Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – La Dixième Prophétie – 9 : Se souvenir du futur.

James Redfield – La Dixième Prophétie – 9 : Se souvenir du futur.

Au crépuscule nous nous accroupîmes au sommet du coteau et observâmes le pied d’une colline plus élevée qui se trouvait devant nous. Je ne vis rien de suspect ; aucun mouvement, pas de gardes. Nous avions marché pendant une quarantaine de minutes et le bourdonnement, perceptible pendant notre progression, avait maintenant cessé.

– Êtes-vous sûr que nous sommes au bon endroit ? demandai-je à Curtis.

– Oui, répondit-il. Vous voyez les quatre gros rochers situés à une cinquantaine de mètres au-dessus de nous, sur l’autre versant ? La porte d’entrée se trouve juste derrière, cachée par les buissons. À droite, on distingue l’extrémité de l’antenne parabolique. Elle semble fonctionner à nouveau.

– Je la vois, dit Maya.

– Où sont les gardes ? demandai-je à Curtis. Peut-être ont-ils abandonné les lieux.

Nous surveillâmes la porte principale pendant presque une heure, guettant le moindre signe d’activité, hésitant à bouger ou à parler beaucoup avant la tombée de la nuit. Soudain, nous entendîmes un mouvement derrière nous. De puissantes lampes torches s’allumèrent, nous inondant de clarté, et quatre hommes armés surgirent de l’ombre en nous ordonnant de lever les mains en l’air. Après avoir inspecté nos sacs pendant une dizaine de minutes, ils nous fouillèrent et nous firent descendre la colline, puis remonter vers l’entrée du bunker.

La porte s’ouvrit brusquement ; Feyman, furieux, sortit en trombe et hurla :

– Ce sont bien les types que nous cherchions ? Où les avez-vous trouvés ?

L’un des gardes expliqua ce qui s’était passé, tandis que Feyman hochait la tête et nous examinait à la lumière des lampes torches. Il se rapprocha pour nous demander :

– Que faites-vous ici ?

– Vous devez arrêter immédiatement vos expériences ! répliqua Curtis.

Visiblement la voix parut familière à Feyman et il fouilla dans sa mémoire.

– Qui êtes-vous ?

Les lampes torches des gardes éclairèrent le visage de Curtis.

– Curtis Webber… je veux bien être pendu si… ! s’exclama Feyman. C’est vous qui avez fait sauter notre antenne, n’est-ce pas ?

– Écoutez-moi, dit Curtis. Vous savez bien que ce générateur est trop dangereux pour fonctionner à cette puissance. Vous risquez de détruire toute cette vallée !

– Vous avez toujours été alarmiste, Webber. C’est pourquoi Deltech vous a licencié. Je travaille depuis trop longtemps sur ce projet pour abandonner maintenant. Cela va marcher, exactement comme je l’ai prévu.

– Mais pourquoi courir ce risque ? Concentrez-vous sur les petites unités. À quoi cela vous sert-il d’augmenter tellement la production ?

– Cela ne vous regarde pas. Et vous feriez mieux de rester tranquille.

Curtis se rapprocha de lui.

– Vous voulez centraliser le processus de fabrication de l’énergie de façon à le contrôler. Vous avez tort.

Feyman sourit.

– Il faut progressivement introduire un nouveau système d’énergie. Croyez-vous que nous pouvons, du jour au lendemain, réduire presque à zéro le coût des ressources énergétiques, alors qu’elles représentent aujourd’hui une part si importante des dépenses des ménages et des entreprises ? Le revenu soudainement disponible qui en résulterait provoquerait une hyperinflation mondiale et probablement une réaction massive qui nous plongerait dans la dépression.

– Vous savez que c’est faux, répondit Curtis. La baisse des coûts de l’énergie augmenterait prodigieusement l’efficacité de la production et permettrait de fabriquer davantage de marchandises à moindre coût. Aucune inflation ne se déclencherait. Vous faites tout cela dans votre seul intérêt. Vous voulez centraliser la production, créer un monopole de l’énergie, quels que soient les dangers.

Feyman fixa Curtis avec colère.

– Vous êtes tellement naïf ! Vous croyez que les groupes qui dictent les prix de l’énergie aujourd’hui permettraient une baisse massive, soudaine, qui en ferait un produit au prix dérisoire ? Bien sûr que non ! Pour qu’une reconversion aussi radicale réussisse, il faut centraliser et stocker toute l’énergie. Et je passerai à la postérité comme l’homme qui a accompli cet exploit. Tel est le but de ma vie !

– Ce n’est pas vrai ! laissai-je échapper. Votre objectif est de nous aider.

Feyman se tourna vers moi.

– Taisez-vous, vous m’entendez ! (Il aperçut Charlène.) Qu’est devenu l’homme qui vous accompagnait ?

Elle détourna le regard et ne lui répondit pas.

– Peu importe ! Je n’ai pas de temps à perdre. (Il criait de nouveau.) Vous devriez vous préoccuper de votre propre sécurité maintenant. (Il marqua une pause, nous regarda, puis secoua la tête et se dirigea vers l’un des gardes armés.) Surveillez-les jusqu’à ce que l’expérience soit terminée. Il nous faut seulement une heure. S’ils essaient de s’enfuir, abattez-les.

Le gardien adressa quelques mots à ses trois acolytes et ils se disposèrent à une quinzaine de mètres autour de nous.

– Asseyez-vous les uns à côté des autres, dit l’un d’eux avec un accent étranger.

Nous nous assîmes face à face dans l’obscurité. Notre énergie avait presque entièrement disparu. Depuis que nous avions quitté la grotte, nos groupes d’âmes étaient invisibles.

– Qu’allons-nous faire ? demandai-je à Charlène.

– Rien n’a changé, murmura-t-elle. Nous devons emmagasiner de nouveau de l’énergie.

L’obscurité était maintenant presque totale, trouée par les lampes torches des gardes qui balayaient régulièrement notre groupe. Je pouvais à peine distinguer le contour des visages de mes compagnons bien que nous fussions assis en cercle, à environ deux mètres les uns des autres.

– Essayons de nous échapper, murmura Curtis. De toute façon ils vont nous tuer.

Je me souvins alors de l’image que j’avais vue dans la Vision de Naissance de Feyman. Il se trouvait dans les bois avec nous, dans le noir. Je savais qu’il y avait un autre point de repère dans la scène, mais je n’arrivais pas à m’en souvenir.

– Non, dis-je. Tentons d’abord de retrouver la Vision encore une fois.

À ce moment nous entendîmes un son extrêmement aigu, ressemblant au bourdonnement, mais plus harmonieux, presque plaisant à entendre. Un rayon de lumière perceptible serpenta sous nos pieds.

– Nous devons augmenter notre énergie maintenant ! murmura Maya.

– Je ne sais pas si je pourrai y arriver ici, répondit Curtis.

– Il le faut ! dis-je.

– Que chacun de nous se concentre sur ses voisins, comme nous l’avons fait tout à l’heure, ajouta Maya.

J’essayai d’effacer de mon esprit le cadre menaçant qui nous entourait et de retrouver un état intérieur d’amour. Ignorant les ombres et les lueurs des lampes qui vacillaient, je me concentrai sur la beauté des visages de mes compagnons. Tandis que je m’efforçais de repérer l’expression de leur moi supérieur, je remarquai que la lumière changeait. Progressivement je distinguai très clairement la physionomie et l’expression de chacun, comme si je regardais dans un viseur infrarouge.

– Que faut-il visualiser ? demanda Curtis, découragé.

– Nous devons d’abord revenir à nos Visions de Naissance, dit Maya, puis nous souvenir de la raison pour laquelle nous sommes venus sur terre.

Soudain le sol trembla violemment et le son redevint discordant, grinçant.

Nous nous rapprochâmes les uns des autres et notre pensée collective sembla projeter l’image d’une riposte. Nous savions que nous pouvions canaliser nos énergies et repousser les forces négatives et destructrices mises en marche par ces expériences. Je captai même une image de Feyman : l’explosion de son matériel l’obligeait à faire un bond en arrière et ses hommes fuyaient, terrorisés.

Une nouvelle vague de bruits interrompit ma vision : l’expérience continuait. À une quinzaine de mètres, un énorme sapin se brisa en deux et s’abattit sur le sol. Une explosion retentit et un nuage de poussière s’éleva. Une crevasse de deux mètres de large s’ouvrit entre nous et le garde qui se trouvait à notre droite. Il recula en titubant, l’air horrifié, sa lampe torche s’agitant dans tous les sens.

– Cela ne marchera pas ! s’exclama Maya.

Un autre arbre s’écrasa à notre gauche tandis que le terrain glissait d’un mètre, nous jetant à terre. Maya avait l’air terrifiée et elle sauta sur ses pieds.

– Je ne peux pas rester ici ! cria-t-elle, et elle commença à courir vers le nord dans l’obscurité.

Le garde le plus proche d’elle, qui était tombé à la suite de la secousse, roula sur ses genoux, dirigea le rayon de sa lampe torche vers elle et leva son fusil.

– Non ! Attendez ! criai-je.

Tout en courant, Maya regarda derrière elle et repéra le garde qui la visait, s’apprêtant à tirer. La scène sembla se dérouler au ralenti : l’homme fit feu, le visage de Maya révélait la certitude qu’elle allait mourir. Mais, au lieu que les balles pénètrent dans ses côtes et dans son dos, un éclair de lumière blanche jaillit devant elle et les balles n’eurent aucun effet. Elle hésita une seconde puis disparut dans la nuit.

Au même moment, profitant d’un nuage de poussière, Charlène se mit à courir vers le nord-est, sans que les gardes s’aperçoivent de sa fuite.

Je bondis à mon tour, mais le garde qui avait tiré sur Maya tourna son arme vers moi. Rapidement Curtis me plaqua les jambes et me maintint au sol.

Derrière nous, la porte du bunker s’ouvrit violemment. Feyman se précipita vers l’antenne parabolique et, furieux, pianota sur le clavier de son ordinateur. Le bruit diminua et les secousses devinrent de simples tremblements.

– Pour l’amour de Dieu ! cria Curtis dans sa direction. Arrêtez tout ça !

Le visage de Feyman était couvert de poussière.

– Aucune difficulté n’est insoluble, répliqua-t-il avec un calme inquiétant.

Les gardes se remirent debout, s’époussetèrent et se dirigèrent vers nous. Feyman remarqua que Maya et Charlène avaient disparu, mais avant qu’il pût ouvrir la bouche le bruit reprit avec un volume assourdissant et la terre sembla s’élever de plusieurs dizaines de centimètres sous nos pieds. Nous fûmes tous précipités par terre une deuxième fois. Les débris des branches d’un arbre qui s’abattait obligèrent les gardes à filer vers le bunker.

– Maintenant ! dit Curtis. Allons-y !

J’étais figé sur place. Il m’obligea sans ménagement à me lever.

– Il faut fuir ! cria-t-il dans mon oreille. Finalement mes jambes se débloquèrent et nous courûmes en direction du nord-ouest, suivant le chemin que Maya avait pris.

La terre trembla plusieurs fois sous nos pieds, puis le calme revint. Nous marchâmes pendant plusieurs kilomètres à travers des bois obscurs, éclairés seulement par les rayons de la lune qui filtraient à travers le feuillage ; finalement nous nous arrêtâmes pour nous blottir dans un bosquet de pins.

– Pensez-vous qu’ils vont nous poursuivre ? demandai-je à Curtis.

– Oui, dit-il. Ils ne peuvent prendre le risque que l’un d’entre nous rejoigne la ville. Je suppose qu’ils ont posté des hommes sur les différents chemins.

Pendant qu’il parlait, une image claire, parfaitement paisible, des trois cascades me vint à l’esprit. Les chutes d’eau représentaient le point de repère qui me manquait dans la vision de Feyman.

– Nous devons aller vers le nord-ouest, jusqu’aux trois cascades.

Curtis m’indiqua d’un signe la bonne direction et nous nous mîmes à marcher aussi silencieusement que possible. Nous traversâmes le ruisseau et nous dirigeâmes avec mille précautions vers le canyon. Régulièrement Curtis s’arrêtait et brouillait nos traces. Pendant une de nos pauses, nous entendîmes le faible son de véhicules qui roulaient en provenance du sud-est.

Au bout d’un kilomètre et demi nous commençâmes à apercevoir les parois du canyon qui se dressaient au loin, éclairées par la lune. Tandis que nous approchions de l’entrée du ravin, Curtis se dirigea vers le ruisseau. Soudain, il sauta en arrière, effrayé, car il avait vu quelqu’un se cacher derrière un arbre à notre gauche. La silhouette inconnue recula, puis, perdant presque l’équilibre, vacilla sur le bord du ruisseau.

– Maya ! criai-je.

Curtis reprit ses esprits, se précipita vers elle et la tira en arrière tandis que des pierres et des graviers dégringolaient dans l’eau.

Maya le serra très fort contre elle, puis me tendit les bras.

– J’ignore pourquoi je me suis enfuie comme cela. Complètement affolée, je n’avais qu’une idée en tête : me diriger vers les trois cascades dont vous m’aviez parlé. J’ai prié pour vous tous.

S’appuyant contre un gros arbre, elle prit une profonde inspiration et nous demanda :

– Que s’est-il passé quand le garde m’a tiré dessus ? Comment ces balles ont-elles pu me manquer ? J’ai vu un étrange éclair de lumière.

Curtis et moi nous consultâmes du regard.

– Je ne sais pas, dis-je.

– Après cela je me suis sentie extraordinairement calme… continua Maya, comme jamais auparavant.

Nous nous regardâmes, mais aucun de nous ne prit la parole. Puis j’entendis distinctement un bruit de pas.

– Attendez, avertis-je les autres. Quelqu’un arrive.

Nous nous accroupîmes et attendîmes. Plusieurs minutes passèrent. Soudain Charlène émergea de la forêt devant nous, et s’agenouilla, épuisée.

– Dieu soit loué, je vous ai retrouvés, dit-elle. Comment vous êtes-vous sauvés ?

– Un arbre s’est abattu et nous avons profité de la confusion, expliquai-je.

Charlène me regarda droit dans les yeux.

– J’ai pensé que tu irais peut-être vers les trois cascades, alors j’ai marché dans cette direction. Mais je me demande comment j’aurais pu les trouver dans l’obscurité.

Maya nous fit signe de repartir et nous nous dirigeâmes vers une clairière où le ruisseau traversait l’entrée du canyon. Ici la pleine lumière de la lune éclairait l’herbe et les rochers de chaque côté.

– Nous allons peut-être avoir une autre chance, affirma-t-elle, nous pressant d’un geste de nous asseoir et de nous installer face à face.

– Qu’allons-nous faire ? demanda Curtis. Nous ne pouvons pas rester longtemps ici. Ils vont nous tomber dessus.

Je regardai Maya en me disant que nous devrions continuer jusqu’aux trois cascades, mais elle semblait tellement remplie d’énergie que, au lieu de cela, je lui demandai :

– Qu’est-ce qui n’a pas marché la fois précédente ?

– Je ne sais pas ; peut-être n’étions-nous pas assez nombreux. Ou peut-être y a-t-il trop de Peur autour de nous.

Charlène se pencha vers le groupe.

– Nous devons nous rappeler l’énergie que nous avions obtenue dans la grotte. Et nous élever de nouveau à ce niveau-là.

Pendant plusieurs longues minutes nous nous concentrâmes tous sur notre source divine intérieure. Finalement Maya dit :

– Nous devons échanger de l’énergie, trouver l’expression du moi supérieur de chacun.

J’inspirai longuement plusieurs fois et regardai les visages de mes compagnons. Progressivement ils devinrent plus beaux et lumineux, et j’aperçus l’expression authentique de leur âme. Autour de nous, les plantes et les roches parurent encore plus claires, comme si les rayons de la lune avaient soudain doublé d’intensité. Une vague familière d’amour et d’euphorie m’envahit, et je me retournai pour découvrir les figures vacillantes de mon groupe d’âmes derrière moi.

Dès que je les aperçus, ma conscience s’amplifia encore et je me rendis compte que les groupes d’âmes de mes amis se trouvaient dans des positions similaires, bien qu’ils n’eussent pas encore fusionné.

Maya attira mon attention. Dans un état de réceptivité et de franchise totale, elle me regardait et, pendant que je l’observais, j’avais l’impression de distinguer sa Vision de Naissance se reflétant subtilement sur son visage. Elle savait qui elle était et cette certitude irradiait afin que chacun de nous puisse la voir. Sa mission était claire ; son milieu familial et social l’avait parfaitement préparée.

– Vous devez sentir que les atomes de votre corps vibrent à un niveau supérieur, dit-elle.

Je jetai un coup d’oeil à Charlène : la même clarté illuminait son visage. Elle représentait les porteurs d’informations, ceux qui découvraient et expliquaient aux autres les vérités fondamentales exprimées par chaque personne ou chaque groupe.

– Comprenez-vous ce qui se passe ? demanda Charlène. Nous voyons notre nature véritable, à notre niveau le plus élevé, sans les projections émotionnelles de nos vieilles peurs.

– Je la vois, dit Curtis, le visage empreint d’énergie et d’assurance.

Pendant plusieurs minutes personne ne parla. Je fermai les yeux, tandis que l’énergie continuait à s’accumuler.

– Regardez, dit soudain Charlène en nous désignant les groupes d’âmes qui nous entouraient.

Chaque groupe d’âmes commençait à fusionner avec le groupe voisin, exactement comme cela s’était produit dans la grotte. Je jetai un coup d’oeil à Charlène, puis à Curtis et à Maya. Leur visage exprimait encore mieux leur rôle durant la longue histoire de la civilisation.

– Ça y est ! m’exclamai-je. Nous allons atteindre la prochaine étape et contempler une vision plus complète de l’histoire humaine.

Devant nous, dans un gigantesque hologramme, apparaissait un panorama de l’histoire qui s’étendait du commencement des temps jusqu’à ce qui devait être une fin lointaine. Tandis que je m’efforçais de me concentrer, je me rendis compte que cette image ressemblait beaucoup à celle que j’avais observée auparavant quand je me trouvais avec mon groupe d’âmes, sauf que, maintenant, la reconstitution commençait beaucoup plus tôt, avec la naissance de l’univers lui-même.

Nous vîmes la première matière naître, exploser et graviter pour se transformer en des étoiles qui vivaient, mouraient et donnaient naissance à la grande diversité d’éléments qui devaient finalement former la Terre. Ces éléments, à leur tour, se combinaient dans le premier environnement terrestre, se transformaient en des substances de plus en plus complexes pour aboutir par étapes à la vie organique – une vie qui progressait aussi et évoluait en s’organisant peu à peu et en devenant plus consciente, comme si elle suivait un plan global. Des organismes multicellulaires devenaient des poissons, les poissons se métamorphosaient en amphibiens, les amphibiens en reptiles, en oiseaux et finalement en mammifères.

Une image claire de l’Après-Vie surgit devant nous. Un aspect de chacune des âmes, en fait, toute une partie de l’humanité avait accompagné le long et lent processus de l’évolution. Poissons, nous avions nagé ; amphibiens, nous avions hardiment rampé sur le sol ; puis, reptiles, oiseaux et mammifères, nous avions lutté pour survivre, parcourant chaque étape pour finalement passer à la forme humaine, tout cela avec un objectif.

Nous savions qu’un jour nous naîtrions dans la dimension matérielle. Peu importe le temps que cela prendrait, nous nous efforcerions de devenir conscients, de nous unifier, d’évoluer et finalement de faire régner sur terre l’atmosphère spirituelle de l’Après-Vie. Certainement, le voyage serait difficile et même tortueux. Après cette première intuition, nous sentirions la Peur de la solitude et de la séparation. Cependant nous ne nous rendormirions pas ; nous combattrions la Peur, en nous fondant sur le faible pressentiment que nous n’étions pas seuls, que nous étions des êtres spirituels porteurs d’un projet spirituel concernant la planète.

Poussés par l’évolution, nous serions attirés par des groupes sociaux plus vastes, plus complexes ; nos activités se différencieraient, nous saurions maîtriser le besoin de nous battre et de dominer les autres. Peu à peu nous instaurerions un processus démocratique permettant le partage et la synthèse de nouvelles idées, l’élaboration de vérités de plus en plus élevées. Progressivement nous apprendrions à acquérir une sécurité intérieure, en passant du panthéisme au polythéisme puis au monothéisme. Et finalement nous abandonnerions l’image d’un Dieu paternel, extérieur à nous, pour reconnaître la présence du Saint-Esprit en nous-mêmes.

Dans l’hologramme géant, je vis que, répondant à de profondes intuitions, des textes sacrés seraient écrits ; ils traduiraient de façon symbolique, absolument sincère, notre relation avec cette divinité unique et offriraient un aperçu de l’avenir. En Orient et en Occident, des visionnaires affirmeraient que cet Esprit saint était toujours là, toujours accessible, attendant seulement que nous soyons capables de nous repentir, de nous ouvrir, d’éliminer les blocages empêchant une communion totale.

Avec le temps, nous le savions, notre désir d’unification et de partage augmenterait et un jour nous éprouverions un sentiment d’affinité spéciale, une communauté profonde avec ceux qui habitaient une zone géographique donnée sur la planète. Le monde commencerait à s’organiser en des nations-États, chacun occupant un point d’observation unique. Peu après se produirait une explosion des échanges et du commerce. Les fondements de la méthode scientifique seraient posés, et les découvertes qui en résulteraient accentueraient l’intérêt pour l’économie et provoqueraient une formidable expansion : la révolution industrielle.

Après avoir tissé un réseau de relations économiques autour du globe, notre niveau de conscience s’élèverait et nous nous rappellerions notre nature spirituelle. Les révélations imprégneraient progressivement la conscience humaine et permettraient à notre économie de respecter la Terre. Finalement, nous parviendrions à surmonter la dernière polarisation des forces de la Peur pour nous orienter vers une nouvelle perspective spirituelle du monde.

À ce moment je jetai un regard à mes compagnons. Leurs visages m’apprenaient qu’ils avaient eux aussi assisté à cette vision de l’histoire de la Terre. Grâce à cette brève illumination, nous avions saisi comment la conscience humaine avait progressé depuis le début des temps jusqu’au moment présent.

Soudain l’hologramme nous offrit un tableau détaillé de la polarisation. Tous les êtres humains sur terre se partageaient entre deux positions antagonistes : l’une défendait une conception de plus en plus claire de la transformation, et l’autre résistait, car elle sentait que des valeurs importantes contenues dans l’ancienne vision du monde seraient définitivement perdues.

Dans l’Après-Vie on savait que ce conflit constituait le plus grand obstacle à la spiritualisation sur terre, particulièrement si la polarisation augmentait encore. Dans ce cas, les deux parties se retrancheraient dans des positions inébranlables. Elles rejetteraient de façon irrationnelle tout le mal sur l’autre ; ou pis, elles pourraient croire les augures de la fin du monde et penser que l’avenir échappait à leur pouvoir, ce qui les amènerait à capituler complètement.

Pour découvrir la Vision du Monde et en finir avec cette polarisation, notre projet de l’Après-Vie nous incitait à discerner les vérités profondes contenues dans ces prophéties. Comme toutes les Écritures saintes, les visions de Daniel et le Livre de l’Apocalypse représentaient des intuitions divines provenant de l’Après-Vie et introduites dans la dimension matérielle. Elles sont nimbées de poésie, par le symbolisme du visionnaire, comme dans un rêve. Nous nous concentrerions sur leur sens allégorique pour les comprendre.

Les prophéties prédisaient la fin de l’histoire humaine sur terre, mais cette « fin » serait bien différente pour les croyants et les non-croyants. Ces derniers vivraient une série de grandes catastrophes, de désastres écologiques et de crises économiques. Ensuite, quand la peur et le chaos atteindraient leur apogée, un démagogue surgirait, l’Antéchrist, qui offrirait de restaurer l’ordre, à condition que les citoyens acceptent de renoncer à leurs libertés et de porter la « marque de la Bête » sur leur corps pour participer à une économie entièrement automatisée. Finalement ce dictateur se proclamerait lui-même dieu et envahirait tous les pays qui résisteraient à sa domination. Il s’attaquerait d’abord à l’Islam, puis aux juifs et aux chrétiens, plongeant ainsi le monde entier dans une féroce lutte finale.

Pour les croyants, en revanche, les prophètes bibliques prédisaient une fin de l’histoire beaucoup plus plaisante. Étant demeurés fidèles à l’esprit, ces élus recevraient des corps spirituels et seraient emportés en extase vers une autre dimension appelée la Nouvelle Jérusalem. Ils pourraient néanmoins retourner dans la dimension matérielle et en repartir à leur gré. En définitive, à un certain moment de la guerre, Dieu reviendrait pour mettre fin aux combats, restaurer la prospérité et instaurer mille ans de paix durant lesquels il n’y aurait plus ni maladie ni décès. Tout changerait, même les animaux du monde, qui ne mangeraient plus de viande. Comme disent les Écritures : « Le loup cohabitera avec l’agneau… et le lion mangera de la paille comme le boeuf. »

Maya et Curtis attirèrent mon attention, puis Charlène leva les yeux ; nous comprenions tous maintenant le sens profond des prophéties. Ceux qui annonçaient la fin du monde avaient reçu une intuition juste concernant notre époque : deux avenirs distincts s’ouvraient devant nous. Nous pouvions choisir de languir dans la Peur, de croire que le monde allait passer sous la coupe d’États totalitaires fondés sur l’automatisation, et plonger vers la décadence sociale et la destruction finale… Mais nous pouvions également suivre une autre voie : nous considérer comme des croyants qui peuvent vaincre ce nihilisme et s’ouvrir aux vibrations supérieures de l’amour. L’apocalypse nous serait épargnée et nous entrerions dans une nouvelle dimension où nous inciterions les forces de l’esprit, à travers nous, à créer exactement l’Utopie dont les prophètes bibliques avaient eu la vision.

Nous devions absolument interpréter ces prophéties si nous voulions mettre un terme à la polarisation. Si nous pensions que ces textes sacrés annonçaient une destruction du monde inéluctablement inscrite dans le plan divin, cette croyance aurait justement pour effet de provoquer ce dénouement.

Il était clair que nous devions choisir le chemin de l’amour et de la foi. Comme je l’avais vu plus tôt, la polarisation ne devait pas être aussi catastrophique. Dans l’Après-Vie on savait que chaque position reflétait une moitié de la vérité et que la nouvelle conception spirituelle du monde devait intégrer ces points de vue. Cette synthèse découlerait naturellement des révélations elles-mêmes, spécialement de la dixième révélation, et des groupes qui commenceraient à se former partout dans le monde.

Soudain l’hologramme passa à une vitesse accélérée, et ma conscience s’élargit encore. Nous entrions maintenant dans l’étape suivante du processus : nous devenions des croyants et réalisions cet avenir utopique qui avait été annoncé. Nous allions finalement nous souvenir de la Vision du Monde !

Tout d’abord, des groupes qui suivaient les enseignements de la dixième révélation se formeraient sur toute la planète, atteignant une masse critique d’énergie. Ensuite ils apprendraient à projeter cette énergie de telle façon que les deux parties irréductiblement opposées commenceraient immédiatement à être éclairées, à se décontracter et à dominer la Peur. Ceux qui voulaient contrôler la technologie seraient particulièrement touchés, car ils se souviendraient eux aussi et renonceraient à leurs derniers efforts pour manipuler l’économie et prendre le pouvoir.

L’énergie projetée déclencherait une lame de fond sans précédent, apportant l’éveil, la coopération et l’engagement personnel ainsi qu’un foisonnement d’individus nouvellement inspirés. Tous commenceraient à se rappeler la totalité de leurs Visions de Naissance et suivraient leur chemin synchronistique vers les positions adéquates dans leur société.

Nous vîmes alors des images de quartiers urbains défavorisés et de zones rurales oubliées. Un nouveau consensus s’élaborait sur la façon de briser le cercle vicieux de la pauvreté. On n’interviendrait plus à coups de programmes gouvernementaux, de crédits pour l’éducation et les emplois ; on aborderait le problème en termes spirituels, car les structures de l’éducation seraient déjà en place ; seule manquait la capacité de rompre avec la Peur et de renoncer aux diversions infernales que les hommes inventaient pour conjurer l’angoisse de la pauvreté.

Une multitude d’organisations bénévoles s’intéressaient à chaque famille et à chaque enfant en difficulté. Des millions d’individus nouaient des relations personnelles, à commencer par ceux qui voyaient ces familles chaque jour, les commerçants, les enseignants, les policiers, les prêtres et les pasteurs. Des volontaires jouaient le rôle de « grands frères », de « grandes soeurs » et de tuteurs. Guidés par leur intuition intérieure qui les incitait à aider les autres, tous se souvenaient de leur intention de changer le sort d’une famille, d’un enfant. Tous diffusaient les révélations et un message crucial : quelle que soit la gravité de sa situation, l’enracinement de ses attitudes autodestructrices et défaitistes, chacun de nous peut retrouver le souvenir de sa mission et de son objectif existentiels.

Au fur et à mesure que ces idées se diffusaient, la criminalité et la violence diminuaient ; en effet, les racines de la violence résident toujours dans les scénarios de frustration, de passion et de peur qui déshumanisent la victime. Une interaction croissante avec ceux qui ont une conscience spirituelle plus élevée commençait maintenant à battre en brèche cette tournure d’esprit négative.

Face à la criminalité émergeait un nouveau consensus qui puisait à la fois dans les conceptions traditionnelles et dans celles du Mouvement pour le potentiel humain. À court terme, on aurait besoin de créer de nouvelles prisons et de nouveaux centres de détention. On suivrait en cela une vérité traditionnelle : le fait de libérer trop tôt les délinquants ou les criminels, ou de ne pas les emprisonner sous prétexte de leur donner une nouvelle chance, renforçait seulement leurs comportements antisociaux. Mais, en même temps, on appliquerait les dix révélations au fonctionnement de ces lieux de détention ; des individus et des groupes extérieurs privés s’engageraient auprès des prisonniers afin d’éradiquer la mentalité criminelle et d’entamer la seule réhabilitation efficace : celle qui fait appel au souvenir de la Vision de Naissance.

Simultanément, tandis que de plus en plus de gens deviendraient conscients, des millions d’individus se donneraient la peine d’intervenir dans les conflits se produisant à tous les niveaux de la société, car nous atteindrions une nouvelle compréhension des enjeux. Chaque fois qu’une femme ou un mari se met en colère et frappe son conjoint ; que des attitudes compulsives et des dépendances se manifestent ; qu’un jeune loubard tue parce qu’il a désespérément besoin de l’approbation de sa bande ; ou que des individus se sentent tellement limités dans leur vie qu’ils se laissent escroquer, tromper ou manipuler par les autres ; dans toutes ces situations il y a quelqu’un de parfaitement bien placé pour prévenir la violence mais qui n’a pas réussi à agir.

Autour de ce héros potentiel il existe peut-être des dizaines d’autres amis et connaissances qui ont aussi échoué, parce qu’ils ne disposaient pas des informations ou des idées qui auraient créé la chaîne de soutien suffisante pour que l’intervention ait lieu. Dans le passé, cet échec aurait peut-être été justifié, mais ce n’était désormais plus possible. Grâce à la diffusion croissante de la dixième révélation, nous savions que les personnes que nous croisions dans notre vie étaient probablement des âmes avec lesquelles nous avions entretenu de longues relations pendant plusieurs existences et qui comptaient sur notre aide. Ainsi nous étions incités à agir, obligés de nous montrer courageux. Aucun de nous ne voulait avoir un échec sur la conscience ni supporter la torture d’une Revue de Vie durant laquelle nous observerions les tragiques conséquences de notre pusillanimité.

Tandis que ces scènes défilaient devant nos yeux, cette prise de conscience grandissante poussait les hommes à agir sur d’autres problèmes sociaux. Nous vîmes une image des fleuves et des océans du monde, et de nouveau s’opérait une synthèse entre la vieille et la nouvelle conception. Si l’on admettait la responsabilité du comportement souvent incohérent de la bureaucratie étatique, on donnait une nouvelle priorité à la volonté humaine de préserver l’environnement, stimulant ainsi un essor des interventions privées.

On découvrait que, comme pour le problème de la pauvreté et de la violence, le crime de la pollution a toujours des témoins accommodants. Des gens qui, eux-mêmes, ne pollueraient jamais consciemment l’environnement, mais travaillaient avec d’autres personnes ou connaissaient des industriels dont les projets ou les pratiques détérioraient la biosphère de la planète.

Dans le passé, ces sujets n’avaient rien dit, peut-être parce qu’ils craignaient de perdre leur emploi ou qu’ils croyaient leur opinion ultra-minoritaire. Cependant, cette fois ils se rendaient compte qu’ils occupaient exactement la position adéquate pour agir. Ils alertaient l’opinion publique contre les pollueurs, contre le déversement des déchets industriels ou des excédents de pétrole dans la mer, l’utilisation clandestine d’insecticides interdits dans l’agriculture, le non-respect des normes d’hygiène dans les usines en dehors des jours d’inspection ou la falsification des recherches menées sur les risques d’un nouveau produit chimique. Quel que soit le crime, il y aurait maintenant des témoins inspirés : ceux-ci bénéficieraient du soutien d’organisations de masse qui offriraient des récompenses pour de telles informations ; ils prendraient alors leurs caméras vidéo et dénonceraient le crime.

De même on dénoncerait les pratiques des gouvernements en matière d’environnement, particulièrement en ce qui concerne les terres appartenant à l’État. Il deviendrait patent que, pendant des décennies, des administrations avaient vendu des droits de déboisement ou d’exploitation des sols sur les lieux les plus sacrés de la terre, à des prix inférieurs à ceux du marché, en échange de faveurs politiques et de pots-de-vin. Des forêts majestueuses, véritables sanctuaires naturels, avaient été impitoyablement pillées et dévastées au nom même de l’aménagement forestier, comme si le fait de planter des rangées de pins pouvait remplacer la diversité de la flore et de la faune et les énergies contenues dans une forêt qui avait poussé pendant des siècles.

La nouvelle conscience spirituelle mettrait finalement un terme à de tels désastres. Une coalition se formerait, incluant des chasseurs traditionalistes, des mordus d’histoire nostalgiques et ceux qui considéraient les sites naturels comme des portes sacrées vers l’autre dimension. Cette coalition finirait par sonner l’alarme et sauverait les quelques forêts vierges restantes en Europe et en Amérique du Nord. On commencerait à protéger sur une plus grande échelle les forêts tropicales humides qui jouent un rôle essentiel dans la survie de la planète. Tout le monde comprendrait que chaque site naturel devait être préservé pour le bénéfice des générations futures. Pour fabriquer du bois et du papier, la culture des fibres végétales remplacerait l’utilisation des arbres. Les parcs nationaux restants seraient tous protégés de l’exploitation et utilisés ; ils répondraient à la demande croissante de ceux qui voudraient visiter des zones naturelles intactes et chargées d’énergie. En même temps, tandis que s’accroîtraient l’intuition, la conscience et le souvenir, les cultures développées se tourneraient finalement vers les peuples indigènes. Elles leur témoigneraient du respect, de l’estime et la volonté d’opérer une synthèse pour définir une nouvelle conception mystique du monde naturel.

La scène holographique progressa encore et la spiritualité imprégna chaque aspect de la culture. Chaque profession commençait à orienter sa pratique quotidienne vers un niveau plus intuitif et idéal de fonctionnement, à la recherche de son rôle spirituel, de la vision d’un véritable service.

La médecine, inspirée par des praticiens attentifs à la genèse psychospirituelle des maladies, abandonnerait progressivement le traitement mécanique des symptômes pour se consacrer à la prévention. Les avocats cesseraient de provoquer des litiges et d’obscurcir la vérité pour gagner leurs procès ; ils chercheraient à résoudre les conflits de façon que tous les protagonistes se sentent gagnants. Tous les dirigeants impliqués dans l’économie, industrie par industrie, opteraient pour un capitalisme éclairé, orienté non seulement vers le profit, mais vers la satisfaction des besoins spirituels ; ils rendraient les produits accessibles au prix le plus bas possible. Cette nouvelle éthique économique provoquerait une déflation massive ; elle faciliterait la généralisation de l’automatisation, et finalement la gratuité totale, des services et produits indispensables. Cela libérerait alors les êtres humains et leur permettrait d’adopter l’économie de la « dîme spirituelle » qu’annonce la neuvième révélation.

La vision progressa et nous vîmes des individus se rappeler leur mission spirituelle de plus en plus tôt dans la vie. Ici nous pouvions capter l’idée précise qu’exprimerait bientôt la nouvelle conception du monde. Avant d’atteindre leur majorité, des individus se souviendraient qu’ils avaient été des âmes passant, lors de leur naissance, d’une dimension existentielle à une autre. Bien qu’une partie de leur mémoire fût destinée à disparaître pendant la transition, l’un des objectifs de l’éducation serait de les aider à récupérer la mémoire présente avant la naissance.

À leurs jeunes élèves, les professeurs feraient découvrir très tôt l’expérience de la synchronicité ; ils les inciteraient à se fier à leurs intuitions pour étudier certains sujets, visiter certains lieux, et à toujours chercher des réponses spirituelles lorsqu’ils suivraient tel ou tel chemin particulier. Tandis que le souvenir de toutes les révélations deviendrait plus précis, ils s’intégreraient dans certains groupes, travailleraient à des projets, réaliseraient leur objectif initial. Et finalement ils retrouveraient le projet sous-jacent à leur vie. Ils sauraient qu’ils étaient venus ici-bas pour élever le niveau vibratoire de cette planète, découvrir et protéger la beauté et l’énergie de ses sites naturels, et s’assurer que tous les êtres humains aient accès à ces lieux privilégiés ; ainsi ils pourraient continuer à accroître leur énergie, pour finalement instaurer l’harmonie de l’Après-Vie ici sur terre.

Une telle vision du monde transformerait notre façon de considérer les autres. Nous ne serions plus les membres d’une race ou d’une nation nés à une époque donnée, mais des âmes soeurs, engagées ensemble dans un processus d’éveil et de prise de conscience destiné à répandre la vie spirituelle sur la planète entière. Nous comprendrions pourquoi certaines âmes s’étaient installées dans des régions différentes du monde. Chaque nation constituait en fait un vivier d’informations spirituelles spécifiques, partagées et modelées par ses citoyens, informations en passe d’être étudiées et intégrées.

Tandis que je regardais l’avenir se dérouler sous mes yeux, je vis se réaliser l’unification politique du monde imaginée par tant de penseurs. Mais les nations ne s’étaient pas soumises à la volonté d’un organisme central unique. Nous reconnaissions à la base nos similitudes spirituelles tout en préservant soigneusement notre autonomie locale et nos différences culturelles. Comme lorsque les individus interagissent au sein d’un groupe, chaque membre de la famille des nations serait reconnu comme ayant sa vérité culturelle, accessible au monde entier. Les luttes politiques, souvent si violentes, se transformeraient en guerres de mots. Tandis que la marée du souvenir continuerait à recouvrir la planète, tous les êtres humains commenceraient à comprendre que notre destin était de discuter et de comparer les perspectives de nos différentes religions. Tout en rendant hommage à l’apport de chaque doctrine au niveau personnel, nous découvririons en fin de compte que chaque religion était complémentaire des autres et qu’il fallait toutes les intégrer dans une synthèse spirituelle globale.

Ces échanges, ces dialogues aboutiraient à la reconstruction d’un grand temple à Jérusalem, occupé conjointement par les principales religions, juive, chrétienne, musulmane, orientales, et même les idéologies farouchement laïques, représentées par les enclaves économiques en Chine et en Europe, qui défendaient une utopie panthéiste. À ce stade, on débattrait et discuterait d’une perspective spirituelle définitive. Et dans cette guerre de mots et d’énergie, les perspectives juive et musulmane occuperaient d’abord le rôle central, puis l’optique chrétienne serait comparée et intégrée, ainsi que la vision intérieure des religions orientales.

La conscience de l’humanité atteindrait un autre niveau, tandis que la culture progresserait, du simple partage des informations économiques à l’échange synchronistique de vérités spirituelles. Durant cette phase, certains individus et certains groupes approcheraient du niveau de l’Après-Vie et disparaîtraient aux yeux de la grande majorité des vivants. Ces groupes sélectionnés pénétreraient intentionnellement dans l’autre dimension et apprendraient à faire l’aller et retour, exactement comme le prédit la neuvième révélation et comme l’ont vu les prophètes bibliques. Après le début de cet exode extatique, ceux qui resteraient sur terre comprendraient la situation et accepteraient de continuer à habiter la dimension matérielle, puisque tel était leur rôle, sachant qu’ils partiraient bientôt, eux aussi.

Maintenant il était temps que les fervents défenseurs de la laïcité proclament leurs vérités sur les marches du temple. D’abord les idéologues européens viendraient défendre à Jérusalem leurs conceptions laïcistes. Un dirigeant charismatique proclamerait l’importance de la séparation entre l’État et toutes les Églises. Cette position serait fortement critiquée par les spiritualistes, ceux qui croient en l’existence de l’autre dimension, les musulmans et les chrétiens. Mais ensuite, dans ce conflit d’énergie, grâce aux spiritualistes orientaux, une médiation et une synthèse s’opéreraient. Alors, les dernières tentatives des Intimidateurs, qui avaient autrefois conspiré pour créer une société tyrannique fondée sur l’utilisation de puces électroniques, de robots et l’obéissance forcée, seraient battues en brèche par la diffusion des enseignements de toutes les révélations. Et cette ultime synthèse rendrait chacun capable de recevoir l’Esprit saint. Nous vîmes clairement que, à travers ce dialogue et cette intégration d’énergie, l’histoire accomplirait les prophéties bibliques d’une façon symbolique et verbale, évitant l’apocalypse annoncée par ceux qui avaient pris ces textes au pied de la lettre.

Soudain notre attention se reporta sur l’Après-Vie, et nous comprîmes alors avec une grande clarté que, pendant tout ce temps, notre projet n’était pas seulement de créer une nouvelle Terre, mais aussi un nouveau paradis. Nous découvrions l’effet du souvenir de la Vision du Monde non seulement sur la dimension matérielle mais aussi sur l’Après-Vie. Pendant que se déroulait l’exode extatique des croyants qui quittaient la terre, les groupes d’âmes avaient conduit de nouveaux hommes sur terre, procédant à un transfert d’énergie et créant une dimension physique élargie.

Alors nous apparut la signification complète du processus historique dans son ensemble. Depuis le début des temps, plus notre mémoire s’ouvrait, plus l’énergie et la connaissance passaient systématiquement de l’Après-Vie dans la dimension matérielle. D’abord, les groupes d’âmes dans l’Après-Vie avaient assumé seuls la responsabilité complète de conserver le projet et la vision de l’avenir ; ils nous avaient aidés à nous souvenir de notre projet existentiel, à imaginer le futur, et nous avaient transmis de l’énergie.

Plus tard, tandis que la conscience progresserait sur terre et que la population augmenterait, l’équilibre de l’énergie et de la responsabilité se déplacerait lentement vers la dimension matérielle, jusqu’au moment où suffisamment d’énergie serait transférée.

La Vision du Monde serait alors suffisamment connue, le pouvoir complet et la responsabilité de créer l’avenir projeté passeraient de l’Après-Vie aux âmes sur terre, aux nouveaux groupes en formation, à nous-mêmes !

À ce moment de l’histoire, nous devions poursuivre notre objectif. Et c’est pourquoi il nous incombait maintenant de résorber la polarisation et de faire évoluer, ici, dans cette vallée, des individus encore prisonniers de la Peur et qui se sentaient le droit de manipuler l’économie pour leurs propres intérêts et de prendre le contrôle de l’avenir.

Exactement au même moment, nous nous regardâmes tous les quatre dans l’obscurité. L’hologramme nous entourait encore, les groupes d’âmes, encore fusionnés à l’arrière-plan, luisaient avec éclat. Je remarquai alors un énorme faucon qui vola jusqu’à une branche située à trois mètres au-dessus de notre groupe, puis nous regarda. Un lièvre s’approcha à moins d’un mètre de mon coude droit et s’arrêta, suivi quelques secondes plus tard par un lynx, qui s’assit à côté de lui. Que se passait-il ?

Soudain, je ressentis une vibration silencieuse dans mon plexus solaire ; les expériences avaient recommencé.

– Regardez là-bas ! cria Curtis.

À une quinzaine de mètres, à peine visible au clair de lune, une crevasse étroite partageait buissons et arbustes, s’étendant lentement dans notre direction.

Je regardai les autres.

– À nous de jouer maintenant ! cria Maya. Nous en savons assez sur la Vision et nous pouvons les arrêter.

Avant que nous ayons pu agir, la terre trembla violemment sous nos pieds et la crevasse se rapprocha de plus en plus vite de nous. Simultanément, plusieurs véhicules s’arrêtèrent dans les sous-bois, et des lampes torches éclairèrent les vagues silhouettes des arbres et les nuages de poussière. N’éprouvant aucune peur, je conservai mon énergie et me concentrai de nouveau sur l’hologramme.

– La Vision les arrêtera ! cria de nouveau Maya. Ne la laissez pas s’échapper ! Retenez-la !

Embrassant l’image de l’avenir devant nous, je sentis de nouveau notre groupe rassembler son énergie pour la diriger sur Feyman. Nous maintenions notre projet pour édifier une sorte de mur géant contre son intrusion, nous visualisions que les gardes reculaient devant notre énergie et s’enfuyaient, terrifiés.

La crevasse continuait à avancer dans notre direction, mais j’étais convaincu qu’elle s’arrêterait bientôt. Pourtant elle se rapprochait rapidement. Un arbre s’abattit. Puis un autre. Quand la secousse atteignit notre groupe, je perdis ma concentration et roulai en arrière, à moitié suffoqué par la poussière.

– Cela va encore rater ! cria Curtis. J’eus l’impression que tout se répétait.

– Montons par là, dis-je, luttant pour voir clair dans la soudaine obscurité.

Dans ma course je pouvais à peine distinguer les contours flous de mes compagnons qui s’éloignaient de moi vers l’est.

J’escaladai la crête rocheuse qui formait la paroi gauche du canyon et m’arrêtai seulement au bout d’une centaine de mètres. M’agenouillant au milieu des rochers, je cherchai à percer les ténèbres. Je ne décelai aucun mouvement mais j’entendis les hommes de Feyman discuter à l’entrée du canyon. Calmement je continuai à monter sur le même versant, me dirigeant vers le nord-ouest, à l’affût du moindre signe de mes amis. Finalement je trouvai un moyen de redescendre dans le canyon. Toujours aucun mouvement.

Je commençais à m’acheminer de nouveau vers le nord quand quelqu’un m’attrapa par-derrière.

– Qu’est-ce… ? criai-je.

– Chut ! murmura une voix. Calmez-vous. C’est David.

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