Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – La Prophétie des Andes – 9 : La culture de demain.

James Redfield – La Prophétie des Andes – 9 : La culture de demain.

La route du nord traversait une jungle épaisse et plusieurs fleuves importants, des affluents de l’Amazone, me dit Sanchez. Nous nous étions levés de bonne heure et, après avoir salué Julia, avions pris la route dans un véhicule emprunté par Sanchez, un gros 4×4 aux pneus énormes. Nous avons commencé à monter un peu, et les arbres s’espacèrent pour devenir plus grands.

« On dirait Viciente », observai-je.

Il sourit et expliqua :

« Nous entrons dans une zone de quatre-vingts kilomètres sur cinquante environ qui est différente, davantage remplie d’énergie. Lorsqu’on en sort, on est aux ruines de Celestine. De tous les côtés, c’est la jungle. »

Loin sur la droite, au bord de la jungle, je remarquai un espace déboisé.

« Et ça, c’est quoi ?

– L’idée que le gouvernement se fait du développement rural. »

Une large bande de forêt avait été rasée par un bulldozer ; le bois était empilé, une partie partiellement brûlée. Des vaches paissaient dans les herbes hautes et sur le sol érodé. Plusieurs d’entre elles nous regardèrent, distraites par le bruit du moteur. Une autre bande déboisée me fit comprendre que le développement rural allait atteindre les grands arbres qui bordaient notre route.  » C’est affreux, dis-je.

– Oui, même Sebastian y est opposé. »

Je pensai à Phil. C’était peut-être le coin qu’il voulait protéger. Que lui était-il arrivé ? Soudain, je repensai à Dobson. Connor avait dit que Dobson devait venir à l’auberge. Pourquoi Connor s’était-il trouvé sur ma route pour m’apprendre cette nouvelle ? Où était Dobson ? Déporté ? Emprisonné ? Je remarquai que j’avais pensé à Dobson et à Phil en même temps.

« Sommes-nous loin de la Mission ?

– Une heure. Comment vous sentez-vous ?

– Comment cela ?

– Avez-vous suffisamment d’énergie ?

– Oui. Il y a beaucoup de beauté ici.

– Qu’avez-vous pensé de notre discussion à trois hier soir ?

– Je l’ai trouvée stupéfiante.

– Avez-vous compris ce qui se passait ?

– Vous parlez des idées qui surgissaient en chacun de nous tour à tour ?

– Oui, mais quelle est la vraie signification de tout cela ?

– Je ne sais pas.

– Moi, j’y ai réfléchi. Cette manière de se comporter consciemment avec les autres, d’essayer d’en faire sortir le meilleur au lieu de les dominer, va se répandre un jour dans toute l’humanité. Pensez au niveau d’énergie que chacun atteindra alors ! Et à la vitesse de l’évolution !

– Oui, je me suis souvent demandé comment notre culture allait évoluer quand chacun posséderait davantage d’énergie. »

Il me regarda comme si j’avais posé la bonne question.

« Moi aussi, je voudrais connaître la réponse. »

Nous nous sommes regardés un moment, nous attendions de savoir qui aurait l’idée suivante. Il finit par dire :

« La réponse doit se trouver dans la neuvième révélation.

– C’est aussi ce que je pense. »

Sanchez ralentit. Nous approchions d’un carrefour, et il paraissait hésiter.

« Est-ce que nous allons passer près de San Luis ? » demandai-je.

Il me regarda dans les yeux.

« Seulement si nous prenons à gauche. Pourquoi ?

– Connor m’a dit que Dobson devait passer à San Luis avant de se rendre à l’auberge. Je crois que c’était un message. »

Nous nous regardions toujours.

« Vous ralentissiez avant que je vous interroge, lui dis-je. Pourquoi ? »

Il haussa les épaules.

« Je ne sais pas. La route la plus directe est tout droit. J’ai eu une hésitation. »

Un frisson me traversa le corps.

Sanchez leva les sourcils et proposa :

« Je pense que nous ferions mieux d’aller à San Luis, hein ? »

J’approuvai et me sentis plein d’énergie. Je savais que l’arrêt à l’auberge et que la rencontre avec Connor recelaient plus d’une signification. Sanchez prit à gauche, et je regardai les bords de la route avec curiosité. Pendant trente ou quarante minutes rien ne se passa. Sanchez traversa San Luis sans que nous ne remarquions rien. Soudain, un klaxon retentit. Une Jeep argentée fonçait derrière nous. Le chauffeur faisait de grands signes ; il avait l’air familier.

« Mais c’est Phil ! » dis-je.

Nous nous sommes arrêtés, et Phil a bondi à mes côtés. Il me prit la main et salua Sanchez.

« J’ignore ce que vous faites ici, dit-il, mais devant vous c’est plein de soldats. Vous feriez mieux de vous arrêter et d’attendre avec nous.

– Comment saviez-vous que nous allions venir ?

– Je n’en savais rien. J’ai seulement levé les yeux et je vous ai reconnus. Nous sommes à environ un kilomètre en arrière. »

Il regarda autour de lui et ajouta :

« Il vaut mieux quitter cette route immédiatement.

– Nous vous suivons », dit Sanchez.

Nous avons fait demi-tour derrière la Jeep de Phil qui tourna vers l’est sur une autre route et s’arrêta presque aussitôt.

Derrière un groupe d’arbres nous avons vu un homme se diriger vers nous. Je n’en crus pas mes yeux : c’était Dobson.

Je descendis de la voiture pour aller le saluer ; il était aussi surpris que moi.

« Quelle joie de vous revoir ! s’enthousiasma-t-il.

– Pour moi aussi, dis-je, je vous croyais mort. »

Il me donna une tape dans le dos et raconta :

« Non, ils m’ont seulement gardé en prison. Puis des personnages haut placés favorables au Manuscrit m’ont fait relâcher, et je n’ai pas arrêté de courir depuis. »

Il s’arrêta et me sourit.

« Je suis heureux que rien ne vous soit arrivé. Phil m’a dit qu’il avait fait votre connaissance à Viciente et qu’il avait été arrêté avec vous ensuite, et j’étais très inquiet. J’aurais dû me douter que nous nous rencontrerions de nouveau. Où allez-vous ?

– Voir le cardinal Sebastian. Nous sommes convaincus qu’il cherche à détruire la dernière révélation. »

Dobson acquiesça et allait répondre quand Sanchez arriva. Je le présentai.

« Je crois avoir entendu votre nom à Lima, dit Dobson, cela avait un rapport avec deux prêtres qui étaient en prison.

– Les pères Cari et Costous, précisai-je.

– Oui, je crois que c’est ça. »

Sanchez hocha légèrement la tête. Je l’observai un peu, puis Dobson et moi nous sommes raconté nos faits et gestes respectifs depuis notre séparation brutale à Lima. Il m’apprit comment il avait étudié les huit révélations et allait ajouter autre chose quand je l’interrompis pour lui parler de ma rencontre avec Connor, et lui apprendre qu’il était reparti à Lima.

« Il sera sûrement mis en prison lui aussi, dit Dobson. Je regrette de n’avoir pas pu arriver à l’auberge à l’heure prévue, mais je voulais venir ici d’abord pour rencontrer un autre scientifique. En fait, je l’ai manqué et c’est Phil que j’ai trouvé et…

– Oui… ? fit Sanchez.

– Nous ferions mieux de nous asseoir, dit Dobson. Vous allez avoir une surprise : Phil a trouvé une partie de la neuvième révélation ! »

Personne ne broncha.

« Il a trouvé une copie de la traduction ? dit Sanchez.

– Oui. »

Phil était allé à sa voiture et revenait vers nous.

« Vous avez trouvé une partie de la neuvième ?

– Trouvé, non, pas vraiment. On me l’a donnée. Après notre capture, on m’a emmené dans une autre ville. J’ignore son nom. Puis le cardinal Sebastian est arrivé. Il n’a pas cessé de me questionner sur les recherches conduites à Viciente et mes efforts pour sauver les forêts vierges. J’ignorais pourquoi, jusqu’à ce qu’un gardien m’apporte un morceau de la neuvième révélation. Le gardien l’avait volée à un des hommes de Sebastian, qui venait de la traduire. Elle parle de l’énergie des forêts anciennes.

– Que dit-elle exactement ? » demandai-je à Phil.

Il s’arrêta pour réfléchir. Et Dobson nous pria à nouveau de nous asseoir. Il nous conduisit vers un endroit où une bâche avait été déployée dans une petite clairière; l’endroit était magnifique. Une douzaine de grands arbres formaient un cercle d’environ dix mètres de diamètre ; au milieu du cercle se trouvaient des buissons tropicaux et des fougères superbes du vert le plus brillant que j’aie jamais vu. Nous nous sommes assis face à face.

Phil regarda Dobson. Puis Dobson nous regarda, Sanchez et moi, et dit :

« La neuvième révélation explique comment notre culture va évoluer lors du prochain millénaire sous l’impulsion d’une évolution consciente. Elle décrit une vie franchement différente. Par exemple, le Manuscrit prédit que les hommes vont faire décroître volontairement la population de la terre pour que chacun ait la possibilité de vivre dans un lieu plein de puissance et de beauté. Mais il y a mieux : il y aura de plus en plus de lieux comparables à celui où nous sommes, car nous allons laisser pousser les forêts pour que puisse s’y accumuler l’énergie.

« Selon la neuvième révélation, vers le milieu du prochain millénaire, les hommes vivront en général parmi des arbres vieux de cinq cents ans, et dans des jardins superbes, et pourtant à une faible distance de grandes villes incroyablement complexes sur le plan technologique. Les moyens de survie, nourriture, transport, vêtements, seront entièrement automatisés et à la disposition de tous. Nos besoins seront satisfaits sans l’intervention de l’argent.

« Guidés par leur intuition, les hommes sauront exactement ce qu’ils doivent faire, et ceci en harmonie avec les autres. La consommation ne croîtra pas, car le besoin de domination et de sécurité aura disparu. La vie aura alors complètement changé de sens.

« Selon le Manuscrit, notre besoin de se réaliser sera satisfait par l’intérêt que nous trouverons à notre propre évolution, par le sentiment grisant d’éprouver des intuitions justes, et de découvrir pas à pas le sens de notre vie. La neuvième révélation décrit un monde où chacun aura ralenti son rythme, sera plus ouvert aux rencontres significatives qui pourront se produire n’importe où : sur un sentier forestier, sur un pont qui enjambe une rivière…

« Pouvez-vous imaginer la profondeur des rencontres qui auront lieu entre les hommes ? Imaginez comment se déroulera une rencontre entre deux personnes qui ne se connaissent pas. Chacun observera le champ d’énergie de l’autre, et pourra constater une éventuelle volonté de dominer. Une fois cela clarifié, ces deux personnes pourront prendre connaissance de leurs histoires respectives, jusqu’à ce que, dans la joie, des messages soient découverts par l’un et l’autre. Chacun reprendra ensuite son chemin, mais aura été profondément transformé par cette expérience. Ils éprouveront une plus grande vibration, et pourront ensuite toucher les autres d’une manière qui n’aurait pas été possible auparavant. »

À mesure que nous lui donnions de l’énergie, Dobson se montrait plus éloquent et plus inspiré dans sa description d’une nouvelle culture. Je n’avais pour ma part aucun doute que ce qu’il décrivait soit un jour possible. Mais je savais aussi que si de nombreux visionnaires avaient, au fil de l’histoire, entrevu de tels mondes, ainsi Marx, personne n’avait su concrétiser ces utopies. Le communisme s’était achevé en tragédie.

Même avec ce que j’avais appris grâce aux huit premières révélations, je ne pouvais m’imaginer comment l’humanité pourrait atteindre ce que la neuvième décrivait. Je fis part de mes doutes.

« Le Manuscrit dit que c’est notre quête de la vérité qui va nous conduire là, dit Dobson, mais, pour comprendre comment cette évolution se produira, il faut envisager le prochain millénaire de la même manière que vous avez envisagé l’actuel millénaire dans l’avion, vous vous souvenez, comme si vous le viviez l’espace d’une seule vie. »

Il expliqua brièvement le processus aux autres et reprit :

« Pensez aux grandes étapes de ce millénaire ; au Moyen-Âge, nous vivions dans un monde régi par le bien et le mal, tels que les définissait l’Église. À la Renaissance, nous avons brisé nos chaînes. Nous devinions que notre situation dans le monde était un peu plus complexe que ce que nous racontaient les religieux, et nous avons voulu tout savoir.

« Nous avons demandé une réponse à la science, mais elle n’a pas su nous la fournir aussi vite que nous l’espérions. Il a bien fallu s’adapter, et notre quête s’est provisoirement transformée en une préoccupation matérielle qui a eu pour effet de séculariser le réel et d’extraire le mystère du monde. Nous voyons maintenant le sens de cette préoccupation. Nous comprenons que la véritable raison pour laquelle nous avons passé cinq siècles à créer des supports matériels à la vie humaine, c’était de préparer la scène pour autre chose, un mode de vie qui restaure le mystère de l’existence.

« C’est l’information dont nous prenons connaissance aujourd’hui : l’homme est sur cette planète pour évoluer consciemment. La neuvième révélation déclare que si nous apprenons à évoluer et à suivre le bon cheminement, vérité par vérité, notre culture va se transformer d’une manière prévisible. »

Il se tut, mais personne ne prit la parole, tant nous étions curieux de la suite.

« Une fois que nous aurons atteint la masse décisive, et que les révélations agiront à l’échelle mondiale, l’humanité passera par une période d’immense introspection. Nous saisirons à quel point le monde naturel est rempli de beauté. Nous verrons que les rivières et les arbres et les montagnes sont des temples de puissance qu’il faut regarder avec crainte et révérence. Nous exigerons un terme à toute activité économique qui menace ces trésors. Les personnes les plus concernées trouveront des solutions à la pollution parce qu’elles en auront l’intuition.

« Cela fera partie de la première grande transformation, poursuivit-il, qui sera un énorme transfert d’individus d’une activité vers une autre. Chacun en effet recevra une intuition claire de ce qu’il est, et de ce qu’il doit faire, beaucoup découvriront ainsi qu’ils ne font pas le métier qui leur convient, qu’ils doivent en changer pour continuer leur évolution. Selon le Manuscrit, pendant cette période, beaucoup de gens changeront de métier à plusieurs reprises pendant leur vie.

« Le changement culturel suivant consiste en une automatisation de la production des biens. Pour ceux qui mettent en oeuvre l’automatisation, les techniciens, cela sera d’abord vécu comme le souci venant des instances dirigeantes de rendre la production plus économique. À mesure cependant que leur vision s’éclaircirai ils comprendront que l’automatisation libère chacun de nous afin qu’il puisse poursuivre dans sa voie propre.

« Tous les autres, pendant ce temps, suivront leurs intuitions à l’intérieur de l’activité qu’ils auront choisie, souhaitant avoir encore plus de temps libre. Nous nous apercevrons que la vérité que nous avons à proclamer, et les choses que nous avons à faire sont trop rares pour s’exprimer à travers une activité professionnelle classique. Nous découvrirons donc un moyen de travailler moins, afin de poursuivre notre vérité. Il faudra deux ou trois personnes pour occuper ce qui était un seul emploi à plein temps. Cette tendance facilitera les choses pour ceux que l’automatisation aura déplacés ; ils trouveront des activités à temps partagé.

– Et l’argent ? questionnai-je. Je n’arrive pas à croire que les gens réduiront volontairement leurs revenus.

– Oh, ce ne sera pas nécessaire, affirma Dobson. Grâce aux dons que nous recevrons de ceux à qui nous ferons découvrir les révélations. »

Je faillis rire :

« Quoi ? »

Il me regarda dans les yeux et ajouta :

« Le Manuscrit assure qu’à mesure que nous découvrirons les secrets de la circulation de l’énergie dans l’univers, nous comprendrons ce qui se passe vraiment quand nous donnons quelque chose à quelqu’un. Pour le moment, la seule conception spirituelle élaborée à ce sujet s’est traduite à travers l’usage de la dîme, ou, plus généralement, du don aux oeuvres religieuses. »

Il se tourna vers Sanchez.

« Comme vous le savez, la notion religieuse du don est interprétée communément comme une injonction de donner dix pour cent de son revenu à l’Église. L’idée qui prévaut est que ce que nous donnons nous sera rendu au centuple. Mais la neuvième révélation explique que le don n’est qu’un principe universel de soutien, qui vaut pour les Églises mais aussi pour tout un chacun. Quand nous donnons, nous recevons en retour parce que l’énergie est en interaction dans l’univers. Souvenez-vous que, si nous projetons de l’énergie vers quelqu’un, cela crée un vide en nous-mêmes et que, si nous sommes restés reliés, nous nous remplissons aussitôt d’énergie. Pour l’argent, c’est la même chose.

« La neuvième révélation explique que, si nous prenons l’habitude de donner, nous recevrons toujours plus que ce que nous pourrions donner. Elle dit aussi que nos dons doivent aller à ceux qui nous ont fait découvrir des vérités spirituelles, à ceux qui font irruption dans notre vie pour nous apporter les réponses que nous cherchons. C’est ainsi que nous nous libérerons des occupations qui nous limitent, tout en augmentant nos revenus. Plus il y aura de gens engagés dans cette économie spirituelle, plus vite nous entrerons dans la culture du nouveau millénaire. Nous aurons trouvé alors l’occupation qui nous convient, et serons prêts à être payés pour évoluer librement et offrir aux autres notre vérité. »

Je regardai Sanchez. Il écoutait attentivement et avait l’air radieux.

« Oui, dit-il à Dobson, je vois cela clairement. Si tout le monde participait, nous donnerions et recevrions sans cesse, et cette interaction, cet échange d’informations, deviendrait le nouveau travail de chacun, notre nouvelle économie. Nous serions payés par ceux que nous arriverions à toucher.

Cette situation rendrait possible l’automatisation complète des moyens de production, que nous serions trop occupés pour posséder ou faire fonctionner. Nous en serions peut-être les actionnaires, mais libres en tout cas de développer ce qui est déjà l’ère de l’information.

« Cela dit, l’important pour nous, aujourd’hui, est de comprendre où nous allons. Nous n’avons pas réussi à sauver l’environnement, à démocratiser la planète, ni à nourrir les pauvres, parce que pendant trop longtemps nous avons eu peur de manquer, et avons voulu dominer, avant de donner aux autres. Nous en étions incapables parce que nous ne connaissions pas d’autre vision de l’univers que celle qui prévalait. Maintenant, ce n’est plus le cas ! »

Il regarda Phil.

« Mais est-ce que nous n’aurions pas besoin d’une source d’énergie bon marché ?

– La fusion nucléaire, la supraconductivité, l’intelligence artificielle, dit Phil. La technologie de l’automatisation intégrale n’est sans doute pas éloignée, maintenant que nous savons pourquoi elle est nécessaire.

– C’est vrai, dit Dobson. L’essentiel est que nous voyions clairement la vérité de ce type de vie. Nous ne vivons pas pour édifier des empires personnels, mais pour évoluer. Payer les autres pour les révélations qu’ils nous font entamera cette transformation, et, à mesure que des pans entiers de l’économie s’automatiseront, l’argent disparaîtra progressivement. Nous n’en aurons plus besoin. Si nous sommes fidèles à notre intuition, nous ne prendrons pas plus que ce qu’il nous faut.

– Et nous comprendrons, intervint Phil, que les zones naturelles de la terre doivent être nourries et protégées en raison des sources incroyables de force et d’énergie qu’elles constituent.

Notre attention s’était tournée vers lui. Il sembla surpris de l’énergie que cela lui donnait.

« Je n’ai pas étudié toutes les révélations, dit-il, en me regardant. En fait, après que le gardien m’a aidé à m’évader, je n’aurais même pas conservé ce passage de la neuvième révélation si je ne vous avais pas rencontré un peu plus tôt. Je me suis souvenu de vos paroles sur l’importance du Manuscrit. Mais même si je n’ai pas lu les autres révélations, je comprends l’importance de veiller à ce que l’automatisation se fasse en harmonie avec la dynamique énergétique de l’univers.

« Je m’intéresse aux forêts et à leur rôle dans l’écosphère, depuis ma plus tendre enfance. La neuvième révélation dit que, au fur et à mesure que l’humanité évolue spirituellement, nous ferons volontairement décroître la population jusqu’à un point qui ne compromette pas l’équilibre de la planète. Nous nous engagerons à respecter les systèmes énergétiques naturels de la terre. L’agriculture sera automatisée sauf pour les plantes auxquelles chacun aura choisi de transmettre son énergie pour sa consommation personnelle. On fera pousser les arbres nécessaires à la construction dans des zones spécialement désignées. Cela permettra aux autres de croître et de former de puissantes forêts.

« Ces forêts finiront par devenir la règle et non l’exception, et tous les hommes vivront à proximité immédiate de ces sources d’énergie. Pensez à l’incroyable énergie qu’il y aura alors sur la terre.

– Cela devrait augmenter incroyablement l’énergie de chacun, commentai-je.

– Oui, acquiesça Sanchez d’un ton distrait, comme s’il cherchait à imaginer ce que signifierait une telle augmentation. »

Chacun attendait.

« Cela accélérerait fortement le rythme de notre évolution, dit-il enfin, car plus l’énergie nous pénètre facilement et plus nous sommes amenés à croiser sur notre route des gens qui répondent à nos questions. »

Il redevint un instant pensif.

« Chaque fois que nous suivons une intuition, chaque fois qu’une rencontre mystérieuse nous fait avancer, notre vibration personnelle augmente.

« En avant et plus haut, reprit-il comme en se parlant à lui-même. Si l’histoire continue… alors…

– Nous atteindrons une énergie et une vibration de plus en plus élevées, dit Dobson en achevant sa phrase.

– Oui, dit Sanchez. C’est cela. Excusez-moi un instant. »

Il se leva, se dirigea vers la forêt et s’y assit, seul.  » Que dit encore la neuvième révélation ? demandai-je à Dobson.

– Nous l’ignorons, répondit-il. C’est ici que se termine le passage qu’on m’a donné. Voulez-vous le voir ? »

J’acquiesçai et il alla jusqu’à sa Jeep chercher le dossier ; il contenait environ vingt pages dactylographiées. Je lus le Manuscrit, et fus impressionné par la vitesse avec laquelle Dobson et Phil avaient su y discerner l’essentiel. Parvenu à la dernière page, je compris pourquoi ils avaient découvert qu’il ne s’agissait que d’un fragment de la neuvième révélation. Il se terminait brutalement, au milieu de l’exposé d’un concept. Après avoir expliqué que la transformation de la planète signifierait l’avènement d’une culture spirituelle entièrement nouvelle, et qu’elle amènerait les hommes à des niveaux de vibration de plus en plus élevés, le texte laissait entendre que cette élévation provoquerait l’émergence de quelque chose d’autre. Mais le texte s’arrêtait là.

Au bout d’une heure, Sanchez se leva et vint jusqu’à moi. Depuis la fin de ma lecture je m’étais contenté d’observer les plantes et leurs incroyables champs d’énergie, tandis que Phil et Dobson discutaient debout près de la Jeep.

« Je crois que nous devrions partir à Iquitos, dit-il.

– Et les soldats ?

– Nous devons prendre le risque. J’ai l’intuition que nous réussirons si nous partons tout de suite. »

Je me fiai à son intuition. Phil et Dobson approuvèrent notre plan.

« Nous aussi nous avons discuté de la marche à suivre, dit Dobson. Nous allons nous rendre directement à Celestine. Nous aiderons peut-être à sauver le reste de la neuvième révélation. »

Nous les avons salués et sommes partis vers le nord.

« À quoi pensez-vous ? » demandai-je après un moment de silence.

Le père Sanchez ralentit et me regarda.

« Je pense au cardinal Sebastian, à ce que vous avez dit. Qu’il arrêterait son combat si seulement nous pouvions lui faire comprendre le Manuscrit. « 

À l’instant même, mon esprit entra dans une rêverie éveillée dans laquelle je me trouvais confronté à Sebastian. Il était debout dans une vaste salle, et nous regardait de toute sa hauteur. Il avait le pouvoir de détruire la neuvième révélation et nous tentions de l’en dissuader. Lorsque mon songe s’interrompit, Sanchez me regardait en souriant.

« Qu’avez-vous vu ? dit-il.

– Je pensais à Sebastian.

– Qu’arrivait-il ?

– Je voyais Sebastian clairement. Il était sur le point de détruire la neuvième révélation et nous essayions de l’en dissuader. »

Il prit une profonde inspiration.

« On dirait vraiment que le sort de la fin de la neuvième révélation dépend maintenant de nous. »

Mon estomac se contracta à cette idée.

« Qu’est-ce que nous allons lui dire ?

– Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est qu’il faut lui montrer l’aspect positif, lui expliquer que le Manuscrit dans sa totalité ne nie pas, mais plutôt explique la vérité de l’Église. Je suis convaincu que la fin de la neuvième révélation parle de cela. »

Nous avons roulé en silence pendant une heure, sans rencontrer âme qui vive. Mes pensées tournaient sans cesse autour des événements nombreux qui avaient jusqu’ici marqué mon voyage au Pérou. Je savais que l’enseignement progressif des révélations formait à présent un tout dans mon esprit. J’étais conscient que ma vie évoluait de manière mystérieuse, comme la première me l’avait appris. Je savais que notre culture avait pris la dimension de ce mystère et qu’une vision nouvelle du monde était en train de s’élaborer comme l’expliquait la seconde révélation. La troisième et la quatrième m’avaient montré que le monde était un vaste système énergétique et que tous les conflits entre les hommes s’expliquaient par le besoin de manipuler et d’obtenir l’énergie des autres.

La cinquième révélation expliquait que ces conflits s’achèveraient quand nous saurions recevoir cette énergie d’une source plus élevée. Pour moi, cela était déjà devenu une habitude. La sixième, qui révélait le moyen de nous débarrasser de nos mécanismes de domination et de découvrir notre vrai moi, ne quittait pas mon esprit. La septième avait déclenché l’évolution de ce vrai moi, en me familiarisant avec les notions de question, d’intuition et de réponse. Le secret du bonheur était bien de persévérer dans cette évolution, ce courant magique. Quant à la huitième, elle permettait aux réponses d’apparaître et au mystère de conserver tout son pouvoir opérationnel en nous apprenant comment faire surgir le meilleur des autres, comment créer une relation nouvelle avec eux.

Toutes les révélations s’étaient muées dans mon esprit en une conscience très aiguë que je ressentais comme un état d’éveil extraordinaire. Restait la neuvième, qui révélait où l’évolution nous entraînait. Nous avions découvert une partie du texte. Mais le reste ?

Sanchez s’arrêta sur le bas-côté.

« Nous sommes à sept kilomètres de la Mission de Sebastian. Je pense que nous devrions faire le point.

– D’accord.

– J’ignore ce qui nous attend, mais je crois que le mieux c’est de continuer tout droit.

– Est-ce que c’est une grande Mission ?

– Très grande. Il n’a pas cessé de l’agrandir depuis vingt ans. Il a choisi ce lieu pour se mettre au service des paysans indiens qu’il jugeait délaissés par l’Église. Aujourd’hui, des étudiants de tout le Pérou y viennent. Il remplit des tâches administratives à Lima, mais cette Mission est son lieu favori. Il s’y est entièrement consacré. »

Il me regarda dans les yeux.

« Attention, restez en éveil ! Nous devrons sans doute, à un moment ou à un autre, nous entraider. »

Cela dit, il démarra. Personne ne croisa notre chemin jusqu’à ce que nous apercevions deux Jeeps de l’armée garées sur le côté droit de la route. Les soldats nous observèrent attentivement.

« Voilà, remarqua Sanchez. Maintenant, ils savent que nous sommes arrivés. »

Un kilomètre plus loin, nous avons atteint l’entrée de la Mission. De grandes grilles métalliques en protégeaient l’entrée pavée. Les grilles étaient ouvertes, mais quatre hommes installés dans une Jeep bloquaient le passage et on nous fit signe d’arrêter. Un des militaires parla dans un walkie-talkie.

Sanchez sourit à un soldat qui s’approchait.

« Je suis le père Sanchez et je viens voir le cardinal Sebastian. »

Le soldat nous examina tour à tour, puis il retourna vers celui qui tenait le walkie-talkie. Ils discutèrent sans nous quitter des yeux. Puis le soldat revint et nous dit de le suivre.

La Jeep nous conduisit pendant plusieurs centaines de mètres le long de l’allée bordée d’arbres jusqu’à la Mission elle-même. L’église en pierre de taille était massive, et pouvait accueillir, me dis-je, au moins mille fidèles. De chaque côté se dressaient des bâtiments qui ressemblaient à des salles de classe. Chacun avait quatre étages.

« C’est impressionnant, notai-je.

– Oui, mais on ne voit personne », dit Sanchez.

Je remarquai alors que les allées et les sentiers étaient déserts.

« Sebastian a fondé ici un centre universitaire connu. Où sont donc les étudiants ? »

Le soldat nous emmena jusqu’à l’entrée de l’église et nous dit, poliment mais fermement, de descendre et de le suivre. En gravissant l’escalier de ciment, je vis plusieurs camions garés près d’un bâtiment adjacent. Une quarantaine de soldats étaient au garde-à-vous tout près. À l’intérieur, on nous conduisit jusqu’à une petite salle. On nous fouilla complètement. Il n’y avait plus qu’à attendre. Les soldats partirent en fermant la porte à clé.

« Où est le bureau de Sebastian ? demandai-je.

– Un peu plus loin, près du fond de l’église. »

La porte s’ouvrit brutalement. Sebastian arriva, escorté de plusieurs soldats. Il se tenait droit et presque raide.

« Que faites-vous ici ? dit-il à Sanchez.

– Je veux vous parler.

– De quoi ?

– De la neuvième révélation du Manuscrit.

– Il n’y a rien à discuter. On ne la trouvera jamais.

– Nous savons que vous l’avez déjà trouvée. »

Les yeux de Sebastian s’agrandirent.

« Je ne permettrai pas que cette révélation soit rendue publique. Elle ne dévoile pas la vérité.

– Comment le savez-vous ? demanda Sanchez. Vous pourriez vous tromper. Laissez-moi vous lire le texte. »

Le visage de Sebastian s’adoucit.

« Vous aviez pourtant confiance dans mes décisions autrefois ?

– C’est vrai, vous avez été mon guide. Mon inspiration. J’ai construit ma Mission sur le modèle de la vôtre.

– Vous me respectiez jusqu’à ce que ce Manuscrit soit découvert, dit Sebastian. Ne voyez-vous pas qu’il est un facteur de division ? J’ai essayé de vous laisser suivre votre chemin. Je ne vous ai même rien dit quand j’ai appris que vous enseigniez les révélations. Mais je ne permettrai pas que ce document provoque la destruction de tout ce que notre Église a construit. »

Un soldat s’avança vers Sebastian et demanda à lui parler. Il jeta un coup d’oeil à Sanchez et repartit dans le couloir. Nous les voyions parler sans pouvoir les entendre. Sebastian en tout cas semblait inquiété par ce que l’autre lui apprenait. Il fit demi-tour pour s’éloigner, et demanda à tous les soldats sauf un de le suivre. Celui-ci devait rester avec nous ; il entra dans la salle, s’appuya contre le mur, l’air ennuyé. Il n’avait pas vingt ans.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda Sanchez.

Il hocha la tête.

« Ça concerne le Manuscrit ? La neuvième révélation ? »

Son visage manifesta une grande surprise.

« Qu’est-ce que vous savez de la neuvième révélation ? demanda-t-il timidement.

– Nous sommes venus pour la sauver.

– Moi aussi, je veux qu’elle soit sauvée.

– Vous l’avez lue ? demandai-je.

– Non, mais quelqu’un m’a raconté ce qu’elle contenait. Elle rend vivante notre religion. »

Soudain, des coups de feu éclatèrent à l’extérieur de l’église.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda Sanchez.

Le soldat restait immobile.

Sanchez lui prit doucement le bras :

« Aidez-nous ! »

Il alla jusqu’à la porte, regarda dans le couloir et annonça :

« Quelqu’un est entré dans l’église, et a volé une copie de la neuvième révélation. Le ou les voleurs sont encore dans l’enceinte de la Mission. »

Les tirs reprirent.

« Il faut les aider », intervint Sanchez.

Le soldat eut l’air apeuré.

« Nous devons faire ce qui est bien… Pour le monde entier », insista Sanchez.

Le soldat approuva, nous dit d’aller dans une autre partie de l’église, plus calme, et qu’il pourrait peut-être nous aider. Il nous fit grimper deux étages d’un escalier jusqu’à un vaste couloir qui dominait l’église dans sa largeur.

« Le bureau de Sebastian est juste en dessous de nous, deux étages plus bas », informa le jeune soldat.

Soudain des gens se mirent à courir le long d’un couloir adjacent, et vinrent dans notre direction. Sanchez et le soldat, devant moi, se jetèrent dans une salle sur la droite. Ne pouvant l’atteindre à temps, j’entrai dans la salle précédente et fermai la porte.

C’était une classe. Du mobilier scolaire, une estrade, un grand placard. Je le trouvai ouvert et m’y cachai de mon mieux parmi des vêtements moisis. Il suffisait que quelqu’un l’ouvre pour que je sois découvert. Je tentai de ne pas respirer ni bouger. La porte de la classe s’ouvrit et plusieurs personnes entrèrent. Quelqu’un vint vers le placard, mais changea d’avis. On parlait fort, en espagnol. Puis plus rien.

Dix minutes plus tard, j’entrouvris la porte et regardai. La salle était vide. Dehors, je n’entendais aucun bruit. Je filai prestement vers la salle où Sanchez et le soldat étaient entrés ; à ma surprise, je vis que ce n’était pas une salle, mais un couloir ; je n’entendis rien ici non plus. Je m’appuyai contre le mur, rempli d’angoisse. Je prononçai doucement le nom de Sanchez, sans réponse. J’étais seul. Un léger vertige de peur me gagna.

J’inspirai profondément et tentai de me calmer. Il fallait que je reprenne mes esprits et que j’augmente mon énergie. Je luttai jusqu’à ce que les couleurs et les formes dans le couloir prennent plus de présence ; j’essayai de projeter de l’amour. Je me sentis mieux et pensai à Sebastian. S’il était dans son bureau, Sanchez s’y rendrait. Le couloir s’achevait sur un escalier, et je descendis les deux étages. À travers la vitre de la porte du couloir, je ne vis personne. J’ouvris la porte et m’avançai sans trop savoir où aller.

La voix de Sanchez me parvint d’un bureau en face de moi. Dès que je m’approchai, un soldat ouvrit la porte brusquement et me pointa un fusil sur le coeur, me força à entrer et me poussa contre le mur. Sanchez me jeta un coup d’oeil et mit la main sur son plexus. Sebastian secoua la tête de dégoût. Le jeune soldat qui nous avait aidés n’était plus là.

Je savais que le geste de Sanchez avait un sens. Il me sembla qu’il avait besoin d’énergie. Tandis qu’il parlait, je regardai intensément son visage, essayant de discerner son moi profond. Son champ d’énergie s’élargit.

« Vous n’avez pas le droit d’enterrer la vérité, disait Sanchez ; les gens ont le droit de savoir. »

Sebastian le regarda d’un air condescendant.

« Ces révélations bafouent les Écritures, elles ne peuvent pas être vraies.

– Bafouent-elles les Écritures, ou nous montrent-elles au contraire ce que les Écritures signifient ?

– Nous connaissons la signification des Écritures, dit Sebastian, nous la connaissons depuis des siècles. Auriez-vous oublié vos études, vos années de séminaire ?

– Non, mais je sais aussi que les révélations élargissent notre spiritualité. Elles…

– Qui vous l’a dit… ? tonna Sebastian. Qui a écrit ce Manuscrit ? Un Maya impie qui aurait appris l’araméen ? Que savaient ces Mayas ? Ils croyaient à la magie de certains lieux et à une énergie mystérieuse. C’étaient des primitifs. Les ruines où on a découvert la neuvième révélation s’appellent les temples de Celestine, les temples célestes. Qu’est-ce que cette civilisation pouvait bien savoir du paradis ?

« Leur culture a-t-elle duré longtemps ? reprit-il. Même pas ! Personne ne sait ce qui est arrivé aux Mayas. Ils ont disparu sans laisser de traces. Et vous voudriez que je croie à ce Manuscrit ? Ce texte laisse imaginer que les hommes ont tout pouvoir de faire changer le monde. C’est faux. Dieu seul le peut. Il n’y a pour l’homme qu’une seule issue : croire aux Écritures et gagner son salut.

– Mais réfléchissez, dit Sanchez. Qu’est-ce que cela signifie, croire aux Écritures et gagner son salut, de quelle façon y parvient-on ? Le Manuscrit ne nous montre-t-il pas comment devenir des êtres spirituels, reliés, sauvés? La huitième et la neuvième révélation nous montrent ce qui se passerait si tout le monde suivait cette voie. »

Sebastian hocha la tête, fit quelques pas, puis se retourna et regarda Sanchez d’un oeil perçant.

« Vous n’avez même pas lu la neuvième révélation.

– Mais si, une bonne partie.

– Comment ?

– Une partie m’a été racontée avant mon arrivée ici. Je viens d’en lire un autre passage.

– Quoi ? Mais comment ? »

Sanchez s’avança tout près du cardinal.

« Cardinal Sebastian, tout le monde veut que cette dernière révélation soit découverte. Elle met toutes les autres en perspective. Elle nous montre notre destinée. Et nous dit ce qu’est la conscience spirituelle.

– Nous n’avons pas besoin de la révélation pour le savoir, père Sanchez.

– Vraiment ? je ne le crois pas. Nous en parlons depuis des siècles, mais nous n’avons jamais été en mesure d’en faire autre chose qu’une abstraction intellectuelle. Nous avons toujours décrit ce lien comme le moyen pour un individu d’éviter le mal, pas d’acquérir quelque chose de neuf, de positif, de formidable. Le Manuscrit décrit ce qui se passe quand nous aimons véritablement les autres et que nous faisons évoluer notre vie.

– Évoluer! Évoluer ! Père Sanchez, que vous arrive-t-il donc, vous qui avez toujours lutté contre l’idée d’évolution ? »

Sanchez réfléchit.

« Oui, j’ai lutté contre cette idée tant qu’on voulait qu’elle tienne lieu de Dieu, qu’elle explique l’univers sans référence à Lui. Je vois maintenant que l’évolution est la synthèse de la pensée scientifique et de la pensée religieuse. L’évolution est le mode de création de Dieu, et elle se poursuit sous nos yeux.

– Il n’y a pas d’évolution, dit Sebastian. Dieu a créé le monde, un point c’est tout. »

Sanchez me regarda, mais je ne trouvai rien à dire.

« Cardinal Sebastian, reprit-il, le Manuscrit décrit le progrès des générations successives comme une évolution de la compréhension, une évolution vers une spiritualité et une vibration plus haute. Chaque génération accumule plus d’énergie, plus de vérité, et transmet ce nouvel état à la génération suivante.

– C’est complètement idiot ! tonna Sebastian. Il n’y a qu’un moyen d’accroître la spiritualité, c’est de suivre l’exemple des Écritures.

– Exactement, répondit Sanchez. Mais regardez les exemples qu’elles nous donnent. L’histoire des Écritures n’est-elle pas l’histoire d’un peuple qui apprend à recevoir de l’énergie de Dieu ? N’est-ce pas ce que les premiers prophètes ont incité le peuple à faire dans l’Ancien Testament ? N’est-ce pas cette réceptivité à l’énergie de Dieu qui a culminé dans la venue au monde d’un fils de charpentier et qui nous fait dire que Dieu Lui-même était descendu sur la terre ?

« L’histoire du Nouveau Testament, poursuivit-il, n’est-elle pas celle d’un groupe de gens remplis d’une énergie qui les a transformés ? Jésus n’a-t-il pas dit que ce qu’il avait fait nous pouvions le faire aussi, et même plus. Nous n’avons jamais pris cette idée au sérieux jusqu’ici. Nous commençons seulement à comprendre ce qu’il a voulu dire. Le Manuscrit l’explique, dit comment le mettre en pratique J « 

Sebastian détourna les yeux, rouge de colère. Pendant cette pause dans la discussion, un officier de haut rang entra en tempête dans la pièce et dit à Sebastian que les voleurs avaient été repérés.

« Regardez, dit-il en montrant la fenêtre, les voilà ! »

À trois ou quatre cents mètres on voyait deux silhouettes courir à découvert en direction de la forêt. Des soldats, sur le bord de la clairière, paraissaient prêts à ouvrir le feu.

L’officier regarda Sebastian, son émetteur radio prêt.

« S’ils atteignent cette forêt, ils seront difficiles à retrouver. Ai-je votre permission d’ouvrir le feu ? »

Je reconnus soudain les deux silhouettes.

« C’est Wil et Julia ! » criai-je.

Sanchez s’approcha encore de Sebastian.

« Au nom de Dieu, vous n’avez pas le droit de commettre un meurtre ! »

L’officier insista.

« Cardinal, si vous voulez que ce Manuscrit ne nous échappe pas, donnez l’ordre immédiatement ! »

J’étais pétrifié.

« Père, faites-moi confiance, dit Sanchez. Le Manuscrit ne touchera à rien de ce que vous avez construit. Vous ne pouvez pas assassiner ces gens-là ! »

Sebastian secoua la tête…

« Vous croire ?… »

Puis il s’assit à son bureau et s’adressa à l’officier :

« Nous ne tirerons sur personne. Donnez l’ordre de les prendre vivants. »

L’officier quitta la pièce.

« Merci, dit Sanchez, vous avez pris la bonne décision.

– De ne pas tirer, oui, mais je n’ai pas changé d’avis. Ce Manuscrit est un fléau. Il saperait la base de notre autorité spirituelle. Il ferait croire aux gens qu’ils ont leur destinée spirituelle en main. Il empêcherait la terre entière de rejoindre l’Église faute de discipline. »

Sebastian regarda Sanchez d’un air dur.

« En cet instant, des milliers de soldats sont en train d’arriver. Ce que vous ou d’autres peuvent faire est sans importance. La neuvième révélation ne quittera jamais le Pérou. Et maintenant, sortez de ma Mission. »

Alors que nous nous échappions, on entendit le bruit de nombreux camions qui s’approchaient.

« Pourquoi nous a-t-il laissés partir ?

– Je pense qu’il est convaincu que ça ne changera pas le cours des choses, que nous sommes impuissants. Je ne sais plus quoi penser. »

Son regard croisa le mien.

« Nous ne l’avons pas convaincu, voyez-vous. »

J’étais rempli de pensées contradictoires moi aussi. Que signifiait tout cela ? Et si nous n’étions pas venus pour convaincre Sebastian ? Mais seulement pour le retarder ?

Je regardai Sanchez. Il conduisait avec attention non sans fouiller du regard les bords de la route pour y chercher Julia et Wil. Nous avions décidé de partir dans la direction où nous les avions vus courir, mais personne n’était en vue. Je pensai à Celestine. J’imaginai le site : des fouilles, les tentes des archéologues, les structures pyramidales au fond.

« Ils ne sont pas dans cette forêt, observa Sanchez. Ils avaient sûrement un véhicule. Il faut prendre une décision.

– Je crois qu’il faut aller à Celestine. »

Il me regarda.

« Pourquoi pas ? De toute façon nous n’avons pas d’autre endroit où aller. »

Il tourna vers l’ouest.

« Que savez-vous de ces ruines ? demandai-je.

– Deux civilisations différentes ont vécu ici ; les Mayas tout d’abord. Ils ont connu une période faste, mais la plupart de leurs temples se trouvaient dans le Yucatan, plus au nord. Toute trace de leur civilisation a disparu mystérieusement environ 600 ans avant J.-C, sans cause apparente. Plus tard, au même endroit, les Incas ont créé une autre civilisation.

– Que croyez-vous qu’il soit arrivé aux Mayas ? »

Sanchez me regarda.

« Je ne sais pas. »

Je me rappelai soudain, après un silence de quelques minutes, que Sanchez avait déclaré à Sebastian avoir lu une autre partie de la neuvième révélation.

« Comment avez-vous pu lire un autre passage du texte ?

– Le jeune soldat qui nous a aidés savait où il était caché. Quand nous vous avons perdu de vue, il m’a emmené dans une salle et me l’a montré. Le texte ajoute quelques idées à celles que Phil et Dobson nous ont exposées ; cela m’a fourni des arguments supplémentaires dans ma discussion avec Sebastian.

– Que dit exactement le texte ?

– Que le Manuscrit va clarifier beaucoup de religions. Et les aidera à remplir leurs promesses. Chaque religion veut aider l’humanité à se relier à une source suprême. Toutes parlent de la perception d’un Dieu intérieur, une perception qui nous remplit. Les religions se corrompent quand leurs chefs veulent expliquer la volonté de Dieu au peuple au lieu d’aider chacun à en trouver le chemin à l’intérieur de lui-même.

« Le Manuscrit prédit qu’un jour un individu arrivera à se relier avec la source d’énergie de Dieu et deviendra l’exemple durable de la possibilité de cette liaison. N’est-ce pas ce que Jésus a fait ? N’a-t-il pas augmenté sa vibration et son énergie jusqu’à ce qu’il soit assez léger pour… ? »

Il n’acheva pas sa phrase et sembla perdu dans ses pensées.

« À quoi pensez-vous ? »

Il était perplexe.

« Je ne sais pas. Le texte s’achevait comme ça. Il disait que l’individu en question allait tracer un chemin que toute l’humanité était destinée à suivre. Il ne disait pas où menait ce chemin. »

Nous sommes restés silencieux un quart d’heure ; j’ai essayé d’avoir l’intuition de ce qui allait se passer, mais rien ne vint. Mon effort était trop patent.

« Voici les ruines », montra Sanchez.

Dans la forêt à gauche de la route, je vis trois pyramides. Une fois garés nous nous sommes approchés, et je vis que les pyramides étaient en pierre taillée et toutes espacées d’environ cinquante mètres. Une zone pavée s’étendait entre elles. Plusieurs fouilles étaient visibles à la base des pyramides.

« Regardez ! » s’exclama Sanchez, en indiquant la plus éloignée des trois pyramides.

Une silhouette solitaire était assise devant elle. En avançant, je sentis mon énergie augmenter. Au centre de la zone pavée, je me sentis incroyablement fort. Je regardai Sanchez qui haussa les sourcils. Je reconnus enfin Julia, assise, les jambes croisées, avec des papiers posés sur ses genoux.

« Julia ! » cria Sanchez.

Elle se tourna et se leva d’un bond, elle semblait iridescente.

« Où est Wil ? » criai-je.

Elle fit un geste vers la droite. On le voyait, radieux dans la lumière pâlissante du coucher du soleil.

« Que fait-il ?

– La neuvième ! » dit Julia, en nous tendant les papiers.

Sanchez lui apprit que nous en avions lu une partie, celle qui annonçait la transformation du monde.

« Mais où l’évolution nous conduit-elle ? » interrogea Sanchez.

Elle ne répondit pas. Elle tenait les papiers à la main sans rien dire, comme si elle s’attendait à ce que nous lisions dans ses pensées.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demandai-je.

Sanchez me toucha le bras; m’invitant ainsi à rester patient, et en éveil.

« La neuvième révélation nous apprend quelle est notre destinée ultime, dit enfin Julia. Tout est clair. Nous sommes, nous les humains, le point culminant de toute l’évolution. La matière, dit le texte, commence sous une forme faible, et accroît sa complexité élément par élément, espèce par espèce, évoluant vers des vibrations de plus en plus hautes.

« Quand sont apparus les premiers hommes, nous avons poursuivi cette évolution inconsciemment en dominant les autres, en prenant de l’énergie, jusqu’à ce que nous soyons dominés à notre tour et la perdions. Ce conflit a duré jusqu’à ce que la démocratie soit inventée, qui de l’état physique l’a fait passer à l’état mental.

« À présent, nous dévoilons ce processus. Toute notre histoire nous a préparés à faire aboutir cette évolution. Nous savons augmenter notre énergie et profiter des coïncidences. Ceci accélère très fortement l’évolution. »

Elle hésita, nous regardant tour à tour puis répéta :

« Notre destin est de continuer à accroître notre énergie. À mesure, le niveau de vibration des atomes de notre corps augmente. »

Elle hésita encore.

« Qu’est-ce que cela veut dire ? lui demandai-je.

– Que nous devenons plus légers, plus spirituels. »

Je regardai Sanchez qui fixait intensément Julia.

« La neuvième révélation, continua-t-elle, explique que pendant que nous continuerons à augmenter notre vibration, une chose incroyable va se produire. Des groupes entiers de gens, ayant déjà atteint un certain niveau de vibration, deviendront soudain invisibles à ceux qui vibrent moins ; ceux-là penseront que les premiers ont disparu, pourtant le groupe, lui, se sentira toujours là, mais plus léger. »

Je remarquai que le visage de Julia changeait un peu. Son corps prenait les caractéristiques de son champ d’énergie. Ses traits étaient encore distincts^ mais ce n’étaient plus des muscles et de la peau que je voyais. Elle paraissait faite de lumière pure, brillant de l’intérieur. Je dévisageai Sanchez. Lui aussi prenait les mêmes caractéristiques. À ma stupeur, tout, autour de moi, était de même. Les pyramides, les pierres sous mes pieds, la forêt, mes mains. La beauté que je savais percevoir avait augmenté de manière incroyable, au-delà de tout ce que j’avais expérimenté, même sur le pic.

« Quand les hommes augmentent leur vibration à ce point, cela indique qu’ils traversent la frontière entre cette vie et le monde d’où nous sommes venus et où nous retournons après la mort. Ce mouvement de la conscience est le chemin indiqué par le Christ. Lui-même s’est ouvert à l’énergie jusqu’à devenir assez léger pour marcher sur l’eau. Il a transcendé la mort ici sur la terre et a été le premier à traverser, à élargir le monde physique aux dimensions du monde spirituel. Sa vie a montré comment accomplir cela : si nous nous relions à la même source, nous y arriverons nous aussi. À un moment donné, chacun vibrera suffisamment pour entrer au paradis, sous la même forme. »

J’aperçus Wil qui se dirigeait lentement vers nous. Ses mouvements étaient gracieux, comme s’il glissait dans l’air.

« Les révélations disent, poursuivit Julia, que la plupart des hommes atteindront ce niveau de vibration durant ce troisième millénaire, en s’unissant aux gens avec lesquels ils sont le mieux reliés. Mais certaines cultures ont déjà atteint cette vibration. Selon la neuvième révélation, les Mayas ont tous fait la traversée ensemble. »

Julia s’interrompit. Derrière nous, des voix étouffées parlant espagnol se firent entendre. Des douzaines de soldats entraient dans les ruines pour nous arrêter. Curieusement, je n’avais pas peur. Ils s’approchèrent mais sans venir directement vers nous.

« Ils ne peuvent pas nous voir, dit Sanchez, nous vibrons trop haut. »

Je regardai les soldats. Sanchez disait vrai. À dix mètres de nous, les soldats ne nous voyaient pas.

Des cris en espagnol résonnèrent du côté de la pyramide de gauche; les soldats coururent dans cette direction.

Un autre groupe émergeait de la forêt, tenant deux hommes prisonniers. Dobson et Phil. La vue de leur capture me saisit. Mon énergie chuta subitement. Je regardai Sanchez et Julia. Ils fixaient intensément les soldats, l’air très ennuyés.

« Attendez ! cria Wil vers nous, ne perdez pas votre énergie ! »

Je devinai ses paroles plus que je ne les entendis. Elles étaient un peu confuses. Wil avançait rapidement vers nous. Il parut dire autre chose, mais les mots étaient devenus complètement inintelligibles. J’avais du mal à me concentrer. Son image devenait trouble, vaporeuse. Peu à peu, sous mes yeux ébahis, il disparut entièrement à ma vue.

Julia me regarda puis Sanchez. Son énergie avait baissé, mais elle avait l’air intrépide, comme si cet événement lui avait soudainement fait découvrir quelque chose.

« Nous n’avons pas su maintenir la vibration, dit-elle, la peur la fait baisser. »

Elle regarda l’endroit où Wil s’était volatilisé.

« La neuvième révélation dit que, si quelques individus peuvent sporadiquement faire la traversée, la traversée générale ne se produira que lorsque nous aurons aboli la peur et saurons maintenir une vibration assez haute dans n’importe quelle situation. »

L’excitation de Julia grandissait.

« Ne voyez-vous pas ? Nous n’y arrivons pas encore, mais le rôle de la neuvième révélation est de nous y préparer. Elle nous dit où nous allons. Les autres révélations décrivent le monde comme un lieu de beauté et d’énergie, et elles nous demandent de nous y relier.

« Plus nous voyons la beauté, plus nous évoluons. Plus nous vibrons. La neuvième révélation nous apprend qu’une perception et une vibration plus hautes nous ouvriront la porte d’un paradis qui est déjà là, devant nous, mais que nous ne savons pas voir.

« Lorsque nous douterons du chemin, lorsque nous aurons perdu de vue la marche à suivre, il faudra nous rappeler où nous mène l’évolution. Connaître le paradis sur terre est le sens de notre vie. Et nous savons maintenant comment y parvenir… Comment nous y parviendrons. »

Elle se tut.

« La neuvième révélation affirme qu’une dixième révélation existe. Elle doit révéler… »

Un chapelet de balles de mitraillette ricocha sur les marches de pierre à nos pieds. Comme les autres, je m’allongeai les mains levées en l’air. Personne ne parla quand les soldats arrivèrent et confisquèrent les papiers, nous emmenant ensuite chacun dans une direction différente.

Les premières semaines après ma capture se déroulèrent dans une peur constante.

Mon niveau d’énergie diminuait à mesure que différents officiers, les uns après les autres, me questionnaient d’un air menaçant à propos du Manuscrit.

Je jouai au touriste abruti et proclamai mon innocence. Il était vrai que j’ignorais quels prêtres possédaient des copies, ou à quel point les idées du Manuscrit s’étaient répandues. Peu à peu, ma tactique se mit à marcher. Les militaires se fatiguèrent de moi et me remirent à des civils qui changèrent de méthode.

Ceux-ci cherchèrent à me convaincre que mon voyage au Pérou était une folie depuis le début parce que, selon eux, le Manuscrit n’avait jamais existé. Les révélations avaient été inventées par un petit groupe de prêtres qui voulaient fomenter une rébellion. J’avais été trompé, me dit-on. Je laissai dire.

Les conversations prirent un tour cordial. On me traita comme une victime non coupable, un Yankee crédule qui avait lu trop de romans d’aventures et s’était perdu en pays étranger.

Mon énergie était si basse que j’aurais pu ne pas résister à ce lavage de cerveau si un événement ne s’était produit. On me transféra vers une base militaire où je fus emprisonné dans une zone proche de l’aéroport de Lima, où le père Cari était aussi détenu. Cette coïncidence restaura ma confiance.

Je marchais dans la cour quand je le vis assis sur un banc, en train de lire. Je m’avançai, retenant ma joie, et espérant ne pas attirer la curiosité des autorités. Il me sourit quand je m’assis près de lui.

« Je vous attendais, dit-il.

– Vraiment ? »

Il posa son livre, les yeux pleins de joie.

« Costous et moi avons été immédiatement séparés après notre transfert à Lima, et je suis en prison depuis. J’ignorais pourquoi, rien ne se produisait. Puis j’ai pensé souvent à vous. »

Il fit un geste de la main et dit :

« Donc je savais que vous alliez arriver.

– Je suis heureux de vous voir. On vous a raconté ce qui s’est passé aux ruines de Celestine ?

– Oui, dit le père Cari, j’ai pu parler brièvement avec Sanchez. Il a été détenu ici une journée avant d’être emmené.

– Il va bien ? Est-ce qu’il savait ce qui est arrivé aux autres ? Et lui ? Ils voulaient l’emprisonner ?

– Il ne savait rien des autres. De lui, je n’ai rien appris depuis. La stratégie du gouvernement est de tout fouiller systématiquement et de détruire toutes les copies du Manuscrit. Puis de traiter toute l’affaire comme une gigantesque supercherie. Nous serons tous complètement discrédités, je pense, mais j’ignore ce qu’ils feront de nous à la fin.

– Et les copies de Dobson ? Il a la première et la deuxième aux États-Unis.

– Non, ils les ont récupérées, répondit Cari. Le père Sanchez m’a dit que des agents secrets les ont découvertes et les ont volées. Le Pérou a envoyé des agents partout. Ils étaient au courant de tout ; ils savaient tout sur Dobson comme sur votre amie Charlène depuis le début.

– Quand ils auront fini, vous pensez qu’il ne restera plus de copies en circulation ?

– Ce sera un miracle s’il en reste. »

Je me détournai, mon énergie baissait déjà.

– Vous comprenez ce que cela veut dire ? » formula le père Cari.

Je le regardai sans répondre.

« Cela veut dire que chacun de nous doit se rappeler exactement ce que le manuscrit exprime. Sanchez et vous n’avez pas pu convaincre le cardinal Sebastian d’abandonner son combat, mais vous lui avez fait perdre suffisamment de temps pour que la neuvième révélation soit découverte et comprise… Maintenant il faut la faire connaître. Et il faut que vous participiez à cette mission. « 

Je me sentis bousculé, et mon mécanisme d’indifférence s’activa. Je m’appuyai sur le banc et détournai les yeux. Ce qui fit rire le père Cari. À cet instant, il me signala plusieurs personnalités de l’ambassade qui nous regardaient par une fenêtre.

« Écoutez, dit très vite le père Cari. Dès maintenant, les révélations doivent être mises à la portée de tous. Chaque personne qui aura entendu le message et compris que les révélations sont authentiques devra passer le message à une autre, prête à le comprendre. Se relier à l’énergie est une chose que tous les hommes doivent faire et espérer, si l’on ne veut pas retomber dans cette vieille idée que l’humanité n’est qu’un champ de lutte entre les hommes et d’exploitation de la planète. Si nous retombons dans cette erreur, nous ne survivrons pas. Chacun de nous doit porter ce message. »

Deux personnes s’avançaient vers nous.

« Une chose encore, dit le père lentement.

– Oui ?

– Le père Sanchez m’a dit que Julia avait parlé d’une dixième révélation. On ne l’a pas encore trouvée, et personne ne sait où elle se trouve. »

Les deux hommes arrivaient.

« J’ai eu l’intuition qu’ils allaient vous relâcher. Vous êtes sûrement celui qui peut la découvrir. »

Les hommes nous interrompirent et m’escortèrent vers le bâtiment. Le père sourit et me fit un geste, mais je n’étais déjà plus attentif. Dès qu’il avait mentionné une dixième révélation, j’avais été hanté par l’image de Charlène. Pourquoi elle ? Qu’avait-elle à voir avec la dixième révélation ?

Les deux hommes insistèrent pour que je rassemble mes maigres affaires personnelles, et je les suivis jusque devant l’ambassade où un véhicule officiel me prit à son bord. On me conduisit directement à l’aéroport. Un homme me fit un vague sourire en me regardant à travers d’épaisses lunettes.

Son sourire disparut quand il me tendit mon passeport avec un billet pour les États-Unis… et me dit avec un fort accent péruvien de ne plus jamais remettre les pieds dans son pays.

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