Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – La Prophétie des Andes – 7 : Déclencher l’évolution.

James Redfield – La Prophétie des Andes – 7 : Déclencher l’évolution.

Les deux prêtres repartirent vers la maison, et je restai là pendant plusieurs minutes à admirer la beauté des montagnes en essayant de me remplir d’énergie. Puis mon regard se perdit et je dérivai lentement dans une sorte de rêverie à propos de Wil. Où se trouvait-il ? Était-il près de découvrir la neuvième révélation ?

Je l’imaginais courant dans la jungle, la neuvième révélation à la main, poursuivi par de nombreux soldats. Je voyais Sebastian diriger la poursuite. Pourtant, même dans ce songe éveillé, il me semblait évident que Sebastian, malgré son autorité, avait tort, qu’il ne comprenait pas l’impact que les révélations auraient sur les gens. Je pensais que quelqu’un pourrait le persuader de changer d’avis, si seulement nous pouvions découvrir ce qui, dans le Manuscrit, constituait une telle menace pour lui.

Je rêvais ainsi lorsque l’image de Marjorie me traversa l’esprit. Où se trouvait-elle ? Je m’imaginai la revoyant. Comment cela pourrait-il arriver ?

Le bruit de la porte d’entrée qui se fermait me tira de mon rêve. Je me sentis de nouveau angoissé et faible. Sanchez fit le tour de la maison pour venir dans ma direction. Il marchait d’un pas rapide et décidé.

Il s’assit près de moi et demanda :

« Avez-vous pris une décision ? »

Je secouai la tête.

« Vous ne paraissez pas très solide.

– En effet, je ne me sens pas très solide.

– Peut-être n’avez-vous pas assez de méthode dans votre manière d’emmagasiner de l’énergie ?

– Que voulez-vous me dire ?

– Laissez-moi vous expliquer comment je procède. Vous pourrez peut-être vous en inspirer. »

J’approuvai d’un geste.

« La première chose que je fais, c’est de regarder attentivement l’environnement immédiat, comme vous le faites vous-même. Puis j’essaie de me rappeler à quoi tout ressemble quand je me sens fort. Je le fais en me rappelant la présence particulière de chaque chose, sa beauté, sa forme unique, surtout pour les plantes. J’essaye de me rappeler aussi les couleurs, leur chaleur, leur brillance. Vous me suivez ?

– J’essaie de faire tout cela moi-même.

– Puis je tente d’éprouver ce sentiment de proximité qui fait que, aussi loin que soient les choses, je peux les toucher, me relier à elles… Et j’inspire l’énergie.

– Vous inspirez ?

– Le père Juan ne vous a pas expliqué ça ?

– Pas du tout. »

Sanchez sembla étonné.

« Sans doute voulait-il revenir vous en parler plus tard. Il est assez souvent un peu théâtral. Il laisse son élève méditer sur ce qu’il vient de lui apprendre, puis il revient au bon moment pour ajouter un détail qui améliore la leçon. Il avait sans doute l’intention de le faire avec vous, mais nous sommes partis trop vite.

– De quoi s’agit-il ?

– Vous souvenez-vous du sentiment de légèreté que vous avez éprouvé sur le pic ?

– Oui.

– Pour le retrouver, j’essaie d’inspirer l’énergie avec laquelle je me suis relié. »

J’avais suivi avec attention. Rien qu’à écouter, je me sentais mieux relié. Tout autour de moi avait plus de présence et de beauté. Même les rochers s’entouraient d’une sorte de halo blanchâtre, et le champ d’énergie de Sanchez était vaste et de teinte bleue. Il respirait profondément, avec application, retenant son souffle au moins cinq secondes avant chaque expiration. Je l’imitai.

« Lorsque nous arrivons à voir que chaque inspiration attire de l’énergie en nous et nous remplit comme un ballon, nous devenons réellement plus forts, plus légers. »

Après quelques inspirations, ce fut le sentiment que j’éprouvai.

« Une fois que j’ai inspiré l’énergie, poursuivit Sanchez, je vérifie si je ressens bien la bonne émotion. Comme je vous l’ai déjà dit, je pense que c’est la meilleure façon de se rendre compte si l’on est bien relié.

– Parlez-vous de l’amour ?

– Oui. Comme je vous l’ai dit à la Mission, l’amour n’est pas un concept intellectuel ni un impératif moral. C’est une émotion qui apparaît quand on est relié à l’énergie qui existe dans l’univers, c’est-à-dire, bien entendu, l’énergie de Dieu. »

Le père Sanchez posait sur moi un regard un peu vague.

« Voilà, vous y êtes arrivé. C’est le niveau d’énergie que vous devez chercher à atteindre. Je vous aide un peu, mais vous êtes capable d’y arriver tout seul.

– Vous m’aidez ? Mais comment ? »

Il hocha la tête.

« Ne vous occupez pas de ça pour le moment. Vous apprendrez ces détails plus tard, dans la huitième révélation. »

Le père Cari apparut au coin de la maison, et nous regarda, l’air satisfait. De plus près, il me dit :

« Alors ? »

La question m’irrita. Je luttai contre la perte d’énergie qu’elle entraînait.

« Ne retombez pas dans votre mécanisme d’indifférence, intervint-il, vous ne pouvez pas éviter de prendre une décision. Que pensez-vous devoir faire ?

– Je ne pense rien du tout, c’est bien là le problème.

– Vraiment ? Les pensées sont pourtant modifiées quand on est relié à l’énergie. »

Je le regardai avec surprise.

« Les mots que vous faites habituellement surgir de votre esprit pour contrôler les événements avec l’aide de la logique, s’évanouissent quand vous cessez d’obéir à votre mécanisme. Quand vous vous remplissez d’énergie intérieure, un autre style de pensées gagne votre esprit. Elles proviennent d’une partie plus élevée de vous-même. Ce sont vos intuitions. Elles apparaissent tout au fond de votre esprit, souvent dans une sorte de rêverie, de minivision, et elles se manifestent pour vous guider. »

Je ne comprenais toujours pas.

« Dites-nous à quoi vous pensiez quand nous vous avons laissé seul hier, proposa le père Cari.

– Je crois que j’ai oublié.

– Essayez. »

Je tentai de me concentrer.

« Je pensais à Wil, je crois, s’il était proche de la découverte, et à la croisade de Sebastian contre le Manuscrit.

– Rien d’autre ?

– Je pensais à Marjorie, à ce qui pouvait lui être arrivé. Mais je ne vois pas en quoi cela va m’aider à faire un choix.

– Laissez-moi vous l’expliquer, dit Sanchez. Quand vous accumulez suffisamment d’énergie, vous êtes en mesure de déclencher consciemment l’évolution, de provoquer les coïncidences qui vous feront progresser. Vous dirigez votre évolution de manière précise. D’abord, en emmagasinant assez d’énergie, puis en repérant la véritable question de votre vie, celle que vous ont transmise vos parents, parce que cette question crée le contexte général de votre évolution. Ensuite, vous poursuivez votre chemin en découvrant les questions immédiates, secondaires, qui se posent à vous quotidiennement. Elles se rapportent toujours aux questions importantes et vous servent de repères dans votre quête.

« Au fur et à mesure que vous abordez les questions, vous déterminez intuitivement la marche à suivre. Vous pressentez quelle sera l’étape suivante. Toujours. Sauf quand vous vous posez une mauvaise question. Le problème dans la vie n’est pas de trouver les réponses, c’est de poser les bonnes questions. Si la question est bien posée, elle trouve toujours sa réponse.

« Dès que vous avez l’intuition de ce que sera la prochaine étape, il faut être sur le qui-vive, parce que tôt ou tard des coïncidences se produiront qui vous engageront dans la direction que votre intuition vous pousse à suivre. Vous me comprenez ?

– Oui, je crois.

– Alors, ne pensez-vous pas que le songe que vous avez fait à propos de Wil et de Marjorie est important ? Demandez-vous, à la lumière de l’histoire de votre vie, pourquoi il s’est produit maintenant. Vous savez que vous avez quitté votre famille avec l’envie de vivre la spiritualité comme une sorte d’aventure ?

– Oui.

– Puis, en grandissant, vous vous êtes intéressé au mystère, vous avez étudié la sociologie sans trop savoir pourquoi. Ensuite, commençant à vous éveiller, vous avez entendu parler du Manuscrit, vous êtes arrivé au Pérou, vous avez découvert les révélations une par une, et chacune vous a appris quelque chose sur le type de spiritualité que vous recherchez. Maintenant que vous avez compris votre passé, vous êtes en mesure de prendre très précisément conscience de cette évolution en définissant les questions qui se posent à vous aujourd’hui, les réponses viendront d’elles-mêmes. »

Je me contentai de le regarder.

« Alors, quelles questions se posent à vous ?

– Je crois que j’aimerais connaître les autres révélations, surtout je voudrais savoir si Wil va découvrir la neuvième. Je veux savoir ce qui est arrivé à Marjorie. Et je veux comprendre ce qui fait courir Sebastian.

– Et qu’est-ce que votre intuition vous suggère de faire par rapport à cela ?

– Je ne sais pas. Je pensais que je revoyais Marjorie, et que Wil courait, poursuivi par des soldats. Qu’est-ce que cela signifie ?

– Où Wil courait-il ?

– Dans la jungle.

– Peut-être cela vous indique-t-il où aller ? Iquitos se trouve dans la jungle. Et Marjorie ?

– Je la revoyais.

– Et Sebastian ?

– J’imaginais qu’il s’opposait au Manuscrit parce qu’il ne l’avait pas compris… qu’on pouvait le faire changer d’avis si on découvrait ce qu’il pensait, ou plutôt en quoi le Manuscrit lui faisait peur. »

Les deux hommes se regardèrent, l’air ébahi.

« Alors, qu’est-ce que cela veut dire ? »

Le père Cari répondit par une autre question.

« Qu’en pensez-vous ? »

Pour la première fois depuis ma vision sur le pic, je me sentais plein d’énergie et de confiance en moi. Je les regardai tour à tour et confiai :

« Je crois que je dois aller dans la jungle, et essayer de découvrir quels sont les aspects du Manuscrit que l’Église désapprouve. »

Le père Cari sourit.

« Exactement. Vous pouvez prendre ma camionnette. »

J’ai acquiescé et nous avons marché vers le devant de la maison où les véhicules étaient garés. Mes affaires, avec des cartons de nourriture et de boisson, étaient déjà installées dans la camionnette du père Cari. Sanchez avait aussi préparé son propre camion.

« Je dois vous dire encore ceci avant votre départ, m’avertit Sanchez. Pensez à vous arrêter aussi souvent qu’il le faudra pour vous relier à l’énergie. Soyez-en toujours plein. Et que votre coeur soit empli d’amour. Souvenez-vous qu’une fois que vous aurez atteint cet état rien ni personne ne pourra vous prendre d’énergie que vous ne sauriez remplacer. En fait, l’énergie qui vous quitte crée un courant qui ramène de l’énergie en vous à la même vitesse. Vous ne serez jamais à sec. Mais vous devez demeurer conscient de ce phénomène pour qu’il continue de se produire. Cela vaut surtout pour les relations humaines. »

Il s’interrompit, et simultanément, comme si cela avait été concerté, le père Cari s’avança et déclara :

« Vous avez lu toutes les révélations sauf deux. La septième et la huitième. La septième concerne l’évolution personnelle, l’éveil aux coïncidences, et à toutes les réponses que l’univers vous apporte. »

Il me tendit un petit dossier.

« Voici la septième. Elle est très courte et très générale. Mais elle parle de la manière dont les choses nous sautent aux yeux, dont certaines pensées viennent nous guider. La huitième, vous la trouverez tout seul le moment venu. Elle explique comment aider les autres quand ils nous apportent les réponses que nous cherchons. Et elle décrit une éthique nouvelle qui peut faciliter l’évolution de chacun.

– Pourquoi ne pouvez-vous pas me la donner tout de suite ? »

Il sourit, me mit la main sur l’épaule et expliqua :

« Parce que nous pensons que ce n’est pas à nous de le faire. Nous aussi devons suivre nos propres intuitions. Vous recevrez la huitième révélation dès que vous saurez poser les bonnes questions. »

Je lui dis que j’avais bien compris. Ils me prirent dans leurs bras, et me souhaitèrent bonne chance. Cari déclara que nous allions nous revoir et que j’allais trouver les réponses que j’étais venu chercher.

Nous étions prêts à monter dans nos véhicules quand Sanchez se retourna et ajouta :

« Encore une chose. C’est mon intuition qui me pousse à vous dire ça. Vous comprendrez pourquoi plus tard. Laissez-vous guider par la beauté. Les gens et les choses qui ont des réponses à vous apporter vous paraîtront plus beaux et plus attirants. »

J’approuvai et montai dans la camionnette. Je les suivis sur la petite route jusqu’au premier croisement. Sanchez me fit un dernier signe par la vitre au moment de tourner vers l’est. Je les regardai s’éloigner puis m’engageai vers le nord, en direction du bassin de l’Amazone.

Après avoir bien roulé pendant presque trois heures, j’étais maintenant à un carrefour, incapable de décider laquelle de deux routes choisir. L’impatience m’envahit.

À gauche, à en croire la carte, la route se dirigeait vers le nord en suivant les montagnes pendant près de cent cinquante kilomètres avant de tourner franchement à l’est vers Iquitos. L’autre route, à droite, menait au même point, en traversant la jungle.

J’inspirai profondément et tentai de me détendre. Je regardai dans le rétroviseur. Personne en vue. En fait, je n’avais vu personne, ni piétons, ni véhicules depuis une heure. Je tentai d’oublier mon angoisse. Je savais qu’il me fallait me détendre et rester relié à l’énergie avant de prendre une bonne décision.

Je contemplai le paysage. La route de la jungle à ma droite s’enfonçait sous d’immenses arbres. Des rochers faisaient saillie parmi les arbres. Des arbustes tropicaux poussaient à leur pied. A côté, l’autre route, en direction des montagnes, me parut désolée. Un seul arbre était visible. Le reste n’était que rochers.

Je regardai à nouveau la route de droite en essayant de m’emplir d’amour. Les arbres et les buissons étaient d’un vert profond. Puis je fis la même chose à gauche. Je remarquai aussitôt une bande de gazon fleuri sur les bords de la route. Les brins d’herbe étaient pâles et maigres, mais les fleurs blanches, de loin, formaient un superbe bouquet. Je me demandai pourquoi je n’avais pas remarqué les fleurs la première fois. Elles paraissaient presque luminescentes. J’élargis ma vision pour englober tout ce qui se situait à la même hauteur. Les petits rochers et les espaces caillouteux marron autour d’eux me parurent très colorés, et bien visibles. Des taches ambrées, violettes et même rouge sombre ressortaient ici et là.

Je regardai de nouveau à droite les arbres et les arbustes. Même s’ils étaient beaux, ils semblaient plus ternes par comparaison. Pourquoi donc, me demandai je ? Au début, la route de droite m’avait paru plus attirante. Un coup d’oeil à gauche et mon intuition se renforça. La richesse des formes et des couleurs m’étonna.

J’étais décidé. Je partis vers la gauche, certain que c’était le bon choix. La route était médiocre. Mais, jusque dans les cahots et les rebonds, mon corps semblait plus léger. Tout mon poids reposait sur mes fesses, tandis que mon dos et mon cou restaient bien droits. Mes bras tenaient le volant, mais sans reposer dessus.

Je conduisis ainsi pendant deux heures sans incident, en prenant de temps en temps quelque chose à manger dans le panier de nourriture préparé par le père Cari. Je ne rencontrai personne. La route montait et descendait une colline après l’autre en faisant des méandres. Au sommet d’une côte, je vis deux vieilles voitures garées. Elles étaient placées à l’écart de la route dans un bouquet d’arbres. Il n’y avait personne en vue et je pensai que les voitures avaient été abandonnées là. En face de moi, la route tournait brutalement à gauche, et descendait vers une vallée assez large. Du sommet, la vue portait très loin.

Je stoppai brutalement la camionnette. Au milieu de la vallée, trois ou quatre véhicules militaires étaient stationnés de chaque côté de la route. Quelques soldats se tenaient debout entre les camions. Un frisson me parcourut. C’était bien un barrage. Je fis marche arrière, allai garer mon véhicule entre deux gros rochers, et sortis pour aller observer la vallée. Un véhicule s’éloignait dans la direction opposée à la mienne.

Soudain, j’entendis quelqu’un derrière moi. Je me retournai aussitôt et reconnus Phil, l’écologiste rencontré à Viciente. Il paraissait aussi surpris que moi.

« Qu’est-ce que vous faites ici ? demanda-t-il en se précipitant vers moi.

– J’essaie de gagner Iquitos. »

Il avait l’air anxieux.

« Nous aussi, mais le gouvernement est devenu fou dès qu’il s’agit du Manuscrit. Nous nous demandons si nous allons prendre le risque de franchir le barrage. Nous sommes quatre. »

Il fit un geste vers la gauche, et j’aperçus les autres hommes.

« Qu’est-ce que vous allez faire à Iquitos ? demanda-t-il.

– Je veux retrouver Wil. Nous avons été séparés à Cula, mais on m’a dit qu’il allait à Iquitos pour trouver la fin du Manuscrit. »

Il parut horrifié.

« Il a tort de vouloir faire ça. L’armée a interdit toute copie. Vous n’avez pas entendu raconter ce qui s’est passé à Viciente ?

– Très peu. Que savez-vous ?

– Je n’y étais pas, mais je crois que l’armée a arrêté tous ceux qui possédaient une copie. Tous les hôtes ont été retenus pour interrogatoire. Sarah et les autres scientifiques ont été emmenés. Personne ne sait ce qu’on leur a fait.

– Vous savez pourquoi le gouvernement est si remonté contre le Manuscrit ?

– Non, mais, lorsque j’ai compris que le danger était proche, j’ai décidé de revenir à Iquitos pour rassembler mes dossiers et de quitter le pays. »

Je lui racontai ce qui nous était arrivé, à Wil et à moi, après notre départ de Viciente, surtout les tirs sur la crête.

« Mon Dieu ! lança-t-il, et malgré ça vous continuez ? »

Son attitude ébranla ma confiance. Je lui répondis :

« Écoutez, si nous ne faisons rien, le gouvernement va faire disparaître complètement le Manuscrit. Le monde n’en entendra jamais parler, et je crois que les révélations sont importantes !

– Assez pour qu’on leur sacrifie sa vie ? »

Un bruit de moteur nous parvint. Les camions militaires traversaient la vallée dans notre direction.

« Oh merde ! dit-il. Les voilà ! »

Avant d’avoir pu bouger, nous avons entendu des bruits de moteur venant de la direction opposée.

« Ils nous ont encerclés ! » cria Phil, l’air paniqué.

Je courus jusqu’à la camionnette et mis le contenu du panier de nourriture dans un petit carton ; je pris les dossiers contenant le Manuscrit et les mis dans le même carton, puis changeai d’avis et les glissai sous le siège. Les bruits de moteur s’amplifiant, je courus de l’autre côté de la route sur ma droite, dans la direction où Phil avait disparu. En bas de la pente, je l’aperçus, avec les autres hommes de son groupe, caché derrière un amas de rochers. Je les rejoignis. J’espérais que les camions allaient passer sans rien voir. Mon véhicule n’était pas visible de la route. Je pensais qu’ils jugeraient que les deux voitures étaient abandonnées.

Les véhicules venant du sud arrivèrent les premiers et à notre stupeur s’arrêtèrent à la hauteur des vieilles voitures.

« Ne bougez plus ! Police ! » cria une voix. Nous sommes restés immobiles tandis que des soldats arrivaient derrière nous. Tous étaient lourdement armés et avançaient prudemment. Ils nous fouillèrent avec soin et confisquèrent tout ce qu’ils trouvèrent, puis nous forcèrent à revenir sur la route. Là, des douzaines d’hommes fouillaient nos voitures. Phil et ses compagnons furent conduits dans un camion qui s’éloigna rapidement. Lorsqu’il passa à ma hauteur, je pus voir son visage pâle et presque cadavérique.

On me conduisit à pied de l’autre côté et on me fit asseoir sur le haut de la colline. Plusieurs soldats armés d’automatiques se tenaient près de moi. Un officier s’approcha et jeta à mes pieds les dossiers contenant le Manuscrit. Il jeta dessus les clés de la camionnette du père Cari.

« Ces papiers vous appartiennent-ils ? »

Je gardai le silence.

« Ces clés ont été trouvées sur vous. Dans le véhicule nous avons saisi ces papiers. Je vous le demande une dernière fois, sont-ils à vous ?

– Je ne répondrai rien avant d’avoir vu un avocat », dis-je en bégayant.

Ma réponse amena un sourire sarcastique sur les lèvres de l’officier. Il dit un mot aux soldats et s’éloigna. Je fus conduit à une Jeep et assis sur le siège avant près du conducteur. Deux soldats s’installèrent derrière, les armes sur les genoux. D’autres soldats montèrent dans un camion qui nous suivit.

Des pensées noires m’emplissaient l’esprit ; où m’emmenait-on ? Pourquoi m’étais-je mis dans cette situation ? Les prêtres m’avaient pourtant bien préparé à toute éventualité, je n’avais même pas tenu une journée. Au carrefour, j’étais tellement sûr d’avoir choisi la bonne route. Où avais-je commis une erreur ?

J’inspirai et cherchai à me calmer. Qu’allait-il m’arriver ? Je plaiderais l’ignorance, pensai-je. Je me présenterais comme un touriste mal dirigé qui ne cherchait pas à nuire. J’avais seulement fait de mauvaises rencontres, qu’on me laisse rentrer chez moi.

Mes mains, posées sur mes genoux, tremblaient légèrement. Un soldat assis derrière me proposa à boire. Je pris la gourde, mais fus incapable de boire. Il était jeune et, lorsque je lui rendis la gourde, il sourit sans malveillance. L’image de Phil, terrorisé, me traversa l’esprit. Qu’allait-on lui faire ?

L’idée me vint que la rencontre avec lui au sommet de la colline avait été une coïncidence. Que signifiait-elle ? Que nous serions-nous dit si nous n’avions pas été interrompus ? Je n’avais fait que souligner l’importance du Manuscrit, et de son côté il m’avait seulement informé du danger en me suggérant de filer avant d’être pris. Son avis était venu trop tard.

Nous avons roulé plusieurs heures sans échanger un mot. Le pays était moins accidenté, l’air plus chaud. Un jeune soldat me tendit une boîte de ration K, une sorte de bouillie de viande, mais je ne parvins pas à avaler quoi que ce soit. Au crépuscule, l’obscurité se fit brusquement.

Je ne pensais à rien, le regard fixé devant moi, vers la zone éclairée par les phares de la Jeep. Je m’endormis vaguement, rêvant que j’étais en avion. Je courais à toutes jambes pour échapper à un ennemi inconnu, parmi des centaines d’énormes feux de camp, persuadé que quelque part se trouvait une clé qui m’ouvrirait la route de la connaissance et de la sécurité. Au milieu d’un des feux de camp, je vis la clé et fonçai dedans pour la prendre.

Je m’éveillai brutalement, en sueur. Les soldats me regardèrent d’un air méfiant, je secouai la tête et l’appuyai sur la portière. Je regardai longtemps les formes sombres du paysage par la vitre, cherchant à ne pas succomber à la panique. J’étais seul, sous bonne escorte, et fonçant dans le noir. Personne ne s’intéressait à mes cauchemars.

Vers minuit, nous nous sommes arrêtés devant un grand bâtiment faiblement éclairé ; construit en pierre, il avait deux étages. Nous avons évité la porte principale et sommes entrés par une petite porte latérale. Un escalier descendait vers un couloir étroit. Les murs étaient de pierre et le plafond fait de grosses poutres et de planches grossières. De simples ampoules dénudées éclairaient le passage. Nous avons franchi une autre porte qui conduisait à de petites cellules. Un des soldats qui avait disparu nous rattrapa et en ouvrit une en me faisant signe d’y entrer.

Il y avait à l’intérieur de la cellule trois lits de camp, une table et un vase de fleurs. À ma surprise, la pièce était très propre. Comme j’entrais, un jeune Péruvien, qui n’avait pas plus de dix-huit ou dix-neuf ans, me regarda d’un air indécis de derrière la porte que le soldat ferma à clé en s’éloignant. Je m’assis sur un des lits tandis que le jeune homme allumait une lampe à huile : à la lumière, je vis que c’était un Indien.

« Vous parlez anglais ? demandai-je.

– Un peu.

– Où sommes-nous ?

– Près de Pullcupa.

– C’est une prison ?

– Non, ici tout le monde est interné pour répondre à des questions sur le Manuscrit.

– Vous êtes ici depuis longtemps ? »

Il me regarda d’un air timide avec ses yeux marron foncé.

« Deux mois.

– Qu’est-ce qu’on vous a fait ?

– Ils essaient de me faire renoncer au Manuscrit et de me forcer à donner les noms de ceux qui en ont les copies.

– Comment font-ils ?

– En me parlant.

– Sans aucune menace ?

– Seulement en parlant.

– Ils vous ont dit quand vous seriez libre ?

– Non. »

Je me tus un instant et il me regarda d’un air interrogateur.

« Vous avez été arrêté en possession d’une copie du Manuscrit ? demanda-t-il.

– Oui. Et vous ?

– Oui. J’habite près d’ici, dans un orphelinat. Le directeur nous enseignait le Manuscrit. Il m’a autorisé à l’enseigner aux enfants. Il a pu se sauver, mais moi j’ai été pris.

– Combien de révélations avez-vous lues ? dis-je.

– Toutes celles qui ont été découvertes. Et vous ?

– Toutes, sauf la septième et la huitième. J’avais le texte de la septième, mais je n’ai pas réussi à le lire avant de me faire arrêter. »

Le jeune homme bâilla et dit :

« Nous pouvons dormir maintenant ?

– Oui, bien sûr », dis-je d’une voix distraite.

Je m’allongeai et fermai les yeux, l’esprit très alerte. Que faire désormais ? Comment m’étais-je laissé prendre ? Pourrais-je m’enfuir ? Je concoctai plusieurs scénarios avant de glisser dans le sommeil.

Je rêvai à nouveau. Je cherchais toujours la même clé, mais cette fois j’étais perdu dans une forêt profonde. J’avais marché longtemps sans but, espérant trouver un guide. Ensuite, un énorme orage survint et inonda tout. Pendant le déluge, je fus entraîné au fond d’un ravin et dans un cours d’eau qui coulait dans le mauvais sens et menaçait de m’engloutir. De toutes mes forces, je luttai contre le courant, pendant ce qui me sembla une éternité. Enfin, je pus m’en sortir en m’accrochant à un rocher. Je gravis les rochers puis les falaises abruptes qui bordaient la rivière, grimpant de plus en plus haut, dans des endroits de plus en plus dangereux. J’avais fait appel à toute mon énergie et à tout mon savoir-faire pour franchir les falaises, ce qui ne m’empêcha pas, à un moment donné, de me retrouver dans un endroit très exposé, incapable d’avancer ou de reculer. Je regardai en dessous de moi. Je m’aperçus que la rivière dont je m’étais échappé coulait de la forêt jusqu’à une merveilleuse plage bordée de prairies. Dans la prairie, entourée de fleurs, je vis la clé. Puis je tombai en hurlant jusqu’à ce que j’atteigne l’eau où je me noyai.

Je m’assis brusquement sur mon lit, en sueur. Le jeune Indien, déjà éveillé, vint jusqu’à moi.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? » dit-il.

Je repris mon souffle et reconnus les lieux. Je vis aussi qu’il y avait une fenêtre et qu’il faisait clair dehors.

« Seulement un mauvais rêve », dis-je.

Il me sourit comme si mes paroles lui avaient fait plaisir.

« Les mauvais rêves apportent toujours des messages importants, commenta-t-il.

– Des messages ? » repris-je, me levant pour passer ma chemise.

Il parut embarrassé de devoir s’expliquer.

« La septième révélation parle des rêves.

– Qu’est-ce qu’elle en dit ?

– Elle explique comment… euh…

– Les interpréter ?

– Oui.

– Et quoi encore ?

– Elle dit qu’il faut comparer l’histoire du rêve à l’histoire de sa vie. »

Je réfléchis un instant, n’étant pas certain de bien comprendre.

« Comment cela, comparer l’histoire ? »

Le jeune Indien ne parvint pas à soutenir mon regard.

« Voulez-vous interpréter votre rêve ? »

J’acquiesçai et lui racontai mon rêve. Il écouta avec une grande attention et suggéra :

« Comparez des passages de votre rêve avec votre vie. »

« Par où dois-je commencer ?

– Par le début. Que faisiez-vous au début du rêve ?

– Je cherchais une clé dans une forêt.

– Comment vous sentiez-vous ?

– Perdu.

– Comparez cette situation à votre situation actuelle.

– Peut-être qu’il y a un lien, car je cherche des réponses à propos du Manuscrit et je suis réellement perdu.

– Et que se passe-t-il d’autre dans votre vie ?

– Je me suis fait prendre, dis-je. Malgré mes efforts, je me suis fait emprisonner. Tout ce que je peux espérer, c’est de pouvoir parler à quelqu’un qui me laissera rentrer chez moi.

– Vous voulez lutter contre votre emprisonnement ?

– Bien sûr.

– Qu’est-ce qui se passait ensuite dans votre rêve ?

– Je luttais contre le courant.

– Pourquoi ? »

Je suivis la direction qu’il m’indiquait.

« Parce que, sur le moment, je croyais qu’il allait me noyer.

– Et si vous n’aviez pas lutté ?

– Il m’aurait emmené jusqu’à la clé. Qu’est-ce que vous êtes en train de me dire ? Que si je ne cherche pas à échapper à ma situation présente, je trouverai peut-être les réponses que je cherche ? »

Il parut de nouveau gêné.

« Moi, je ne sous-entends rien, c’est le rêve qui parle. »

Je réfléchis. Avait-il raison ?

Il me jeta un coup d’oeil et poursuivit :

« Si vous refaisiez le même rêve, quelle voie choisiriez-vous ?

– Je ne résisterais pas au courant, même s’il paraissait pouvoir me tuer. Je serais plus malin.

– Qu’est-ce qui vous menace ?

– Les soldats, je crois. La prison.

– Alors, quel est le message de votre rêve ?

– Vous croyez que le message, c’est que je dois considérer ma capture comme une chose positive ? »

Il se contenta de sourire. Assis sur mon lit de camp, je m’appuyai contre le mur. Son interprétation me captivait au plus haut point. S’il avait raison, cela voulait dire que je n’avais pas commis d’erreur en choisissant cette route plutôt que l’autre au carrefour, parce que cela devait arriver.

« Quel est votre nom ? demandai-je.

– Pablo. »

Je me présentai en souriant, lui racontai brièvement pourquoi je séjournais au Pérou et ce qui m’était arrivé. Il était assis sur son lit, les coudes sur les genoux. Très mince, il avait les cheveux noirs et très courts.

« Pourquoi êtes-vous ici exactement ? demanda-t-il.

– Pour découvrir tout ce que je peux sur le Manuscrit.

– Mais pourquoi ?

– Pour découvrir la septième révélation, pour retrouver quelques amis comme Marjorie, Wil… et aussi pour comprendre pourquoi l’Église est tellement opposée au Manuscrit.

– Il y a ici beaucoup de prêtres à qui vous pourrez parler. »

Je réfléchis un instant et repris :

« Qu’est-ce que la septième révélation raconte encore sur les rêves ? »

Pablo expliqua que les rêves nous apprennent des choses qui nous échappent dans notre vie. Puis il parla d’autre chose, mais, au lieu de l’écouter, je pensai à Marjorie, dont je voyais le visage apparaître clairement devant moi ; je me demandais où elle était, puis je la vis courir jusqu’à moi en souriant.

Je m’aperçus que Pablo ne parlait plus. Je sursautai :

« Excusez-moi, mon esprit battait la campagne. Que disiez-vous ?

– Ça ne fait rien. À quoi pensiez-vous ?

– À une amie. »

Il parut sur le point d’en demander davantage, mais quelqu’un s’approchait de notre porte. À travers les barreaux, je vis un soldat débloquer la serrure.

« C’est l’heure du petit déjeuner », m’informa Pablo.

Le soldat nous fit signe d’avancer dans le couloir. Pablo passa le premier dans le passage dallé de pierre. Un escalier nous fit grimper jusqu’à une petite salle à manger. Quatre ou cinq soldats se tenaient aux coins de la salle, et des civils, deux hommes et une femme, attendaient, debout, qu’on les serve.

Je m’arrêtai net, incrédule. La femme était Marjorie. Elle me vit au même instant et porta la main à ses lèvres, ses yeux s’agrandissant sous l’effet de la surprise. Je regardai le soldat derrière moi. Il se dirigeait vers les autres militaires, souriant avec nonchalance et leur parlant en espagnol. Je suivis Pablo à travers la pièce pour prendre la queue.

On servait Marjorie. Les deux autres hommes emportèrent leur plateau à une table en discutant. Marjorie tourna son regard plusieurs fois dans ma direction, rencontrant le mien, et luttant pour ne pas parler. La seconde fois, Pablo comprit que nous nous connaissions, et me regarda d’un air interrogateur. Marjorie emporta sa nourriture à une table. Où je la rejoignis avec Pablo. Les soldats bavardaient toujours, et ne s’intéressaient pas à nos mouvements.

« Mon Dieu, je suis heureuse de vous voir. Comment vous êtes arrivé ici ?

– Je me suis caché un moment chez des prêtres, puis je les ai quittés pour rechercher Wil, et on m’a arrêté hier. Et vous, depuis quand êtes-vous ici ?

– Depuis qu’ils m’ont découverte sur la crête. »

Pablo nous regardait intensément, et je le présentai à Marjorie.

« Je suppose que vous êtes Marjorie », dit-il.

Ils parlèrent brièvement, puis je demandai :

« Qu’est-ce qui s’est passé d’autre ?

– Pas grand-chose. J’ignore pourquoi je suis détenue. Chaque jour, on me conduit devant un prêtre ou un officier, pour être interrogée. Ils veulent connaître le nom de mes contacts à Viciente, et si je sais où se trouvent des exemplaires du Manuscrit. Les mêmes questions reviennent sans cesse. »

Marjorie souriait, paraissant fragile, ce qui me la rendait encore plus désirable. Elle me jeta un coup d’oeil rapide en coin, ce qui nous fit rire aussitôt. Le silence s’installa pendant que nous mangions, quand un prêtre entra, vêtu à la romaine. Il était accompagné d’un homme qui semblait être un haut gradé dans la hiérarchie militaire.

« C’est le chef des prêtres », dit Pablo.

L’officier parla aux soldats, qui s’étaient mis au garde-à-vous, et le prêtre se rendit à la cuisine, non sans me regarder longuement dans les yeux. Les deux nouveaux arrivants disparurent dans la cuisine et sortirent par une autre porte.

« C’est un des prêtres qui vous a interrogée ?

– Non, je ne l’ai jamais vu, dit-elle.

– Moi, je le connais, il est arrivé hier. C’est le cardinal Sebastian. »

Je me redressai.

« Sebastian ?

– On dirait que vous en avez entendu parler, intervint Marjorie.

– Oui, dans l’Église c’est le principal opposant au Manuscrit. Je le croyais encore à la Mission du père Sanchez.

– Qui est le père Sanchez ? » s’enquit Marjorie.

J’allais le lui apprendre quand un soldat fit signe à Pablo et à moi de le suivre.

« C’est l’heure de l’exercice », expliqua Pablo.

Marjorie et moi nous sommes regardés, ses yeux à elle étant pleins d’anxiété.

« Ne vous inquiétez pas, dis-je. Nous nous reparlerons au prochain repas, tout ira bien. »

En m’éloignant, je me demandai si mon optimisme était justifié. Ces gens-là pouvaient bien faire disparaître l’un d’entre nous sans laisser aucune trace. Le soldat nous fit traverser un petit hall, puis passer une porte conduisant à un escalier extérieur. Une petite cour entourée de hauts murs nous attendait. Le soldat resta debout à la porte.

Pablo me dit de marcher avec lui en faisant le tour de la cour. Il se baissa plusieurs fois pour cueillir des fleurs qui poussaient dans les parterres.

« Qu’est-ce que la septième révélation dit encore ? »

Il se baissa pour prendre une autre fleur.

« Que ce ne sont pas seulement les rêves qui nous guident, mais aussi les rêveries et les pensées.

– Le père Cari me l’avait signalé. Mais comment ?

– En nous montrant un événement, ou un décor, qui nous indique ce qui peut arriver. Si nous y sommes attentifs, nous nous préparons au changement qui s’annonce dans notre vie. »

Je le regardai et annonçai :

« Vous savez Pablo, j’ai rêvé que j’allais revoir Marjorie. Et c’est arrivé. »

Il sourit.

Un frisson me parcourut l’échiné. J’étais bien au bon endroit. J’avais eu l’intuition de quelque chose qui s’était produit. J’avais plusieurs fois pensé revoir Marjorie, et c’était arrivé. Les coïncidences se produisaient. Je me sentais plus léger.

« Je n’ai pas souvent ce genre de pensées », dis-je.

Il détourna son regard et reprit :

« La septième révélation dit que nous avons plus de pensées de ce style que nous ne le croyons. Il nous faut y faire attention pour les reconnaître. Lorsqu’une pensée vient, il faut se demander pourquoi ? Pourquoi ai-je pensé à cela juste maintenant ? Quel lien cela a-t-il avec ce que je vis ? Cette attitude nous aide à ne pas vouloir dominer toutes choses. Elle nous place dans le courant de l’évolution.

– Et les pensées négatives ? m’informai-je. Ces images effrayantes où des malheurs surviennent à ceux que nous aimons, où nous n’arrivons à rien de bon… ?

– Très simple, dit Pablo. La révélation dit que les images de peur doivent être interrompues dès qu’elles surviennent. Une autre image, positive, doit les remplacer par la volonté dans notre esprit. Alors, les images négatives disparaissent pour de bon. Vos intuitions sont désormais positives. Si des visions négatives reviennent, le Manuscrit dit qu’elles doivent être prises avec beaucoup de sérieux. Par exemple, si vous vous voyez avoir un accident de voiture et que quelqu’un survient qui vous offre de vous conduire quelque part, ne le suivez pas. »

Nous avions achevé le tour de la cour et nous nous approchions du soldat. Pablo ramassa une autre fleur, et j’inspirai profondément. Avec cet air chaud et humide la vie végétale, de l’autre côté du mur, devait être très dense. Je remarquai plusieurs moustiques.

« Venez », dit brusquement le soldat.

Il nous ramena vers la cellule. Pablo me devançait ; le soldat me barra le passage.

« Pas vous », dit-il.

Il m’entraîna dans le hall, puis dans l’escalier jusqu’à la petite porte où j’étais passé à mon arrivée. Sur le parking, le cardinal Sebastian s’installait à l’arrière d’une grosse limousine. Le chauffeur referma la portière. Sebastian me regarda avec attention un instant, puis dit un mot au chauffeur et la voiture démarra.

Le soldat me poussa vers le devant du bâtiment, jusqu’à un bureau où il me fit asseoir sur une chaise de bois, face à un bureau métallique peint en blanc. Quelques minutes plus tard, un jeune prêtre aux cheveux châtains entra dans la pièce sans me prêter la moindre attention ; il lut un dossier pendant une bonne minute puis leva les yeux vers moi. Ses lunettes rondes à monture dorée lui donnaient l’aspect d’un intellectuel.

« Vous avez été arrêté en possession de documents illégaux, dit-il d’un ton naturel. Je suis ici pour décider si vous devez être poursuivi. Votre coopération sera appréciée. »

J’acquiesçai.

« Où avez-vous obtenu cette traduction ?

– Je ne comprends pas. Pourquoi des copies d’un vieux manuscrit seraient-elles illégales ?

– Le gouvernement du Pérou a ses raisons. Répondez à mes questions.

– Pourquoi l’Église est-elle mêlée à cela ?

– Parce que ce Manuscrit contredit notre religion, il caricature la vérité de la nature spirituelle de l’homme. Où…

– Écoutez, je veux seulement comprendre. Je ne suis qu’un touriste qui s’est intéressé par hasard à ce Manuscrit. Je ne menace personne. Pourquoi ce texte est-il si inquiétant ? »

Il parut surpris, se demandant quelle tactique adopter.

« L’Église pense que ce Manuscrit trompe les gens. Il leur laisse croire qu’ils peuvent décider par eux-mêmes de leur vie, sans égard pour les Écritures.

– Quoi, dans les Écritures ?

– Le commandement d’honorer son père et sa mère, par exemple.

– Comment cela ?

– Le Manuscrit impute des torts aux parents, et sape la famille.

– Je croyais qu’il mettait un terme aux vieux conflits familiaux et leur donnait un sens positif.

– Non, tout cela est trompeur. Il n’y a aucune raison de voir quoi que ce soit de négatif au départ.

– Les parents sont-ils infaillibles ?

– Les parents font de leur mieux. Les enfants doivent leur pardonner.

– N’est-ce pas justement ce que le Manuscrit tire au clair ? Le pardon ne survient-il pas dès que nous voyons le côté positif de notre enfance ? »

Il se mit en colère.

« Sur quelle autorité s’appuie le Manuscrit pour affirmer cela ? Pourquoi lui ferait-on confiance ? »

Il fit le tour du bureau et se plaça devant moi, toujours furieux.

« Vous ne savez pas de quoi vous parlez ! Êtes-vous un spécialiste des religions ? Je ne le pense pas. Vous êtes la preuve même de la confusion mentale engendrée par ce Manuscrit. Ne comprenez-vous pas que l’ordre dans le monde ne repose que sur la loi et l’autorité ? De quel droit mettez-vous en question les autorités ? »

Je restai muet, ce qui eut le don de le rendre encore plus furieux.

« Laissez-moi vous dire ceci : le crime que vous avez commis est punissable de plusieurs années de prison. Connaissez-vous les prisons péruviennes ? Votre curiosité de Yankee vous donne-t-elle envie de les connaître ? Si vous voulez, je peux m’en charger ! Comprenez-vous ? Je peux m’en charger ! »

Il passa la main sur ses yeux, se tut, inspira une grande bouffée d’air, cherchant manifestement à se calmer, et déclara :

« Je suis ici pour découvrir qui possède des exemplaires, et d’où il les tient. D’où viennent vos traductions ? »

Son éclat m’avait terrorisé. Mes questions avaient envenimé la situation. Que ferait-il si je refusais de coopérer ? Je ne pouvais me résoudre à donner le père Sanchez et le père Cari.

« J’ai besoin de temps avant de vous répondre », dis-je.

Il parut sur le point d’exploser de nouveau. Il se détendit pourtant et parut soudain très fatigué.

« Je vous donne jusqu’à demain matin », accorda-t-il, faisant signe au soldat de m’emmener.

Je le suivis directement jusqu’à ma cellule.

Sans rien dire, j’allai m’allonger sur mon lit de camp. J’étais épuisé. Pablo regardait à travers les barreaux de la fenêtre.

« Avez-vous parlé à Sebastian ?

– Non, c’était un prêtre. Il voulait que je lui dise qui m’avait donné des copies du Manuscrit.

– Qu’est-ce que vous avez répondu ?

– Rien. J’ai demandé à réfléchir et il m’a donné jusqu’à demain matin.

– Qu’est-ce qu’il a dit du Manuscrit ? »

Je le regardai dans les yeux, et cette fois il ne baissa pas la tête.

« Il a parlé un peu de la manière dont le Manuscrit sape l’autorité traditionnelle. Puis il s’est mis en colère et m’a menacé. »

Il parut surpris.

« Avait-il les cheveux châtains et des lunettes rondes ?

– Oui.

– Son nom est le père Costous, m’apprit Pablo. Que lui avez-vous raconté d’autre ?

– Que je n’étais pas d’accord avec lui sur l’influence du Manuscrit. Il m’a menacé de prison. Croyez-vous qu’il était sincère ?

– Je ne sais pas », dit Pablo.

Il s’assit sur son lit en face de moi. Je savais qu’il avait quelque chose à me confier, mais j’étais si fatigué que je fermai les yeux. Quand je m’éveillai, il me secouait :

« C’est l’heure du déjeuner ! »

Nous avons suivi un gardien et on nous servit des pommes de terre et du boeuf racorni. Les deux hommes que nous avions vus le matin entrèrent, mais sans Marjorie.

« Où est Marjorie ? » interrogeai-je à voix basse.

Ils parurent terrifiés que je leur adresse la parole, et les soldats m’observèrent avec attention.

« Je crois qu’ils ne comprennent pas l’anglais, avança Pablo.

– Je me demande où elle est. »

Pablo répondit quelque chose, mais je n’écoutais plus. J’avais envie de m’enfuir et m’imaginais courant dans une rue, entrant dans un immeuble et| retrouvant la liberté.

« À quoi pensez-vous ? demanda Pablo.

– Je rêve d’une évasion. Que disiez-vous tout à l’heure ?

– Attendez, ne perdez pas le fil. C’est peut-être important. Quelle évasion ?

– Je courais dans un passage ou une rue… puis j’entrais dans un immeuble, et je crois que je réussissais à m’évader.

– Que pensez-vous de cette image ?

– Je ne sais pas. Je ne vois pas de lien logique avec ce que nous disions. .

– Vous souvenez-vous de notre conversation ?

– Oui, je parlais de Marjorie.

– Vous ne voyez pas de lien entre Marjorie et cette image ?

– Non, aucun.

– Même pas un lien caché ?

– Non. Quel lien aurait-elle avec une évasion ? Pensez-vous qu’elle s’est échappée ? »

Il prit un air pensif.

« Dans votre rêve, c’est vous qui vous échappez.

– Oui, c’est vrai. Peut-être vais-je m’enfuir sans elle. »

Je le regardais.

« Ou bien avec elle.

– C’est ce que je dirais.

– Mais où est-elle ?

– Je ne sais pas. »

Nous avons mangé sans parler. J’avais faim, mais cette nourriture était indigeste. Je me sentais fatigué et lourd. La faim ne dura pas.

Pablo ne mangeait pas non plus.

« Je crois que nous devrions regagner notre cellule », proposa-t-il.

Il fit signe au soldat de nous reconduire. Une fois arrivé, je m’allongeai et Pablo s’assît, le regard fixé sur moi.

« Votre énergie semble très basse, dit-il.

– Oui, je ne sais pas pourquoi.

– Essayez-vous de vous en remplir ?

– Je ne crois pas, et cette nourriture n’aide pas…

– Vous n’avez pas besoin de manger beaucoup si vous inspirez l’énergie, dit-il en faisant un moulinet du bras pour désigner tout ce qui nous environnait.

– Je sais, mais c’est difficile de m’emplir d’amour dans cette situation. »

Il me regarda d’un air de doute.

« Ne pas le faire, c’est vous faire du tort.

– Comment cela ?

– Votre corps vibre à un certain niveau. Si votre énergie tombe, votre corps souffre, comme lorsqu’on passe du stress à la maladie. C’est grâce à l’amour que l’on maintient un niveau de vibration élevé. Il nous garde en bonne santé. C’est essentiel.

– Donnez-moi quelques minutes. »

Je mis en pratique la méthode enseignée par le père Sanchez. Je me sentis immédiatement mieux. Les objets autour de moi prenaient plus d’importance. Je fermai les yeux et me concentrai sur le sentiment que je ressentais.

« C’est bien », dit-il.

J’ouvris les yeux et le vis sourire largement ; son visage et son corps paraissaient toujours aussi jeunes et immatures, mais ses yeux étaient maintenant pleins de sagesse.

« Je vois l’énergie entrer en vous », assura-t-il.

Je détectai un petit champ vert autour de son corps. Les fleurs qu’il avait placées dans le vase avaient pris une teinte nouvelle.

« Pour saisir la septième révélation et déclencher l’évolution, il faut avoir assimilé toutes les révélations précédentes, et les traduire dans sa façon d’être. »

Je restai muet.

« Pouvez-vous voir en quoi le monde a changé pour vous depuis que vous connaissez les révélations ? »

Je réfléchis.

« J’ai le sentiment de m’être éveillé et de voir dans le monde un lieu mystérieux qui nous offre tout ce dont nous avons besoin si seulement nous éclaircissons notre passé et suivons le bon cheminement.

– Et ensuite ?

– Nous sommes prêts à déclencher l’évolution.

– Comment faisons-nous ? »

Je réfléchis encore.

« En gardant présentes à l’esprit les questions de notre vie. En recherchant une directive soit dans un rêve, soit dans une intuition, soit dans une pensée, soit dans l’iridescence du monde environnant. »

Je me tus, essayant de résumer toutes les révélations en une seule et j’annonçai :

« Nous amassons de l’énergie, et nous nous concentrons sur notre situation, sur les questions qui se posent à nous, et nous recevons une sorte de directive intuitive, une idée de ce qu’il faut faire, où aller, et des coïncidences surviennent qui nous mettent dans la bonne voie.

– Oui ! oui ! s’exclama Pablo. C’est bien ça, et chaque fois que des coïncidences se produisent, elles nous font grandir, nous font exister à un niveau de vibration supérieur. »

Il se pencha vers moi, et je remarquai l’incroyable énergie qui émanait de lui. Il rayonnait, toute timidité disparue. Il était puissant.

« Pablo, qu’est-ce qui arrive ? Depuis hier, vous paraissez soudain confiant, plein de votre sujet. »

Il rit.

« À votre arrivée, j’ai laissé mon énergie se dissiper. J’ai d’abord pensé que vous pourriez m’aider, mais j’ai compris qu’on ne vous avait pas encore appris à le faire. On apprend cela dans la huitième révélation.

– Qu’est-ce que je n’ai pas su faire ?

– Vous devez savoir que les réponses nous viennent toujours des autres. Pensez à ce que vous avez appris depuis votre arrivée au Pérou. Est-ce que vous n’avez pas obtenu vos réponses à travers les actes de ces gens que vous avez rencontrés comme par hasard ? »

J’y réfléchis. Il avait raison. J’avais rencontré les gens qu’il fallait au bon moment. Charlène, Dobson, Wil, Sarah, Marjorie, Phil, Reneau, le père Sanchez, le père Cari, et maintenant Pablo.

« Le Manuscrit aussi est l’oeuvre d’un individu. Cela dit, tous les gens que vous rencontrez n’ont pas suffisamment d’énergie ou de clairvoyance pour vous délivrer leur message ; vous devez les y aider en leur donnant de l’énergie. Vous me dites que vous avez appris à projeter de l’énergie sur les plantes en admirant leur beauté, n’est-ce pas ?

– Oui.

– Eh bien, on fait exactement la même chose avec les personnes. Lorsque l’énergie les pénètre, cela les aide à voir la vérité. Elles peuvent alors vous la communiquer.

« Le père Costous est un bon exemple. Il avait un important message pour vous, mais vous ne l’avez pas aidé à le révéler. Vous avez voulu l’obliger à répondre à vos questions, ce qui a créé une concurrence entre vous pour obtenir de l’énergie. Quand il a compris ce qui se passait, son mécanisme de contrôle, c’est un intimidateur, a pris le dessus.

– Qu’est-ce que j’aurais dû dire ? »

Pablo ne répondit pas. On venait. Le père Costous entra.

Il fit un signe à Pablo, un léger sourire aux lèvres. Pablo sourit à son tour largement, comme s’il aimait vraiment le prêtre. Costous tourna son regard vers moi, le visage soudain sévère. L’angoisse m’étreignit.

« Le cardinal Sebastian veut vous voir. On vous emmènera à Iquitos cet après-midi. Je vous conseille de répondre à ses questions.

– Pourquoi veut-il me voir ?

– Parce que le véhicule dans lequel vous avez été pris appartient à un de nos prêtres ; nous pensons que c’est lui qui vous a remis des copies du Manuscrit. C’est une chose grave pour un prêtre que de mépriser la loi. »

Il me regarda d’un air décidé.

Je me tournai vers Pablo qui me fit signe de poursuivre.

« Vous pensez que le Manuscrit va contre votre religion ? » dis-je d’une voix douce.

Il me toisa avec condescendance.

« Pas seulement la nôtre, mais toutes les religions. Pensez-vous qu’il n’y ait pas de plan pour cette terre ? Dieu dirige tout. Il a décidé de notre destinée. Notre devoir est d’obéir à ses lois. L’évolution est un mythe, car Dieu seul décide de l’avenir. Dire que les hommes peuvent diriger leur évolution, c’est oublier la volonté de Dieu. C’est permettre aux hommes de se montrer égoïstes et individualistes. S’ils croient que leur évolution personnelle compte davantage que le plan de Dieu, bientôt ils se conduiront entre eux de manière pire encore qu’aujourd’hui. »

Aucune autre question ne me vint à l’esprit. Le prêtre acheva d’une voix presque douce :

« J’espère que vous serez coopératif avec le père Sebastian. »

Il se tourna vers Pablo, visiblement fier de la manière dont il avait répondu à mes questions. Pablo se contenta de lui sourire. Le prêtre sortit tandis qu’un soldat refermait la porte derrière lui. Pablo se pencha en avant sur son lit, l’air rayonnant, transformé, confiant.

Je le regardai, étonné, puis lui souris.

« À votre avis, que vient-il de se passer ? »

Je cherchai à paraître de bonne humeur.

« J’ai découvert que mes ennuis étaient plus graves encore que je ne le pensais. »

Il rit.

« Et quoi d’autre ?

– Je ne vois pas.

– Quelles questions vous vous posiez à votre arrivée ici ?

– Où étaient Marjorie et Wil.

– Eh bien, vous avez déjà la moitié de la réponse à cette question-là. Et l’autre question ?

– Je pensais que, si les prêtres s’opposaient au Manuscrit, ce n’était pas par malveillance, mais parce qu’ils ne le comprenaient pas. Je voulais connaître leur raisonnement. Je croyais qu’on pouvait les faire changer d’avis. »

Brusquement, je compris où Pablo voulait en venir. J’avais rencontré Costous, ici et maintenant, pour découvrir ce qui le dérangeait dans le Manuscrit.

« Quel message avez-vous reçu ?

– Quel message ?

– Oui, quel message ? »

Je réfléchis.

« C’est le fait que l’homme joue un rôle dans l’évolution qui les gêne, n’est-ce pas ?

– Oui, admit-il.

– Cela se tient. La doctrine de l’évolution les dérange déjà. Étendre le concept à la vie quotidienne, aux décisions que nous prenons, à l’histoire elle-même, c’est inacceptable pour eux. Ils pensent que cette idée va conduire les hommes à la catastrophe, que les relations humaines vont dégénérer. Pas étonnant qu’ils exigent la suppression du Manuscrit.

– Est-ce que vous pourriez les persuader du contraire ?

– Non… Je… je n’en sais pas assez moi-même.

– Qu’est-ce qu’il faudrait pour les convaincre ?

– Il faudrait connaître la vérité. Il faudrait savoir comment les hommes se comporteraient entre eux si chacun suivait les révélations. »

Il sembla satisfait.

« Comment ? dis-je en répondant au sourire qu’il me faisait.

– C’est la prochaine révélation, la huitième, qui vous apprendra comment les hommes vont se comporter entre eux. La question que vous vous posiez sur l’opposition des prêtres au Manuscrit a maintenant trouvé sa réponse et cette réponse est devenue à son tour une question.

– Oui, songeai-je, perdu dans mes pensées. Il faut que je trouve la huitième révélation. Je dois partir d’ici.

– Pas trop vite, assurez-vous de bien comprendre la septième auparavant.

– Vous pensez que je la comprends ? Est-ce que je suis bien dans le courant de l’évolution ?

– Vous n’avez pas d’inquiétude à avoir, si vous gardez vos questions présentes à l’esprit. Même les gens non avertis peuvent trouver les réponses et voir des coïncidences rétrospectives. La septième révélation a lieu lorsque nous pouvons identifier les réponses. Elle élève l’expérience quotidienne.

« Nous devons nous convaincre que chaque événement a une signification, et qu’il contient un message en rapport avec les questions que nous nous posons. Surtout quand il s’agit de « mauvaises » nouvelles. La septième révélation apprend qu’il faut trouver le sens de chaque événement, même des plus négatifs. Vous avez d’abord cru que la capture était ce qui pouvait vous arriver de pire. Vous voyez maintenant qu’il fallait que vous soyez ici. C’est ici que se trouvaient vos réponses. »

Il avait raison, mais si je recevais des réponses et évoluais vers un niveau plus élevé de vibrations, alors Pablo devait en faire autant.

Des pas se firent entendre dans le couloir. Pablo fixa les yeux sur moi, soudain sérieux.

« N’oubliez pas ce que je vous ai dit. La huitième révélation vous attend. Elle parle d’une éthique des relations humaines, d’une manière de se comporter envers les autres de sorte que nous partagions plus de messages. Mais n’allez surtout pas trop vite. Restez concentré sur votre situation. Quelles questions vous posez-vous ?

– Je veux savoir où se trouve Wil. Je veux trouver la huitième révélation. Je veux retrouver Marjorie.

– Quelle intuition avez-vous eue au sujet de Marjorie ? »

Je réfléchis.

« Que je m’échapperais… que nous nous échapperions. »

Quelqu’un approchait.

« Est-ce que je vous ai délivré un message ? demandai-je à Pablo à la hâte.

– Bien sûr. Quand vous êtes arrivé, j’ignorais pourquoi j’étais là. Je savais que cela avait un lien avec la septième révélation, mais je doutais de ma capacité à la faire partager. Je croyais que je n’en savais pas assez. Grâce à vous, je sais maintenant que j’en suis capable. C’est un des messages que vous m’avez délivrés.

– Et l’autre ?

– C’est votre intuition qu’on peut faire changer d’avis les prêtres à propos du Manuscrit. Cela me convainc que je suis ici pour parler à Costous. »

Il achevait sa phrase quand un soldat ouvrit la porte et m’appela. Je considérai Pablo.

« Il faut que je vous dise encore quelque chose dont parle la prochaine révélation », lança-t-il.

Le soldat me prit le bras et me tira à l’extérieur en refermant la porte. Pablo regardait à travers les barreaux.

« La huitième révélation donne un avertissement, cria-t-il, elle vous met en garde contre une situation qui peut interrompre votre évolution… Cela arrive quand vous devenez amoureux fou d’une autre personne. »

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