Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – Le Secret de Shambhala – 10 : Savoir reconnaître la lumière.

James Redfield – Le Secret de Shambhala – 10 : Savoir reconnaître la lumière.

Je courus pendant une cinquantaine de mètres en me dirigeant vers le nord, puis stoppai ma course pour observer le campement. Des débris volaient dans tous les sens et des soldats criaient.

Devant moi s’étendait une épaisse couche de neige et, tandis que je m’efforçais de remonter vers les cimes, j’entendis le colonel m’interpeller.

– Je vous retrouverai ! hurlait-il d’une voix furieuse qui dominait le bruit du vent. Vous ne m’échapperez pas !

Je continuai à marcher aussi vite que je le pouvais dans la neige profonde. Il me fallut près d’un quart d’heure pour parcourir une centaine de mètres. Comme le vent soufflait encore férocement, les Chinois ne pourraient heureusement pas faire décoller leurs hélicoptères avant un bon moment.

Je perçus des sons très faibles. S’agissait-il du vent ? Le bruit devenait plus distinct. Je m’accroupis. Quelqu’un m’appelait. Je finis par voir un homme s’avancer au milieu de la tempête de neige. C’était Wil.

Je le serrai dans mes bras.

– Mon Dieu ! que je suis content de te voir ! Comment as-tu fait pour me retrouver ?

– J’ai suivi la direction que prenait l’hélico et continué à marcher jusqu’à ce que j’aperçoive le camp. J’ai dormi à la belle étoile cette nuit. Si je n’avais pas eu mon réchaud de camping avec moi, je serais certainement mort de froid. Je me demandais comment te sortir de là. Mais la tempête a résolu le problème. Allez, viens, on va de nouveau essayer de trouver les temples.

J’hésitai.

– Qu’y a-t-il ? me demanda Wil.

– Yin est là-bas, répondis-je. On l’a torturé.

Wil réfléchit un moment pendant que nous observions le camp.

– Ils vont certainement entamer des recherches, dit-il. Nous ne pouvons pas retourner sur nos pas. Il faudra que nous tentions de l’aider plus tard. Si nous ne sortons pas d’ici et ne trouvons pas les temples avant le colonel, tout sera perdu.

– Qu’est-il arrivé à Tashi ?

– Nous avons été séparés par l’avalanche, mais ensuite je l’ai vu grimper sur la montagne tout seul.

Nous marchâmes pendant plus de deux heures, et bizarrement, lorsque nous dépassâmes la zone où se trouvait le camp chinois, le vent commença à faiblir, quoique la neige continuât à tomber dru. Pendant notre escalade, je racontai à Wil tout ce que Yin m’avait dit dans la tente, et ce qui s’était passé avec Chang.

Nous atteignîmes finalement l’endroit où s’était produite l’avalanche. Nous le dépassâmes, et prîmes la direction de l’ouest en continuant à gravir la pente.

Pendant encore deux heures, Wil marcha devant moi, en silence. Il finit par s’arrêter et s’assit pour se reposer derrière une énorme congère.

Nous nous dévisageâmes un long moment, tous deux hors d’haleine. Wil sourit et me demanda :

– Comprends-tu maintenant ce que Yin t’a expliqué ?

Je ne lui répondis pas tout de suite. J’avais beau avoir constaté que cela fonctionnait avec le colonel, il m’était encore difficile d’y croire.

– J’étais engagé dans une prière négative, dis-je finalement. C’est pourquoi le colonel a réussi à me retrouver.

– Nous ne pourrons progresser tant que nous n’arriverons pas tous deux à nous débarrasser de ce genre d’attitude, remarqua Wil. Notre énergie doit rester à un niveau élevé pendant une longue période jusqu’à ce que nous puissions explorer le reste de la Quatrième Extension. Il est très important que nous évitions de visualiser la méchanceté de ceux qui vivent dans la peur. Certes, nous devons faire preuve de réalisme et prendre des précautions, mais si nous ressassons leur conduite ou imaginons qu’ils nous veulent du mal, nous envoyons alors de l’énergie à leur paranoïa. Cela peut leur donner l’idée de faire effectivement ce que nous redoutons. Il est donc essentiel de ne pas laisser nos esprits visualiser les choses mauvaises qui pourraient éventuellement nous arriver parce que, ainsi, nous envoyons une prière qui crée ce que nous craignons le plus.

Je secouai la tête, car j’étais encore réfractaire à cette idée. Si Wil disait vrai, chacun d’entre nous devait fournir un effort démesuré : nous fallait-il surveiller constamment chacune de nos pensées ? J’exprimai mes préoccupations.

– Bien sûr ! s’exclama Wil presque en riant. Nous devons être attentifs, de toute façon, afin de ne pas rater d’intuitions importantes. De plus, il suffit d’adopter un état de vigilance consciente et de toujours visualiser que la conscience de chacun s’accroît. Les légendes sont très claires à ce sujet. Si nous voulons que notre énergie de prière s’étende et devienne plus puissante, nous ne devons jamais l’utiliser de façon négative. Nous ne progresserons pas tant que nous n’aurons pas surmonté cette difficulté.

– Que sais-tu exactement sur les légendes ? lui demandai-je.

Wil commença à me parler des expériences qu’il avait vécues depuis le début de son aventure, me fournissant tous les détails qu’il n’avait pas encore eu le temps de me communiquer.

– Quand je t’ai rendu visite chez toi, commença-t-il, j’étais dérouté parce que mon énergie avait dramatiquement chuté par rapport au niveau qu’elle avait atteint quand nous explorions la dixième révélation. Ensuite, j’ai commencé à penser au Tibet et je me suis retrouvé au monastère de Lama Rigden. Là, j’ai rencontré Yin et entendu parler des rêves. Je n’ai pas tout compris, mais j’ai fait moi-même des rêves de ce genre. Je savais que tu étais concerné, toi aussi, d’une manière ou d’une autre, et que tu avais un rôle à jouer ici. C’est à ce moment que j’ai commencé à étudier les légendes et appris les extensions du champ de prière. J’allais te rencontrer à Katmandou quand je me suis aperçu que les Chinois me suivaient, aussi ai-je demandé à Yin de me remplacer auprès de toi. Je devais avoir confiance et être persuadé que nous finirions par nous retrouver un jour.

Wil marqua une pause et attrapa dans son sac un sous-vêtement blanc pour confectionner un nouveau bandage autour de son genou. J’observai les montagnes blanches qui nous entouraient à l’infini. Les nuages s’écartèrent un instant. Le soleil matinal créa un effet de lumière, éclairant les crêtes et projetant des ombres sur les vallées. Cette vision m’impressionna. Étrangement, je commençais à me sentir chez moi, comme si une partie de moi comprenait finalement ce pays.

Lorsque je jetai un coup d’oeil à Wil, il me regardait fixement.

– Peut-être, dit-il, devrions-nous revoir ensemble tout ce que les légendes expliquent sur le champ de prière. Il faut que nous comprenions bien comment les différents éléments s’emboîtent.

J’acquiesçai et il poursuivit.

– Tout commence avec la prise de conscience que notre énergie de prière est réelle, qu’elle s’écoule hors de nous et affecte le monde extérieur.

« Une fois que nous avons admis cette idée, nous pouvons comprendre que ce champ, cette influence que nous avons sur le monde extérieur, peut être élargi, mais il nous faut commencer par la Première Extension. Nous devons améliorer la qualité de l’énergie que notre corps absorbe physiquement. Les aliments lourds et traités créent des acides qui se solidifient dans nos structures moléculaires ; ils affaiblissent nos vibrations et finissent par provoquer des maladies. Les aliments vivants ont un effet alcalin et renforcent nos vibrations.

« Plus nos vibrations sont pures, plus il est facile de nous brancher sur les énergies internes plus subtiles dont nous disposons. Selon les légendes, nous pouvons apprendre à inspirer de façon conséquente ce niveau supérieur d’énergie en utilisant notre perception croissante de la beauté comme instrument de mesure. Plus notre niveau d’énergie s’élève, plus nous percevons la beauté des choses et des êtres. Nous visualiserons mieux ce niveau supérieur d’énergie qui s’écoule de nous vers le monde extérieur en nous servant de nos sensations d’amour pour évaluer ce qui se produit.

« Ainsi, nous nous branchons sur notre énergie interne, comme nous l’avons appris au Pérou. Mais maintenant nous savons que, en visualisant cette énergie comme un champ s’écoulant devant nous, où que nous soyons, nous pouvons acquérir une force plus durable.

« La Deuxième Extension commence lorsque nous savons régler ce champ de prière afin qu’il augmente le flux synchronistique de notre vie. À cette fin, nous devons rester conscients et très vigilants, en nous attendant à ce que de nouvelles intuitions ou de nouvelles coïncidences fassent progresser notre existence. Cette attente projette notre énergie hors de nous, encore plus loin, et la rend plus stable, parce que désormais nous alignons nos intentions sur le processus programmé de la croissance et de l’évolution, processus intégré dans l’univers lui-même.

« La Troisième Extension implique une nouvelle attente : nous anticipons que notre champ de prière rayonne et accroisse le niveau d’énergie chez les autres ; qu’il les pousse à se centrer sur leur connexion intérieure avec le divin et sur l’intuition de leur Moi supérieur. Cela augmente, bien sûr, nos chances d’obtenir d’eux, en retour, des informations intuitives qui élèveront encore notre niveau de synchronicité. C’est l’éthique interpersonnelle dont nous avions déjà entendu parler au Pérou, mais nous savons maintenant comment utiliser le champ de prière pour le fortifier.

« La Quatrième Extension commence quand nous découvrons l’importance qu’il y a à ancrer et à conserver le flux de notre énergie, malgré les situations qui déclenchent notre peur ou notre colère. Nous y réussissons en demeurant toujours détachés par rapport aux événements, même lorsque nous nous attendons à ce que le processus de la vie progresse de lui-même. Nous devons toujours rechercher un sens positif, et toujours, toujours, anticiper que le processus nous sauvera, quelle que soit la situation. Une telle attitude mentale nous aide à rester centrés sur le flux de l’énergie et nous empêche de nous appesantir sur des images négatives, sur ce qui pourrait arriver en cas d’échec.

« En général, si une image négative nous vient à l’esprit, nous devons nous demander s’il s’agit d’un avertissement intuitif, et, dans ce cas, prendre les mesures appropriées. Mais il nous faut toujours revenir à l’attente qu’une synchronicité supérieure nous aidera à dépasser ce problème. Cette attitude ancre notre champ, notre flux d’énergie, grâce à la puissante attente que les hommes ont toujours appelée la foi.

« En somme, la première partie de la Première Extension concerne la façon de maintenir notre énergie à un haut niveau. Une fois que nous y sommes parvenus, nous pouvons chercher à étendre encore notre énergie.

« La prochaine étape de la Quatrième Extension commence lorsque nous nous sommes convaincus que l’humanité progresse vers l’idéal exprimé dans la dixième révélation et réalisé par Shambhala. Pour que notre énergie s’écoule encore plus loin et de façon encore plus puissante, il faut une foi authentique. C’est la raison pour laquelle il est capital de comprendre Shambhala. Savoir que Shambhala a appliqué cet idéal amplifie notre attente que le reste de l’humanité puisse aussi l’accomplir. Il nous faut visualiser que tous les êtres humains maîtriseront la technologie et l’utiliseront au service du développement spirituel. Et qu’ensuite ils se concentreront sur le processus de la vie lui-même, sur la raison réelle de notre présence sur cette planète : créer une civilisation consciente de notre rôle dans l’évolution spirituelle, et enseigner ces valeurs à nos enfants. Il s’arrêta et me regarda un instant.

– Et maintenant, nous nous trouvons devant la partie la plus difficile, reprit-il. Pour étendre notre champ encore plus loin, nous ne pouvons nous contenter de rester positifs en général, et d’éviter de concevoir des images négatives. Nous devons également écarter toute pensée négative à propos des autres. Comme tu l’as récemment constaté, si ta peur se transforme en colère et que tu te permets de penser les pires choses des autres, une prière négative émane de toi et tend à créer chez eux le comportement que tu anticipes. C’est pourquoi les professeurs qui attendent de grandes performances de leurs étudiants les obtiennent généralement ; de même, quand ils anticipent des résultats négatifs, leurs attentes se réalisent également.

« La plupart des gens croient que ce n’est pas bien d’exprimer un avis négatif, mais que le penser en silence ne nuit à personne. Nous savons qu’ils se trompent ; la pensée joue un grand rôle.

Tandis que Wil me parlait, je me rappelai la récente vague de fusillades dans les écoles américaines, et lui fis part de cette réflexion.

– Dans tous les pays, les jeunes sont plus puissants que jamais. Les enseignants ne peuvent plus ignorer les petites cliques et les brimades qui ont toujours existé dans les établissements scolaires. Quand on se moque de certains enfants, qu’on les méprise, qu’on les transforme en boucs émissaires, cette prière négative les affecte encore davantage qu’autrefois. Parfois même ils ripostent de façon explosive.

« Et ça ne se produit pas seulement chez les enfants ; cela arrive dans toutes les sociétés humaines.

Nous comprenons mieux ce qui se passe actuellement si nous admettons l’effet des champs de prière. Nous devenons tous de plus en plus puissants, mais si nous ne prenons pas totalement conscience de nos attentes, nous pouvons involontairement causer beaucoup de mal aux autres. Wil se tut et haussa les sourcils.

– Cela nous amène à l’étape actuelle, je crois. J’acquiesçai, me rendant compte à quel point sa présence m’avait manqué.

– Quelle est la prochaine étape pour nous, selon les légendes ? lui demandai-je.

– Nous devons nous concentrer sur le sujet qui nous intéresse le plus, répondit-il. Nous ne pourrons pas étendre notre champ d’énergie si nous ne reconnaissons pas sincèrement l’existence des dakini.

Je lui racontai rapidement mes diverses expériences avec ces étranges créatures et les circonstances où j’avais vu des zones illuminées depuis mon arrivée au Tibet.

– Mais tu as eu ce type d’expériences avant le Tibet, me fit remarquer Wil.

Il avait raison. En de nombreuses occasions, lorsque nous cherchions la dixième révélation, j’avais eu l’impression d’être aidé par d’étranges sources de lumière.

– C’est vrai, dis-je, quand nous étions ensemble dans les Appalaches.

– Au Pérou également, ajouta-t-il.

J’essayai de me souvenir mais aucun événement ne me revint en mémoire.

– Tu m’as raconté qu’une fois tu t’étais trouvé devant un carrefour et que tu hésitais sur la route à choisir, me dit-il. Soudain, un chemin t’a semblé plus éclairé, plus lumineux, et tu as décidé de suivre cette direction.

– Oui, admis-je, me rappelant maintenant très bien l’événement. Tu penses qu’il s’agissait d’un dakini ?

Wil était en train d’ajuster son sac à dos.

– Bien sûr, affirma-t-il. Ces lumières que nous apercevons et qui nous guident, ce sont eux.

J’étais stupéfait. Cela signifiait que, chaque fois que nous apercevions un objet lumineux, un chemin qui semblait plus éclairé ou plus attirant, voire un livre dont la couverture nous sautait aux yeux et éveillait notre attention, dans tous ces cas nous recevions un signal de ces créatures.

– Possèdes-tu d’autres informations sur les dakini ? demandai-je.

– Selon les légendes, ils sont présents dans toutes les cultures, toutes les religions, quel que soit le nom qu’on leur attribue.

Je lui lançai un regard intrigué.

– Nous pourrions les appeler des anges, poursuivit Wil, mais peu importe. Anges ou dakini, il s’agit des mêmes êtres… et ils interviennent de la même façon.

J’avais une autre question à lui poser, mais Wil se remit en marche rapidement, gravissant la pente en évitant les endroits où la neige était la plus profonde. Je le suivis, tandis que des dizaines de questions me venaient à l’esprit. Je voulais absolument poursuivre cette conversation.

À un moment, Wil s’arrêta et me laissa le rattraper.

– Selon les légendes, ces êtres ont aidé les hommes depuis le commencement des temps. Les écrits mystiques, dans toutes les religions, mentionnent leur action. Un jour, chacun de nous commencera à les percevoir plus facilement. Si nous reconnaissons leur existence, ils se feront davantage connaître.

La façon dont il accentua le mot « reconnaissons » me fit penser que ce terme avait un sens particulier.

– Mais comment devons-nous agir ? demandai-je en grimpant sur un rocher qui barrait le chemin.

Wil attendit que je l’aie rejoint, puis il me répondit :

– Selon les légendes, nous devons sincèrement reconnaître qu’ils existent. Notre esprit moderne a beaucoup de mal à admettre ce type de chose. Nous sommes prêts à trouver les dakini ou les anges fascinants, en tant qu’objet d’étude, mais pas à les rencontrer dans la vie quotidienne.

– Alors que faire, selon toi ?

– Surveiller attentivement la moindre manifestation de luminosité.

– Si nous maintenons notre énergie à un niveau élevé et reconnaissons leur existence, nous apercevrons plus souvent ces lumières ?

– Exactement, dit-il. Le plus difficile, c’est d’apprendre à observer les subtils changements de lumière qui se produisent autour de nous. Mais si nous y parvenons, nous pourrons en détecter davantage.

Je réfléchis à son explication : elle me semblait claire, mais j’avais encore une question à lui poser.

– Et qu’en est-il des cas où les dakini, les anges, interviennent directement dans notre vie au moment où nous ne les attendons pas, ou lorsque nous ne reconnaissons pas leur existence ? Cela m’est déjà arrivé.

Je parlai à Wil du personnage très grand que j’avais aperçu lorsque Yin m’avait expulsé de la Jeep, au nord d’Ali. Il m’était de nouveau apparu quand j’avais soudain trouvé un feu de camp allumé dans les ruines du monastère, avant d’entrer à Shambhala.

Wil acquiesça.

– Il semble que ton ange gardien se soit manifesté à tes yeux. Selon les légendes, chacun de nous en a un.

– Alors les mythes disent la vérité, repris-je après avoir réfléchi un moment. Nous avons tous un ange gardien ?

Mon esprit travaillait à toute vitesse. L’existence de ces êtres n’avait jamais été aussi réelle pour moi.

– Mais pourquoi nous aident-ils dans certains cas et pas dans d’autres ? m’étonnai-je.

Wil haussa les sourcils.

– Ça, c’est un mystère. Nous sommes ici pour le découvrir.

Nous allions atteindre le sommet de la montagne. Derrière nous, le soleil commençait à percer l’épaisse couche de nuages. La température semblait se réchauffer.

– On m’a dit, affirma Wil en s’arrêtant un peu avant la crête, que les temples se trouvent de l’autre côté de cette chaîne de montagnes.

Il s’arrêta et me regarda.

– Le plus dur nous attend, sans doute.

Ses paroles me parurent de mauvais augure.

– Pourquoi ? demandai-je. Que veux-tu dire ?

– D’après les légendes, nous ne pourrons voir les temples que si nous maintenons un niveau d’énergie élevé. Nous devons mettre en application toutes les extensions et renforcer notre énergie au maximum.

Juste à ce moment-là, nous entendîmes des hélicoptères quelque part au loin.

– Et n’oublie pas ce que tu viens d’apprendre, m’avertit Wil. Si tu commences à penser à la cruauté des militaires chinois, si tu ressens la moindre colère ou le moindre mépris, reporte immédiatement ton attention vers la plus petite manifestation de l’âme de chaque soldat. Visualise que ton énergie s’écoule hors de toi et pénètre leur champ, les incitant à se brancher sur leur lumière intérieure, afin qu’ils puissent découvrir leurs intuitions supérieures. Si tu agis autrement, tu ne feras qu’envoyer une prière négative qui leur donnera encore davantage d’énergie pour commettre de mauvaises actions.

J’acquiesçai et baissai les yeux. J’étais déterminé à conserver ce champ positif.

– Bien, maintenant tu dois aller plus loin. Reconnais l’existence des dakini et attends-toi à des manifestations de luminosité.

Je levai les yeux vers le sommet qui se dressait devant nous. Wil hocha la tête et passa devant moi. En atteignant la crête, nous ne vîmes qu’une série de cimes enneigées et de vallées. Nous examinâmes soigneusement le paysage.

– Là-bas ! cria Wil en pointant le doigt vers la gauche.

Je plissai les yeux pour mieux voir. Quelque chose, au bord de la crête, semblait miroiter légèrement. Lorsque j’essayai de me concentrer directement sur ce point, je pus seulement observer que cette zone paraissait lumineuse. Mais lorsque je la regardai du coin de l’oeil, je me rendis compte que l’espace lui-même chatoyait.

– Allons-y, dit Wil.

Il me tira par le bras tandis que nous nous frayions un chemin à travers une épaisse couche de neige et que nous grimpions jusqu’à l’endroit que nous avions repéré. Tandis que nous nous rapprochions, la zone s’éclairait davantage. Au-delà, nous aperçûmes une série d’imposantes aiguilles rocheuses qui, vues de loin, étaient alignées les unes à côté des autres. Mais, après les avoir examinées plus attentivement, nous nous aperçûmes qu’une d’entre elles était en retrait par rapport aux autres, laissant une étroite trouée. En atteignant ce passage, qui plus loin virait à gauche puis plongeait vers le bas de la montagne, nous découvrîmes des marches de pierre, taillées dans le roc, qui facilitaient la descente. Des marches lumineuses et immaculées, sans le moindre flocon de neige.

– Les dakini nous indiquent le chemin à suivre, remarqua Wil en me tirant de nouveau par le bras.

Nous nous baissâmes pour pénétrer dans l’ouverture et descendîmes les marches pendant plus d’une heure. Des deux côtés se dressait une façade escarpée d’environ une dizaine de mètres qui empêchait la lumière d’entrer. Enfin les parois s’écartèrent au-dessus de nos têtes et l’escalier prit fin lorsque nous arrivâmes sur un terrain plat. Un précipice bordait la façade du rocher à notre gauche.

– Par là, fit Wil en me désignant un vieux monastère à deux cents mètres devant nous.

Il était complètement en ruine, comme s’il remontait à des milliers d’années. Tandis que nous marchions, la température se réchauffa encore. Un brouillard épais, flottant au ras du sol, s’éleva des rochers. En face du monastère, le précipice s’élargissait. Lorsque nous atteignîmes les ruines, nous nous frayâmes prudemment un chemin au milieu de murs éboulés et de grosses pierres jusqu’à ce que nous débouchions de l’autre côté.

Nous nous arrêtâmes brusquement. La surface rocheuse sur laquelle nous marchions jusqu’ici s’était transformée, laissant la place à de douces dalles plates, ambre clair, régulièrement disposées sur le sol. Je jetai un coup d’oeil vers Wil, mais il regardait, droit devant lui, un temple intact mesurant une quinzaine de mètres de haut sur une trentaine de large. Ses murs, couleur rouille, étaient parsemés de raies grises soulignant les jointures des pierres. Sur la façade se découpaient deux portes massives d’environ six mètres de haut.

Quelque chose se déplaça dans le brouillard épais qui flottait autour du temple. Je regardai Wil qui, d’un geste, m’incita à le suivre. Nous nous rapprochâmes sensiblement du bâtiment.

– As-tu vu quelque chose bouger ? demandai-je à Wil.

Il hocha la tête. À trois mètres devant nous se dessinait une forme étrange.

J’essayai de me concentrer sur elle et parvins finalement à reconnaître les vagues contours d’une figure humaine.

– Ce doit être l’un des adeptes qui habitent les temples, dit Wil. Ses vibrations sont plus élevées que les nôtres. C’est pourquoi nous ne pouvons distinguer qu’une forme floue.

Tandis que nous l’observions, la forme se déplaça vers la porte du temple et disparut. Wil prit la même direction. La porte semblait être en pierre mais, lorsque Wil la tira vers lui en saisissant une poignée en pierre sculptée, elle glissa sur elle-même comme si elle était très légère.

Nous entrâmes dans une grande pièce circulaire. Une série de marches menaient vers un espace central ressemblant à une scène. Tandis que j’examinais la salle, quelqu’un traversa mon champ visuel et se tourna vers nous. C’était Tashi. Déjà Wil marchait dans sa direction.

Avant que nous ayons pu rejoindre le jeune Tibétain, une fenêtre spatiale s’ouvrit au centre de la pièce. Elle se précisa lentement, captivant notre attention, mais devint si brillante que nous ne pouvions plus voir Tashi. C’était une image de la Terre, vue de l’espace.

La scène fit rapidement place à une ville, quelque part en Europe, puis une zone métropolitaine aux États-Unis, et enfin un lieu en Asie. À chaque fois, nous voyions des gens marcher dans des rues animées, d’autres travailler dans des bureaux ou des usines. Tandis que l’image changeait de nouveau, passant d’une ville à une autre, aux quatre coins de la planète, nous pûmes constater que tous ces êtres, pendant qu’ils s’activaient et interagissaient, élevaient lentement leur niveau d’énergie.

Nous commençâmes à voir et à entendre des individus qui, suivant leurs intuitions, décidaient de changer de profession. Ils devenaient alors plus inspirés et créatifs, inventaient des technologies nouvelles, plus rapides, et des services plus efficaces. Nous vîmes aussi des hommes qui vivaient encore dans la peur, résistaient aux changements et essayaient de contrôler les autres.

Ensuite, apparut une salle de conférences, à l’intérieur d’un laboratoire de recherches. Un groupe d’hommes et de femmes était engagé dans une discussion très animée. Nous comprîmes rapidement l’objet du débat. La plupart des intervenants étaient favorables à une nouvelle alliance entre, d’un côté, les plus grosses sociétés de télécommunications et d’électronique et, de l’autre, une coalition internationale de services secrets. Selon les représentants de ces derniers, le combat contre le terrorisme exigeait qu’ils aient accès aux lignes de téléphone privées, aux communications sur Internet et aux mécanismes secrets d’identification de chaque ordinateur afin de pouvoir y pénétrer et surveiller les fichiers de n’importe quel suspect.

Mais ce n’était pas tout. Ils voulaient encore développer les systèmes de surveillance. Selon plusieurs intervenants, si le problème des virus informatiques continuait à se poser, il faudrait réguler totalement la Toile, ainsi que tous les ordinateurs participant à des transactions commerciales dans le monde. L’accès serait contrôlé. Seul un numéro d’identité spécial permettrait de se livrer à une transaction électronique, quelle qu’en soit l’importance.

Un homme intervint pour déclarer que les nouveaux systèmes d’identification, tels que la reconnaissance optique ou celle des empreintes digitales, voire un dispositif fondé sur un scanner des ondes cérébrales, devraient être appliqués à cette fin.

Deux autres personnes, un homme et une femme, commencèrent à critiquer violemment ces mesures. L’un mentionna le livre de l’Apocalypse et la « marque de la Bête ». Soudain, je me rendis compte que je pouvais voir à travers la fenêtre de la salle de conférences. Une voiture passait sur une route longeant le bâtiment. À l’arrière-plan, je distinguai un cactus et le désert à perte de vue.

Je regardai Wil.

– Cette discussion se déroule en ce moment même, dit-il, quelque part dans le sud-ouest des États-Unis.

Juste derrière la table autour de laquelle le groupe était réuni, je remarquai autre chose. L’espace devenait plus large. Non, plus lumineux.

– Les dakini ! dis-je à Wil.

La conversation prit alors une nouvelle orientation. Les deux personnes qui argumentaient contre l’extension des procédures de surveillance paraissaient mieux capter l’intérêt des autres participants. Certains semblaient prêts à reconsidérer leur position.

Tout à coup, notre attention fut distraite par une violente vibration qui ébranla le sol et les murs du temple. Nous courûmes vers une porte située à l’extrémité du bâtiment, nous efforçant de voir à travers la poussière. Nous pouvions entendre des pierres s’ébouler et tomber à l’extérieur. Lorsque nous fûmes à une dizaine de mètres de la porte, une silhouette que nous ne pûmes identifier l’ouvrit et la franchit rapidement.

– Ce doit être Tashi, fit Wil en se précipitant vers la porte pour l’ouvrir à son tour.

Lorsque nous sortîmes, un bruit assourdissant retentit derrière nous. La vieille ruine que nous avions vue en pénétrant dans la zone des temples s’effondrait dans une implosion de rochers et de poussière. Et, en arrière-fond, quelque part, nous perçûmes le bourdonnement des hélicoptères.

– Le colonel semble être de nouveau sur nos traces, dis-je. Pourtant, je ne conserve que des images positives dans mon esprit. Comment a-t-il donc fait pour nous retrouver ?

Wil me jeta un regard interrogateur. Je me souvins alors de la remarque de Chang à propos des moyens technologiques dont il disposait pour me repérer à tout moment. Il possédait le scanner de mon cerveau.

Je résumai rapidement à Wil ce que le colonel m’avait raconté puis je lui dis:

– Peut-être devrions-nous partir dans une autre direction, afin d’emmener les soldats loin des temples.

– Non, rétorqua Wil. Il faut que tu restes ici. On va avoir besoin de toi. Nous devrons jouer à cache-cache avec eux tant que nous n’aurons pas retrouvé Tashi.

Nous suivîmes un sentier caillouteux qui passait devant plusieurs temples et mes yeux s’attardèrent soudain sur une porte à notre gauche. Wil le remarqua.

– Pourquoi regardais-tu cette porte ? demanda-t-il.

– Je l’ignore, elle a attiré mon attention. Il me jeta un regard incrédule.

– Bon d’accord, acquiesçai-je rapidement. Allons voir.

Nous la franchîmes en courant et découvrîmes une autre salle circulaire, beaucoup plus vaste que la précédente, peut-être d’une centaine de mètres de diamètre. Une fenêtre spatiale planait au centre de la pièce. Dès que nous entrâmes, j’aperçus Tashi un peu plus loin sur notre droite et donnai un coup de coude à Wil.

– Je le vois, me dit-il en se dirigeant, dans la pénombre, vers l’adolescent.

Tashi se retourna et nous adressa un sourire de soulagement quand il nous reconnut. Puis il se concentra de nouveau sur la scène que l’on distinguait à travers la fenêtre spatiale.

Cette fois, il s’agissait de la chambre d’un adolescent. Elle était couverte de posters, remplie de ballons, de jeux et de vêtements entassés. Dans un coin son lit était défait, et un carton de pizza vide traînait sur une table. À l’autre extrémité de cette même table, un garçon d’une quinzaine d’années, torse nu et en short, bricolait une grosse boîte métallique d’où sortaient des fils électriques. Son visage paraissait déterminé et furieux.

Une seconde chambre apparut à l’image : celle d’un autre adolescent qui portait un Jean et un sweat-shirt. Assis sur son lit, il regardait fixement son téléphone. Il se leva, commença à faire les cent pas dans la pièce, puis se rassit. J’avais l’impression qu’il essayait de prendre une décision. Finalement, il décrocha le combiné et composa un numéro.

À ce moment, la fenêtre spatiale s’élargit, de sorte que nous pouvions voir les deux chambres à la fois. Le garçon torse nu décrocha le téléphone. Le jeune en sweat-shirt manifestement essayait de le convaincre, mais son interlocuteur devenait encore plus furibond et finissait par raccrocher violemment. Il s’asseyait à sa table et recommençait à bricoler.

L’autre adolescent se levait, enfilait une veste et sortait en toute hâte. Quelques minutes plus tard, le garçon qui bricolait entendait quelqu’un frapper à sa porte. Il se levait pour aller ouvrir et tentait d’interdire l’entrée au jeune homme qui venait de lui parler au téléphone, mais celui-ci pénétrait de force dans la pièce et s’efforçait de persuader son ami, avec force gestes, en désignant la boîte métallique sur la table.

L’autre adolescent le repoussait, ouvrait un tiroir et en sortait un revolver qu’il pointait sur son visiteur. Ce dernier reculait mais continuait à argumenter. Le jeune garçon armé laissait exploser sa colère et poussait sa victime contre un mur en appuyant le canon de l’arme sur sa tempe.

À ce moment, nous commençâmes à déceler un changement derrière eux. La zone devenait plus lumineuse.

Je jetai un coup d’oeil à Tashi, qui croisa un instant mon regard puis se concentra de nouveau sur la scène. Nous savions tous deux que nous assistions à une intervention des dakini.

Le jeune homme qui était menacé par le revolver essayait toujours de raisonner son ami, tandis que l’autre le plaquait contre le mur. Mais, progressivement, le garçon au torse nu commençait à se détendre. Il finissait par laisser tomber son arme et s’asseoir sur le bord du lit. Son ami s’installait sur une chaise face à lui.

Nous pouvions maintenant entendre leur conversation. Celui qui avait une arme aurait voulu être accepté par les autres élèves de sa classe, mais ceux-ci l’avaient rejeté. Beaucoup d’entre eux excellaient dans des activités extrascolaires, comme le sport ou la musique, ils développaient leurs talents, mais lui-même n’avait pas assez de confiance en soi pour s’élever à leur niveau. Ils s’étaient moqués de lui, l’avaient traité de perdant. Il avait l’impression d’être nul, de ne pas exister. Cette situation l’avait empli de colère et d’un sentiment de force illusoire qui l’avait poussé à imaginer une riposte. La boîte qu’il bricolait sur sa table était une bombe artisanale.

À ce moment-là, le sol trembla de nouveau. Tout notre bâtiment fut ébranlé par une secousse. Nous nous précipitâmes vers la porte. À peine étions-nous sortis que la moitié du temple s’effondrait derrière nous.

Tashi nous fit signe de le suivre. Nous courûmes plusieurs centaines de mètres avant de nous arrêter auprès d’un mur.

– Avez-vous pu voir les gens dans ce temple, demanda-t-il, ceux qui envoyaient leur énergie de prière aux deux adolescents ?

Nous avouâmes tous deux que nous n’avions rien vu.

– Il y en avait des centaines dans cette salle, ils travaillaient sur le problème de la colère des jeunes.

– Et que faisaient-ils exactement ? demandai-je.

Tashi fit un pas vers moi.

– Ils élargissaient leur énergie de prière, dit-il, en visualisant que les deux garçons s’élevaient jusqu’à une vibration supérieure, afin de dépasser leur peur et leur colère, et de trouver leurs intuitions supérieures pour résoudre leur problème. Leur énergie aidait l’un des deux jeunes à trouver les meilleurs arguments, les plus convaincants. Quant à l’autre, l’énergie de prière l’élevait jusqu’à une identité spirituelle différente du moi social que ses pairs rejetaient. Il ne se sentait plus obligé de quêter leur approbation pour être quelqu’un. Cela apaisait sa colère.

– Et dans le premier temple, que faisaient-ils ? demandai-je. Ils aidaient à contrecarrer l’action de ceux qui veulent tout contrôler ?

Wil me regarda.

– Ils envoyaient un champ de prière pour élever le niveau d’énergie de tous les participants à la discussion. Cela atténuait la peur de ceux qui exigeaient davantage de moyens de surveillance. Et aidait également ceux qui leur résistaient à trouver le courage de parler, même dans ce genre de réunions et d’institutions.

Tashi acquiesça.

– Nous sommes censés assister à tout cela dans notre vie. Ce sont quelques-unes des situations clés qui seront résolues si l’évolution spirituelle continue à se développer, si nous dépassons ce point critique du point de vue historique.

– Et qu’en est-il des dakini ? Que faisaient-ils ?

– Ils aidaient aussi à élever le niveau d’énergie, répondit Tashi.

– D’accord, insistai-je, mais nous ignorons toujours pourquoi ils interviennent à tel moment ou à tel endroit. Ceux qui travaillent dans les temples faisaient quelque chose que nous ne connaissons pas encore.

Un bruit assourdissant retentit tandis que l’autre moitié du temple s’écroulait derrière nous.

Tashi sursauta involontairement puis se mit à courir sur le chemin.

– Venez, dit-il. Il faut que nous trouvions ma grand-mère.

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