Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – Le Secret de Shambhala – 5 : La prise de conscience est contagieuse.

James Redfield – Le Secret de Shambhala – 5 : La prise de conscience est contagieuse.

Je m’étirai avec difficulté dans le véhicule inconfortable. Complètement épuisé moi-même, je me demandais comment Yin était parvenu à conduire jusque-là. Nous avions eu de la chance. Comme mon compagnon le supposait, les soldats chinois, mal encadrés, avaient mené leurs recherches de façon très négligente. Ils avaient placé une seule sentinelle près de la camionnette du couple hollandais, puis les autres s’étaient éparpillés avec fort peu d’enthousiasme dans plusieurs directions, sans même remarquer notre Jeep. Yin avait réussi à démarrer sans faire trop de bruit et à venir me retrouver près du fleuve.

Mon compagnon continuait à rouler tous feux éteints. À travers le pare-brise, il fixait intensément la route plongée dans l’obscurité.

Au bout d’un moment il me lança un regard.

– Le jeune Hollandais ne vous a rien dit, n’est-ce pas ?

– Non, dis-je, il avait trop peur. Il s’est enfui en courant. Yin secoua la tête.

– C’est ma faute. Si seulement je vous avais parlé du prochain élargissement du champ de prière, c’est-à-dire de la Troisième Extension, vous auriez pu obtenir plus efficacement des informations.

J’allais mettre en doute ses propos, mais d’un geste il écarta mes objections.

– Rappelez-vous à quelle étape vous êtes, m’or-donna-t-il. Vous avez fait l’expérience de la Première Extension : vous vous branchez sur l’énergie et la laissez couler en vous, tout en visualisant qu’elle forme un champ de prière qui rayonne autour de vous, partout où vous allez. La Deuxième Extension, comme je vous l’ai expliqué, vous permet de préparer votre champ afin d’améliorer la façon dont votre vie se déroule. Vous y parvenez en restant toujours vigilant et en anticipant le meilleur.

« La Troisième Extension règle votre champ de prière de telle sorte qu’il s’étende, ce qui a pour effet d’accroître l’énergie et le niveau des vibrations d’autrui. Quand votre champ atteint ainsi d’autres personnes, elles éprouvent un véritable choc d’énergie spirituelle, de lucidité, d’intuition, et sont plus à même de vous donner les bonnes informations.

De nouveau, je compris exactement ce qu’il me suggérait. Au Pérou, Wil et Sanchez m’avaient appris à envoyer de l’énergie à autrui, m’initiant ainsi à une nouvelle attitude mentale et éthique. Maintenant Yin élucidait encore davantage le fonctionnement de cette méthode et m’indiquait une façon plus efficace de procéder.

– Je sais ce que vous voulez dire, affirmai-je. On m’a appris comment déceler, sur le visage de chaque personne, l’expression de son Moi supérieur. Si l’on s’adresse à ce Moi, à cette expression, notre propre énergie l’aide à prendre conscience de son Moi supérieur.

– Oui, répondit Yin, mais cet effet s’amplifie si l’on sait comment étendre son champ de prière : il suffit de suivre les instructions contenues dans les légendes. Nous devons visualiser que notre champ se projette en face de nous et augmente à distance les vibrations des autres, avant même que nous soyons suffisamment près pour voir leur visage. Je le regardai d’un air interrogateur.

– Considérez le problème de cette façon : si vous pratiquez sérieusement la Première Extension, l’énergie pénètre en vous et vous voyez mieux le monde comme il est – haut en couleur, chargé de vibrations, merveilleux, comme une forêt magique ou un désert de toute beauté. Maintenant, pour pratiquer la Troisième Extension, vous devez visualiser consciemment que votre énergie déborde de vous pour pénétrer le champ de tous ceux qui vous entourent. Leurs vibrations s’élèvent alors de telle sorte qu’ils commencent, eux aussi, à voir le monde comme il est réellement. À ce moment-là, ils parviennent à s’apaiser et à percevoir la synchronicité. Lorsque l’on a réglé son champ de prière de cette façon, alors il est facile d’observer l’expression du Moi supérieur sur le visage d’autrui.

Il marqua une pause et me regarda comme si une nouvelle idée lui venait à l’esprit.

– Lorsque vous élevez l’énergie de quelqu’un, continua-t-il, votre route est parsemée d’embûches que vous devez éviter. Chaque visage offre un ensemble de caractéristiques, comme… euh… une tache d’encre, et vous pouvez y découvrir beaucoup de choses. Par exemple, la colère d’un père qui vous maltraitait, l’absence de tendresse d’une mère indifférente, ou l’expression de quelqu’un qui vous a menacé. Il s’agit d’une projection de votre passé. Cette perception créée par une situation traumatique ancienne influence la façon dont vous anticipez les actions des autres. Lorsque vous voyez quelqu’un qui ressemble, même très vaguement, à une personne qui vous a fait du mal, vous avez tendance à supposer qu’il agira de la même façon.

« Il est capital que vous le compreniez et sachiez le gérer avec attention. Nous devons tous dépasser les attentes dictées par nos expériences passées. Est-ce clair ?

J’acquiesçai, impatient qu’il poursuive son explication.

– Bon, repensez maintenant à ce que vous avez vécu à l’hôtel de Katmandou. Nous devons analyser cet événement plus en détail. Vous m’avez raconté que l’homme de la piscine est parvenu à transformer l’humeur de toutes les personnes présentes, dès qu’il s’est assis, n’est-ce pas ?

Je hochai de nouveau la tête, en essayant de me souvenir de la scène. C’était exactement cela. Cet homme avait complètement modifié l’atmosphère autour de la piscine avant même de prononcer un mot.

– Il y est parvenu parce que son énergie était déjà préparée à pénétrer le champ des autres et à leur donner une impulsion positive. Essayez de vous rappeler exactement ce que vous avez ressenti.

Je détournai un moment les yeux, essayant de revivre ce qui s’était passé.

– Chaque personne autour de la piscine, dis-je finalement, est passée du malaise, de l’irritation, à une compréhension, une ouverture plus grandes. C’est difficile à expliquer.

– Son énergie a permis à tous de s’ouvrir, d’explorer quelque chose de nouveau, poursuivit Yin, au lieu de rester bloqués dans la crainte, le désespoir ou toute autre humeur négative qui prédominait à ce moment-là.

Yin s’interrompit quelques secondes pour me dévisager.

– Bien sûr, continua-t-il, l’inverse aurait pu également se produire si, lorsqu’il s’est approché de la piscine, l’énergie de cet homme n’avait pas été assez puissante. Submergé par le bas niveau général d’énergie, il aurait été ramené à votre niveau. C’est ce qui s’est passé quand vous avez rencontré le jeune Hollandais. Il était terrorisé. Sa peur vous a impressionné et vous vous êtes laissé influencer par son humeur.

« Tous les champs se mêlent et les plus forts l’emportent sur les autres. Cette dynamique inconsciente caractérise notre monde. L’état de notre énergie, nos attentes fondamentales, quelles qu’elles soient, rayonnent à partir de nous et exercent un pouvoir tant sur l’humeur que sur l’attitude d’autrui. Le niveau de conscience d’une personne et toutes les attentes qui l’accompagnent se communiquent à son entourage.

« Ce phénomène permet de comprendre le comportement mystérieux des foules, pourquoi des gens honnêtes se laissent influencer par une minorité d’individus effrayés ou en colère ; pourquoi ils se trouvent entraînés dans des lynchages, des émeutes ou d’autres manifestations réprouvables. Cela explique également l’efficacité de l’hypnose, ou l’influence décisive du cinéma et de la télévision sur les esprits faibles. Le champ d’énergie de chacun sur cette terre se mêle à celui de tous les autres. Cela crée les normes et les motifs d’adhésion à des groupes, les mentalités nationales et les hostilités ethniques que nous pouvons observer tous les jours.

Yin sourit.

– La culture est contagieuse. Allez dans n’importe quel pays étranger, et vous vous rendrez compte que non seulement ses habitants pensent autrement que vous mais qu’ils sentent autrement, ce qui se traduit par des états d’esprit et des attitudes spécifiques.

« Il nous faut comprendre et maîtriser ces réalités, nous souvenir d’utiliser consciemment la Troisième Extension. Si nous sommes en relation avec des gens, et que leur humeur déteint sur nous, que leurs attentes nous envahissent, nous devons prendre nos distances. Il nous faut refaire très consciemment le plein d’énergie afin de la répandre autour de nous jusqu’à ce que l’atmosphère redevienne plus sereine. Si vous y étiez parvenu avec ce jeune Hollandais, vous auriez peut-être appris où se trouve Wil.

J’étais très impressionné par sa démonstration. Yin maîtrisait bien son sujet.

– Yin, dis-je, vous êtes un expert. Son sourire s’évanouit.

– Il existe un abîme entre savoir comment tout cela fonctionne, répondit-il, et être capable de l’appliquer soi-même.

Quand je me réveillai, j’avais dû dormir quelques heures car le soleil s’était levé. La Jeep se trouvait sur une plate-forme au-dessus de la route. Je m’étirai, puis m’effondrai de nouveau sur le siège. Pendant quelques minutes je fixai plusieurs monticules de roches surplombant la route caillouteuse et déserte en dessous de nous. Je vis seulement passer un nomade conduisant une charrette tirée par un cheval. Le ciel était limpide. J’entendis un chant d’oiseau, quelque part derrière nous. J’inspirai profondément. Une partie de la tension de la veille s’était dissipée.

Yin commença à remuer lentement, puis il s’assit et me jeta un coup d’oeil en souriant. Il sortit de la Jeep, s’étira à son tour, puis il prit un réchaud de camping à l’arrière de la voiture et mit de l’eau à bouillir pour préparer du thé et des flocons d’avoine. Je le rejoignis et essayai de nouveau de l’imiter tandis qu’il entreprenait une série compliquée d’exercices de taï chi.

Sur la route derrière nous, j’entendis une voiture qui roulait à vive allure. Cachés derrière un rocher, nous vîmes le 4×4 bleu passer à toute vitesse, et le reconnûmes en même temps.

– C’est le jeune Hollandais, dit Yin en courant vers la Jeep.

J’attrapai le réchaud et le lançai à l’arrière de la voiture, puis sautai en marche tandis que Yin effectuait un demi-tour.

– Nous aurons de la chance si nous arrivons à le rattraper, commenta Yin alors qu’il se lançait à la poursuite de la Toyota.

Nous grimpâmes une petite colline, puis descendîmes dans une étroite vallée, et finîmes par apercevoir le 4×4 qui fonçait à quelques centaines de mètres devant nous.

– Nous devons l’atteindre avec notre énergie de prière, fit Yin.

J’inspirai longuement, visualisant mon énergie qui s’écoulait sur la route, pénétrait dans la Toyota et influençait le jeune homme. J’imaginai qu’il ralentissait pour finalement s’arrêter.

Alors que j’envoyais cette image, le 4×4 accéléra, s’éloignant rapidement de nous. J’étais troublé.

– Qu’est-ce que vous fabriquez ? s’écria Yin, en me lançant un bref regard.

– Je me sers de mon champ pour le faire s’arrêter.

– N’utilisez pas votre énergie de cette façon-là, m’ordonna Yin. Cela produit l’effet opposé.

Je le regardai d’un air ébahi.

– Comment réagissez-vous, me demanda Yin, lorsque quelqu’un cherche à vous manipuler, vous oblige à faire quelque chose ?

– Je résiste.

– Bien sûr, continua-t-il. Au niveau inconscient, le Hollandais a dû sentir que vous cherchiez à lui dicter sa conduite, à le manipuler. Il a eu l’impression que, quelle que fût la personne qui le suivait, elle lui voulait du mal. Cela a renforcé sa peur et accru sa détermination à s’enfuir.

« Tout ce que nous pouvons faire, c’est de visualiser que notre énergie s’étend et élève le niveau des vibrations de l’autre. Cela lui permet de vaincre sa peur et d’entrer en contact avec les intuitions de son Moi supérieur. Avec un peu de chance, cela contribuera à affaiblir la crainte qu’il éprouve envers nous et peut-être nous parlera-t-il. C’est la seule fonction de notre champ de prière. Tenter de faire quoi que ce soit d’autre, c’est présumer que nous savons quel est son meilleur chemin de vie, mais il est le seul à le connaître. Peut-être, une fois que nous lui aurons envoyé suffisamment d’énergie, aura-t-il l’intuition qu’il doit nous semer et quitter le pays au plus vite. Nous devons envisager cette possibilité. Nous pouvons seulement l’aider à prendre sa décision à partir du niveau d’énergie le plus élevé possible.

La route dessinait une longue courbe et, à la sortie du virage, le 4×4 bleu avait disparu. Yin ralentit. À notre droite se trouvait un petit chemin dont l’aspect attira mon regard.

– Prenez par là ! dis-je en le désignant du doigt.

Une centaine de mètres plus loin, en contrebas d’une colline, coulait un affluent du fleuve, large mais peu profond. Le véhicule du Hollandais était bloqué au milieu du gué ; le moteur s’emballait, les roues patinaient en projetant de la boue partout, mais il n’avançait pas. Il était coincé.

Le jeune homme se retourna pour voir qui le poursuivait et il ouvrit sa portière, prêt à s’enfuir. Mais lorsqu’il me reconnut, il coupa le contact et sortit du véhicule. Il avait de l’eau jusqu’aux genoux.

Pendant que nous parvenions à sa hauteur, Yin me regarda intensément. Son expression signifiait : « Rappelez-vous d’utiliser votre énergie. » J’acquiesçai.

– Nous pouvons vous aider, lançai-je au jeune homme.

Il nous examina d’un air soupçonneux puis se détendit progressivement. Yin et moi nous mîmes à pousser la Toyota dont il faisait ronfler le moteur. Les roues patinèrent pendant un moment, projetant de la boue contre mon pantalon, puis la voiture bondit hors de la fondrière et fonça vers l’autre rive. Nous suivîmes dans notre Jeep. Le jeune homme nous fixa quelques instants, comme s’il se demandait s’il devait fuir ou non, puis il sortit de son véhicule et marcha vers nous. Nous nous présentâmes.

– Je m’appelle Jacob, déclara-t-il.

Pendant que nous parlions, je commençai à chercher sur son visage l’expression la plus sereine que je puisse trouver.

Encore en proie à la peur, Jacob secouait la tête. Pendant plusieurs minutes, il nous bombarda de questions et nous interrogea encore sur ses amis.

– J’ignore ce que je suis venu faire au Tibet, nous avoua-t-il finalement. Je savais que ce voyage serait très dangereux. Mais mes amis tenaient à ce que je les accompagne. Je ne comprends pas pourquoi j’ai accepté. Mon Dieu, les soldats chinois lancent des patrouilles partout. Et comment ont-ils su que nous allions nous retrouver là-bas ?

– Avez-vous demandé votre chemin à des inconnus ? dit Yin.

Le Hollandais nous regarda intensément.

– Oui. Vous pensez qu’ils en ont informé les soldats ?

Mon compagnon acquiesça. Jacob sembla replonger dans l’anxiété. Il se mit à jeter des coups d’oeil nerveux dans toutes les directions.

– Jacob, dis-je, je dois le savoir : avez-vous rencontré Wilson James ?

Le Hollandais paraissait incapable de se concentrer.

– Les Chinois ne vont-ils pas nous tomber dessus d’une seconde à l’autre ?

J’essayai d’intercepter son regard et y parvins finalement.

– C’est important, Jacob. Vous souvenez-vous d’avoir rencontré Wil ? Il ressemble à un Péruvien, mais il parle avec un accent américain.

Mon interlocuteur était toujours troublé.

– Pourquoi est-ce si important ? Il faut que nous trouvions un moyen de sortir d’ici.

Selon lui, nous devions chercher un endroit pour nous cacher jusqu’à ce que les Chinois quittent les parages ou, mieux encore, traverser à toute allure la chaîne de l’Himalaya jusqu’à l’Inde.

Je continuais à visualiser que mon énergie pénétrait en lui et à me concentrer sur son visage, en quête d’une expression de calme et de sagesse, spécialement dans ses yeux. Il finit par me regarder en face.

– Pourquoi tenez-vous tellement à retrouver cet homme ? me demanda-t-il.

– Nous pensons qu’il a besoin de nous. C’est lui qui m’a incité à venir au Tibet.

Il me fixa pendant un moment, cherchant apparemment à se concentrer.

– Oui, dit-il finalement. J’ai rencontré votre ami dans le hall d’un hôtel à Lhassa. Assis l’un en face de l’autre, nous avons commencé à parler de l’occupation chinoise. Depuis longtemps, j’étais exaspéré par les agissements des communistes. Je crois que je suis venu ici parce que je voulais faire quelque chose, n’importe quoi. Wil m’a affirmé qu’il m’avait aperçu dans trois endroits différents de l’hôtel, ce jour-là, et que cela devait avoir un sens. Je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire.

– A-t-il parlé d’un lieu appelé Shambhala ? demandai-je. Il eut l’air intéressé.

– Pas exactement. Il a dit, en passant, que le Tibet ne serait pas libéré tant que l’on ne comprendrait pas l’esprit de Shambhala. Quelque chose dans ce genre.

– A-t-il parlé d’un portail ?

– Je ne crois pas. Je ne me rappelle pas notre conversation en détail. Elle n’a duré que quelques minutes.

– Vous a-t-il dit où il se rendait ? s’enquit Yin. A-t-il mentionné un endroit ?

Jacob détourna les yeux, réfléchit un peu, puis répondit :

– Il me semble qu’il a mentionné un lieu, Dormar, je crois, et aussi les ruines d’un ancien monastère qui se trouve là-bas.

Je regardai Yin.

– Je connais, affirma-t-il. C’est à l’extrême nord-ouest, à quatre ou cinq jours de route. Ce sera un voyage difficile… et il fera très froid.

À l’idée de devoir traverser les vastes étendues désertiques du Tibet, je sentis mon énergie s’effondrer.

– Voulez-vous venir avec nous ? demanda Yin à Jacob.

– Oh non ! protesta-t-il. Je dois partir d’ici.

– En êtes-vous sûr ? insista Yin. Les Chinois sont sur les dents en ce moment.

– Impossible, fit Jacob en détournant le regard. Je suis le seul qui puisse contacter mon gouvernement et chercher mes amis, si je trouve quelqu’un qui veuille bien m’aider.

Yin griffonna quelque chose sur un morceau de papier qu’il tendit à Jacob.

– Trouvez un téléphone et appelez ce numéro de ma part, lui conseilla Yin. Demandez-leur de vous rappeler. Une fois qu’ils auront vérifié votre identité, ils vous contacteront et vous diront que faire.

Yin expliqua à Jacob le meilleur itinéraire pour retourner à Saga et nous le raccompagnâmes jusqu’à son 4×4.

– Bonne chance ! nous lança-t-il une fois à l’intérieur de la voiture. J’espère que vous retrouverez votre ami.

Je hochai la tête.

– Dans ce cas, ajouta-t-il, cela expliquera peut-être pourquoi je suis venu au Tibet, non ? C’était sans doute pour pouvoir vous aider.

Il se détourna et fit démarrer la Toyota, puis nous jeta un bref regard avant de s’en aller. Yin et moi marchâmes rapidement jusqu’à la Jeep. Tandis que nous roulions vers la route principale, je remarquai qu’il souriait.

– Vous commencez à comprendre la portée de la Troisième Extension, non ? me demanda-t-il. Réfléchissez à toutes ses conséquences.

Je le regardai un moment, puis pensai à sa question. Le point le plus important, me semblait-il, était que notre champ pouvait en stimuler d’autres, aider des gens à accéder à un niveau de conscience supérieur et ainsi se brancher sur leurs propres intuitions directrices. Cette conception allait beaucoup plus loin que tout ce que j’avais entendu au Pérou. Lorsque notre champ de prière s’étalait devant nous, nous pouvions le régler afin d’élever le niveau d’énergie de n’importe qui autour de nous, même si nous ne parlions pas directement à cette personne ou ne voyions pas son visage. Nous pouvions y parvenir en visualisant pleinement ce qui allait se produire, en l’anticipant.

Bien sûr, il était impossible de contrôler les actes ou la pensée de quelqu’un avec cette énergie ; si l’on s’y risquait, cette tentative se retournait contre nous, comme j’en avais fait l’expérience lorsque j’avais essayé d’obliger Jacob à s’arrêter. J’exposai à Yin le fruit de mes réflexions.

– Maintenant vous saisissez mieux l’aspect « contagieux » de l’esprit humain, m’expliqua-t-il. Dans un sens, nos pensées communiquent toutes entre elles. Certes, nous avons un certain contrôle sur notre intellect et pouvons nous retirer en nous-mêmes, nous déconnecter, penser de façon indépendante. Mais, comme je vous l’ai déjà expliqué, la conception du monde qui domine à un moment donné est toujours constituée par un gigantesque champ de croyances et d’attentes. L’humanité progresse chaque fois qu’un nombre suffisant d’individus réussit à faire pénétrer une plus grande attente d’amour dans le champ d’énergie global. Cet effort collectif leur permet de construire un niveau d’énergie encore supérieur, et de se guider mutuellement vers un potentiel individuel maximal.

Yin sembla se détendre pendant un moment et me sourit.

– La civilisation de Shambhala, ajouta-t-il, est fondée sur l’idée d’établir un tel champ dans le monde entier.

Je ne pus m’empêcher de sourire à mon tour. Ce voyage commençait à avoir un sens, mais je n’en saisissais pas encore toute l’étendue.

Les deux jours suivants se déroulèrent sans incident, et nous n’aperçûmes pas un seul soldat chinois. Roulant sur la route qui va vers le nord-ouest, nous traversâmes un autre cours d’eau, près du sommet du Mayun-La, un col très élevé. Les cimes enneigées qui surplombaient la route étaient impressionnantes. Nous passâmes la première nuit à Hor Qu, dans un relais routier dépourvu d’enseigne, que Yin connaissait. Le lendemain matin, nous prîmes la direction du lac Manasarowar.

Comme nous en approchions, Yin m’expliqua :

– Nous devons de nouveau nous montrer très prudents ici. Ce lac et, un peu plus loin, le pic Kailas sont des lieux sacrés d’une valeur inestimable pour les Indiens, les Népalais, les Chinois et, bien sûr, les Tibétains. Nous allons rencontrer beaucoup de pèlerins venus de toute la région, mais il y aura aussi de nombreux postes de contrôle chinois.

Une dizaine de kilomètres plus loin, Yin quitta la route pour emprunter une vieille piste. Nous contournâmes l’un des postes avant d’apercevoir le lac. Je regardai Yin, qui souriait. Une vue incroyablement belle s’offrait à nous : une immense perle turquoise placée dans un écrin de roches et de terrains d’une teinte brun olive, le tout encadré, à l’arrière-plan, par les montagnes couvertes de neige. Yin me désigna l’une d’elles : le mont Kailas.

Alors que nous longions le lac, nous vîmes de nombreux groupes de pèlerins arrêtés sous de grands mâts hérissés de bannières.

– Qu’est-ce que c’est ? demandai-je

– Des bannières de prières, répondit Yin. Depuis des siècles nous en plaçons sur des poteaux pour symboliser nos prières. C’est une tradition très importante. Elles claquent dans le vent, ce qui permet d’envoyer continuellement vers Dieu les prières qu’elles contiennent. On en offre aussi aux gens.

– Quel genre de prières contiennent-elles ?

– Nous demandons que l’amour règne dans toute l’humanité.

Je ne fis aucun commentaire.

– Quelle ironie, n’est-ce pas ? La culture du Tibet est entièrement tournée vers la vie spirituelle. Nous sommes sans doute le peuple le plus religieux du monde. Et nous avons été attaqués par le régime le plus athée, celui de la Chine. Ce contraste absolu, chacun peut l’observer. Mais une des deux visions du monde finira par triompher.

Le silence s’installa entre nous. Nous traversâmes une autre petite ville, puis Darchen, l’agglomération la plus proche du mont Kailas, où Yin embaucha deux mécaniciens qu’il connaissait pour réviser à fond notre Jeep. Cela nous permettrait d’éviter tout problème ultérieur. Nous nous installâmes, avec des gens de la région, aussi près de la montagne que nous le pûmes, sans éveiller les soupçons. Je ne pouvais détacher mes yeux des sommets enneigés.

– D’ici, le pic Kailas ressemble à une pyramide, dis-je.

Yin acquiesça.

– Qu’est-ce que cela vous inspire ? Cette montagne a un grand pouvoir.

Tandis que le soleil plongeait derrière l’horizon, nous assistâmes à un spectacle étonnant. Un magnifique coucher de soleil remplissait le ciel à l’ouest ; des écharpes de nuages couleur pêche se superposaient sous nos yeux, tandis que le soleil, sous l’horizon, éclairait encore une face du mont Kailas, conférant à ses pentes enneigées d’étonnantes teintes jaunes et orange.

– Les grands empereurs chinois, m’expliqua Yin, ont toujours franchi des milliers de kilomètres à cheval, ou en chaise à porteurs, pour admirer ce type de panorama au Tibet. On pensait que la première lumière de l’aube et la dernière lueur du soir avaient le pouvoir de rajeunir et permettaient de mieux percevoir des visions.

Je hochai la tête pendant qu’il parlait, incapable de détourner les yeux de la splendide lumière qui m’entourait. Je me sentis effectivement rajeuni et presque apaisé. Devant nous, dans la direction du mont Kailas, s’étendaient des vallonnements et les contreforts peu élevés, baignant dans des strates d’ombres et de reflets marron clair. Ce premier plan offrait un contraste inquiétant avec les sommets plus élevés, encore éclairés par le soleil et qui semblaient luire de l’intérieur. Devant ce paysage irréel, je compris, pour la première fois, pourquoi les Tibétains étaient si attachés à la spiritualité. La lumière de leur terre natale ne pouvait que les conduire à une prise de conscience totale.

Tôt, le lendemain matin, nous reprîmes la route. Cinq heures plus tard, nous atteignions la banlieue d’Ali. Le ciel se couvrait et la température chuta rapidement. Pour éviter la ville, Yin fit plusieurs détours par des routes presque impraticables.

– C’est devenu surtout une zone à prédominance chinoise, m’expliqua Yin, avec ses bars et ses boîtes de strip-tease pour soldats. Nous allons tâcher de la traverser sans que personne ne nous remarque.

Lorsque nous reprîmes de nouveau une route carrossable, nous nous trouvions déjà au nord d’Ali. Soudain, j’aperçus au loin un bâtiment très récent et des camions tout neufs, mais pas âme qui vive sur le terrain qui les entourait.

Yin les vit en même temps que moi et quitta aussitôt la route pour une vieille piste. Il s’arrêta.

– Je ne connaissais pas cette nouvelle installation chinoise, dit-il. Essayez de voir si quelqu’un nous repère lorsque nous passerons à proximité.

À ce moment, le vent se leva et il commença à neiger à gros flocons, ce qui nous aida à rester inaperçus. J’observai très attentivement le bâtiment. La plupart des fenêtres étaient munies d’épais rideaux.

– Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? demandai-je.

– Une station de prospection pétrolière, je suppose. Mais qui peut le savoir ?

– Que nous réserve le temps ?

– Une tempête se prépare. Cela pourrait nous être favorable.

– Vous croyez qu’ils nous recherchent encore par ici, n’est-ce pas, Yin ?

Il me jeta un regard où je lus d’abord de la tristesse puis une colère à peine contenue.

– C’est la ville où mon père a été tué, me dit-il.

– C’est terrible que vous ayez dû y assister.

– Des milliers de Tibétains ont vécu cette expérience, ajouta-t-il en fixant la route devant lui.

Je pouvais sentir sa haine.

– Inutile d’y penser, me conseilla Yin, il nous faut éviter de telles images. Surtout vous. Comme je vous l’ai déjà dit, je serai peut-être incapable de contrôler ma colère. Vous devez gérer ce problème mieux que moi, afin de poursuivre votre route tout seul, s’il le faut.

– Quoi ?

– Écoutez-moi attentivement. Vous devez comprendre exactement où vous en êtes. Vous vous êtes familiarisé avec les trois premières extensions. Vous avez pu élever votre énergie de façon cohérente et régulière, puis créer un champ stable mais, comme moi, il vous arrive encore de retomber dans la peur ou la colère. Je vais vous donner encore quelques indications sur la façon d’ancrer la circulation de votre énergie.

– Que voulez-vous dire par « ancrer » ? demandai-je.

– Apprendre à mieux stabiliser l’écoulement de votre énergie, afin que, en sortant de vous, elle pénètre fortement l’univers, quelle que soit la situation dans laquelle vous vous trouvez. Lorsque vous y parvenez, les trois extensions que vous avez apprises deviennent un schéma mental et un mode de vie constants.

– Est-ce la Quatrième Extension ? demandai-je.

– Oui, du moins ses prémices. Je vais maintenant vous révéler les dernières données dont nous disposons à propos des extensions. Le reste, seuls ceux qui vivent à Shambhala le connaissent clairement.

« En principe, les extensions fonctionnent de la façon suivante : votre énergie de prière provient de votre connexion intérieure avec le divin, elle s’écoule hors de vous, provoque la synchronicité attendue et élève l’énergie de toute personne dont elle touche le Moi supérieur. Elle optimise ainsi l’évolution mystérieuse de notre vie, ainsi que la prise de conscience et la mise en oeuvre de notre mission individuelle sur cette planète.

« Malheureusement, nous nous heurtons à des obstacles, à des problèmes qui nous plongent dans un état de peur, lequel, comme je vous l’ai dit, provoque le doute et fait s’effondrer notre champ. Pis, cette peur peut induire des images négatives, de mauvaises attentes, susceptibles de créer ce que nous redoutons. Vous devez dorénavant apprendre à ancrer votre énergie spirituelle afin de rester le plus longtemps possible dans le flux positif.

« Le problème avec la peur, continua Yin, c’est qu’elle peut se montrer très subtile et s’infiltrer très vite en nous. Une image de peur concerne toujours un événement que nous redoutons. Nous craignons d’échouer, d’être maladroits ou d’embarrasser notre famille, de perdre notre liberté ou quelqu’un que nous aimons, voire de perdre notre vie. De plus, lorsque nous commençons à éprouver une telle peur, celle-ci se transforme souvent en colère ; nous utilisons alors ce sentiment pour armer nos forces et résister à toute personne que nous considérons comme une menace.

« Que nous éprouvions de la peur ou de la colère, nous devons comprendre que ces émotions proviennent d’une seule source : les aspects de notre vie auxquels nous voulons nous accrocher.

« Selon les légendes, la peur et la colère émanent de notre crainte de perdre quelque chose. Par conséquent, seul un détachement total peut nous permettre d’éviter ces émotions.

Nous nous trouvions maintenant au nord de la ville. La neige tombait toujours plus dru. Yin s’efforçait de distinguer la route et me jetait de temps en temps un bref coup d’oeil, tout en parlant.

– Prenez notre cas, par exemple, dit-il. Nous recherchons Wil et l’un des portails de Shambhala. D’après les légendes, il ne suffit pas de régler son champ d’énergie en anticipant que les intuitions et les événements adéquats vont nous orienter dans la bonne voie. Nous devons aussi abandonner toute préoccupation quant au résultat final, quel qu’il soit. C’est ce que je voulais dire lorsque je vous ai mis en garde parce que vous étiez trop fixé sur le fait que Jacob s’arrête ou pas. Bouddha nous a enseigné l’importance du détachement. Toutes les religions orientales transmettent et offrent ce message essentiel à l’humanité.

Je connaissais ce concept, mais j’avais du mal à percevoir son intérêt dans notre situation actuelle.

– Yin, protestai-je, comment pouvons-nous nous détacher de tout ? Pour moi, cette idée s’apparente à la théorie de la tour d’ivoire. La vie de Wil dépend peut7être de notre intervention. Comment pouvons-nous être indifférents à une telle éventualité ?

Yin ralentit et se gara sur le bord de la route. La visibilité approchait de zéro.

– Je n’ai pas parlé d’indifférence, continua-t-il. J’ai seulement dit que vous ne deviez pas vous attacher à un résultat particulier, quel qu’il soit. De toute façon, ce que nous obtenons dans la vie est toujours légèrement différent de ce que nous voulons. Être détaché, c’est comprendre qu’il nous faut chercher un motif spirituel dans tout événement, dans toute issue. Nous pouvons toujours trouver un fil d’argent, un sens positif, à partir duquel nous serons à même de construire quelque chose. J’acquiesçai. J’avais découvert ce concept au Pérou.

– Je comprends, dis-je, l’intérêt de cette vision générale des choses, mais une telle perspective n’a-t-elle pas des limites ? Et si nous sommes à la veille d’être tués ou torturés ? Dans de telles circonstances, il est difficile de se sentir détaché ou de voir une lueur d’espoir.

Yin me dévisagea.

– Et si les gens étaient toujours victimes parce qu’ils n’ont pas été suffisamment détachés durant le processus qui les a amenés à une situation aussi critique ? D’après nos légendes, si nous apprenons le détachement, notre énergie peut rester à un niveau assez élevé pour nous permettre d’éviter des événements aussi négatifs. À condition que nous puissions rester forts, anticiper toujours le positif – que l’issue finale corresponde ou pas à ce que nous voulions, alors des miracles commenceront à se produire. Son explication me semblait absurde.

– Vous croyez donc que toutes les choses négatives qui nous arrivent se produisent parce que nous avons manqué une possibilité synchronistique de les éviter ?

Il me regarda en souriant.

– Oui, c’est exactement cela.

– Mais c’est horrible ! Alors, une personne qui a une maladie mortelle doit penser qu’elle est malade par sa faute, parce qu’elle n’a pas su saisir l’occasion de se guérir ?

– Non, il ne faut pas penser en termes de faute. Chacun fait de son mieux. Mais nous devons accepter cette vérité, si nous voulons atteindre les niveaux supérieurs de l’énergie de prière. Notre champ doit rester aussi inébranlable que possible. Pour cela, notre foi vigoureuse doit nous aider à croire que de tels problèmes nous seront épargnés.

« Parfois, nous raterons une opportunité, continua-t-il. Notre savoir est incomplet. Quelqu’un peut mourir ou subir la torture parce qu’une information importante lui a fait défaut. Mais, en vérité, si nous disposions aujourd’hui de toutes les connaissances que posséderont un jour les hommes, nous parviendrions toujours à éviter les situations dangereuses. Si nous admettons que c’est déjà le cas maintenant, nous atteignons notre pouvoir maximal. De cette façon, nous pouvons rester détachés, faire preuve d’une flexibilité totale et construire un puissant champ d’attentes.

Le puzzle commençait à prendre forme, à avoir un sens. Selon Yin, nous devions présumer que le processus synchronistique nous protégerait toujours, que nous saurions à l’avance quelles décisions prendre. Maîtriser cette capacité faisait partie de notre destin. Si nous en étions persuadés, cela deviendrait tôt ou tard une réalité pour l’ensemble des êtres humains.

– Tous les grands mystiques, poursuivit Yin, affirment qu’il est essentiel d’agir avec une foi totale. Dans la Bible, l’apôtre Jean décrit le résultat de ce genre d’attitude. On le place dans une cuve d’huile bouillante dont il sort indemne. D’autres furent jetés dans la fosse aux lions et ne furent ni blessés ni tués. S’agit-il seulement de mythes ?

– Mais quel genre de foi devons-nous posséder pour atteindre une telle invulnérabilité ? demandai-je.

– Il nous faut atteindre un niveau approchant celui des habitants de Shambhala, répondit Yin. Tous les éléments du puzzle s’emboîtent, maintenant, ne voyez-vous pas ? Si notre attente actuelle de prière est suffisamment forte, nous anticipons que la synchronicité se développe, tout en envoyant de l’énergie aux autres, de telle sorte qu’ils puissent eux aussi attendre la synchronicité. Le niveau général d’énergie monte de plus en plus. Et, pendant ce temps, les dakini…

Il détourna rapidement les yeux, apparemment effrayé d’avoir de nouveau mentionné le nom de ces créatures.

– Et qu’en est-il de ces fameux dakini ? demandai-je.

Mon compagnon demeura silencieux.

– Yin, insistai-je, vous devez m’éclairer. Quel est leur rôle dans tout cela ?

Il finit par inspirer longuement avant de préciser :

– Je vous explique seulement ce que je sais. Selon les légendes, seuls ceux qui vivent à Shambhala sont vraiment capables de comprendre les dakini. Nous devons être très prudents. Je ne puis vous en dire plus.

– Bon, il faudra donc que nous le découvrions plus tard, quand nous atteindrons Shambhala, n’est-ce pas ? m’exclamai-je avec colère.

– J’ai vécu trop d’expériences négatives avec les soldats chinois, constata tristement Yin. Et vous savez que ma haine, ma colère minent mon énergie. Si je m’aperçois que je deviens un frein pour vous, je vous quitterai et vous devrez continuer tout seul.

Je le dévisageai, ne tenant aucunement à évoquer cette éventualité.

– Souvenez-vous de ce que je vous ai dit sur le détachement, poursuivit-il. En cas de danger, vous serez toujours aidé, orienté, vous devez en être intimement persuadé.

Il marqua une pause, redémarra et nous poursuivîmes notre chemin sur la route balayée par la neige.

– Je suis prêt à parier que votre foi sera bientôt mise à l’épreuve, conclut-il.

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