; les firmes les plus importantes et les plus riches ruineraient les petites entreprises et contrôleraient une portion de plus en plus grande des richesses. Certes, des émeutes se produiraient, mais elles permettraient seulement aux élites de renforcer le contrôle policier sur la société.

Ma conscience sauta brusquement à un niveau supérieur et je compris finalement la polarisation de la Peur : des millions d’hommes et de femmes évoluaient vers une conception ou vers l’autre, et les deux parties faisaient monter les enchères en parlant de guerre, de lutte du bien et du mal. Chacun voyait en l’autre l’ordonnateur d’une vaste conspiration.

Je compris alors l’influence croissante de ceux qui prétendaient pouvoir expliquer cet état de fait en annonçant la fin du monde, ce dont Joël m’avait parlé précédemment. Dans le climat d’agitation provoqué par cette période de transition, ces prophètes de malheur commençaient à étendre leur pouvoir. Selon eux, la Bible devait être prise au pied de la lettre, et l’incertitude de notre époque s’expliquait par l’imminence de l’Apocalypse. Bientôt éclaterait une guerre sainte totale, rapide et sanglante entre les forces des ténèbres et les armées de la lumière. Dans une telle perspective, il fallait d’urgence choisir le bon côté avant le début des combats.

Mais, au-delà de ces réactions de peur et de repli sur soi, les Visions de Naissance de mes contemporains étaient riches d’enseignements, comme lors d’autres tournants historiques décisifs. Tous, quelle que fût leur position, venaient sur terre en souhaitant atténuer cette polarisation. Ils voulaient passer en douceur de la vieille conception du monde matérialiste à la nouvelle conception spirituelle ; ils souhaitaient préserver le meilleur des anciennes traditions et l’intégrer dans ce nouveau monde en train d’émerger.

Ce bellicisme aberrant ne provenait pas du projet initial de chacun, mais de la Peur. Notre vision originelle nous enseignait que l’éthique de la société pouvait être conservée tout en garantissant la liberté de chacun et la protection de l’environnement ; l’introduction d’un objectif spirituel central maintiendrait la créativité économique et la transformerait. De plus, cet objectif spirituel pénétrerait profondément le monde et donnerait naissance à une Utopie qui réaliserait de façon symbolique la fin des temps décrite par les Écritures.

Ma conscience s’amplifia encore et, comme lors de la Vision de Naissance de Maya, je pus presque apercevoir cette conception spirituelle supérieure, le tableau complet de l’histoire de l’humanité à partir de maintenant, la façon dont nous allions réconcilier ces tendances opposées et accomplir notre destinée humaine. Puis, comme auparavant, la tête commença à me tourner et je perdis ma concentration ; je ne pouvais plus garder le niveau d’énergie nécessaire pour capter cette perspective.

Ma vision commença à s’atténuer et je luttai pour la conserver, voyant la situation actuelle une dernière fois. Sans l’influence et la médiation de la Vision du Monde, la polarisation de la Peur continuerait à augmenter. Les deux parties se renforceraient, leurs sentiments hostiles croîtraient ; chacun jugerait que les doctrines de l’autre n’étaient pas seulement erronées, mais ignobles, vénales… voire inspirées par le diable lui-même.

Après un moment de vertige j’eus la sensation d’être entraîné dans un rapide mouvement. Je regardai autour de moi et vis Wil à mon côté. Il me jeta un bref regard puis examina, l’air préoccupé, le décor gris qui nous entourait. Nous avions voyagé jusqu’à un nouveau site.

– As-tu pu voir ma vision de l’histoire ? demandai-je.

Il me regarda et hocha la tête.

– Il s’agissait d’une nouvelle interprétation spirituelle de l’histoire, un peu marquée par ta conception personnelle, mais étonnamment révélatrice. Je n’ai jamais rien vu de tel auparavant. Cette partie de la dixième révélation offre une vision claire de la quête de l’humanité telle qu’on la conçoit dans l’Après-Vie. Chacun de nous naît avec un projet existentiel positif et essaie d’apporter sur terre une partie des connaissances de l’Après-Vie. C’est notre intention à tous ! L’histoire n’est qu’un long processus d’éveil. Quand nous naissons dans le monde physique, bien sûr, nous devenons inconscients, nous sommes éduqués et socialisés dans la réalité culturelle de l’époque où nous apparaissons. Nous ne nous souvenons plus alors que de nos sentiments spontanés, de nos intuitions, pour faire certaines choses. Mais nous devons constamment combattre la Peur. Souvent la Peur est si grande que nous ne parvenons pas à mener à bien nos projets ou nous les déformons d’une façon ou d’une autre. Mais chacun d’entre nous, j’insiste, chacun d’entre nous vient sur terre avec les meilleures intentions.

– Alors tu penses que même un tueur en série vient sur terre avec le projet d’accomplir une bonne action ?

– Oui, au départ. Tout meurtre est une explosion de rage, une façon de se libérer d’un poids, de surmonter un sentiment intérieur de Peur et d’impuissance.

– N’y a-t-il pas quand même des gens foncièrement mauvais ?

– Non, la Peur les rend fous et les pousse à commettre d’horribles erreurs. Et ils doivent en assumer la responsabilité. Mais ces actions abominables sont en partie causées par notre tendance à considérer certains hommes comme naturellement mauvais. Notre conception erronée de la nature humaine alimente la polarisation. Chacun croit que l’autre est intrinsèquement mauvais, chacun déshumanise, aliène l’autre. Cela accroît la Peur et fait émerger le pire en chacun de nous.

Il semblait de nouveau distrait, regardant au loin.

– Chaque partie pense que l’autre est impliquée dans une gigantesque conspiration qui incarne tout ce qui est négatif, ajouta-t-il.

Je remarquai qu’il regardait au loin de nouveau ; en suivant ses yeux et en me concentrant sur l’environnement, je commençai aussi à éprouver une sensation sinistre d’obscurité et un mauvais pressentiment.

– Nous ne pourrons pas introduire sur terre la Vision du Monde ni mettre un terme à la polarisation tant que nous ne comprendrons pas la véritable nature du mal et la réalité de l’enfer, continua-t-il.

– Pourquoi dis-tu ça ? demandai-je.

Il me regarda encore une fois, puis ses yeux se tournèrent vers le décor gris qui nous entourait.

– Parce que nous sommes exactement à la porte de l’enfer.

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