Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – Le Secret de Shambhala – 7 : L’entrée dans Shambhala.

James Redfield – Le Secret de Shambhala – 7 : L’entrée dans Shambhala.

Je sentis que quelqu’un me touchait. Des mains humaines m’enveloppaient dans un drap et me transportaient je ne sais où. Presque euphorique, j’avais l’impression d’être en sécurité. Au bout d’un moment, l’odeur d’un parfum très suave que j’avais déjà respiré monta vers moi, mais maintenant il m’envahissait entièrement, remplissait ma conscience.

– Essayez d’ouvrir les yeux, me conseilla une voix de femme.

En tentant de me concentrer, je réussis à distinguer une silhouette très grande, haute de presque deux mètres. Elle me tendait un bol, tout près de mon visage.

– Allez, m’encouragea-t-elle. Buvez.

J’ouvris la bouche et goûtai une délicieuse soupe chaude contenant des tomates, des oignons et une sorte de brocolis sucrés. Tandis que je me délectais de ce potage, je me rendis compte que ma perception des saveurs s’était aiguisée. Je pouvais distinguer nettement le goût de chacun des légumes. Je bus presque tout le bol. Mon esprit s’éclaircit rapidement et je pus de nouveau mieux observer ce qui m’entourait.

Je me trouvais dans une maison, ou du moins cela y ressemblait. La température était agréable et j’étais étendu sur un canapé orné d’un tissu bleu-vert. Des dalles de pierre beige clair recouvraient le sol et partout des plantes s’épanouissaient dans des pots de céramique. Et pourtant, au-dessus de moi, j’apercevais le ciel bleu et les branches de plusieurs gros arbres. Cette drôle de maison ne semblait avoir ni toit ni murs.

– Vous devriez vous sentir mieux maintenant. Mais essayez d’inspirer, me dit la femme dans un anglais impeccable.

Je la regardai, fasciné. Apparemment d’origine asiatique, elle portait une robe de cérémonie tibétaine, colorée et brodée, et des babouches, simples et souples. À en juger par la profondeur de son regard et la sagesse de sa voix, elle devait avoir une quarantaine d’années, mais son corps et ses mouvements me semblaient plus juvéniles. Bien que chacun des éléments de sa morphologie fût exceptionnellement grand, l’ensemble présentait d’admirables proportions et était beau à regarder.

– Inspirez lentement, répéta-t-elle. Vous savez comment faire, sinon vous ne seriez pas arrivé jusqu’ici.

Je compris alors ce qu’elle voulait dire, et commençai à inspirer la beauté de tout ce qui m’entourait, visualisant que l’énergie pénétrait en moi.

– Où suis-je ? demandai-je. À Shambhala ?

Elle m’approuva en souriant. La beauté de son visage, devenu légèrement lumineux, me stupéfia.

– Presque, répondit-elle. Ici, ce sont les cercles périphériques de Shambhala. Les temples sacrés se trouvent plus au nord.

Elle s’appelait Ani et je me présentai également.

Tout en m’observant, elle me demanda de lui raconter comment j’étais arrivé jusque-là.

Sur un mode assez décousu, je lui narrai toute mon histoire, à commencer par ma conversation avec Natalie puis avec Wil, les révélations, mon voyage au Tibet, la façon dont j’avais rencontré Yin et Lama Rigden, ce que je savais des légendes et l’épisode du monastère en ruine qui m’avait fait trouver le portail. Je mentionnai même les circonstances où j’avais perçu des lueurs surnaturelles, apparemment l’oeuvre des dakini.

– Comprenez-vous pourquoi vous êtes ici ? me demanda-t-elle.

Je la regardai pendant un moment.

– Wil a insisté pour que je vienne. Il croyait qu’il était important de trouver Shambhala. On m’a dit que vous détenez certaines connaissances importantes pour l’humanité.

Elle acquiesça, puis détourna les yeux afin de réfléchir. Je me sentais de nouveau faible mais lui posai une question :

– Comment avez-vous appris à parler l’anglais aussi parfaitement ?

Elle sourit.

– À Shambhala, nous connaissons beaucoup de langues.

– Avez-vous rencontré Wilson James ?

– Non, dit-elle, mais le portail permet de pénétrer dans les cercles périphériques à d’autres endroits. Peut-être votre ami se trouve-t-il quelque part dans la région. Je pense que vous devez encore vous reposer. (Elle se dirigea vers les pots de fleurs et rapprocha une plante de mon lit.) Essayez d’absorber un peu de son énergie. Réglez votre champ en formulant l’intention qu’elle pénètre en vous, puis rendormez-vous.

Suivant ses instructions, je fermai les yeux et glissai rapidement dans le sommeil.

Un peu plus tard, une sorte de bruissement me réveilla. Ani se tenait debout devant moi. Elle s’assit sur le bord du canapé.

– Qu’était donc ce bruit ?

– Je viens d’entrer dans la maison.

– Vous avez traversé une paroi de verre ?

– Ce n’est pas vraiment du verre. Il s’agit d’un champ d’énergie qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, mais il est incassable. Il n’a pas encore été inventé dans les civilisations extérieures.

– Comment fonctionne-t-il ? Est-il électronique ?

– En partie, mais nous devons agir mentalement pour l’activer.

J’examinai le paysage qui entourait la maison. J’aperçus d’autres habitations éparpillées sur les collines et les prairies vallonnées, jusqu’au fond de la vallée. Certaines possédaient des murs extérieurs comme ceux de la maison d’Ani. D’autres semblaient construites en bois, dans un style typiquement tibétain. Chacune s’intégrait discrètement dans son environnement naturel.

– De quoi sont faites ces maisons là-bas, celles qui ont une architecture différente ? demandai-je.

– Elles ont toutes été créées par un champ de force, répondit-elle. Les bois et les métaux sont devenus inutiles. Nous fabriquons ce que nous voulons avec les champs d’énergie.

J’étais fasciné.

– Et pour les installations intérieures, l’eau et l’électricité ?

– Nous avons de l’eau, mais elle provient de la vapeur contenue dans l’air. Quant à l’électricité, la puissance des champs d’énergie suffit.

Incrédule, je regardai de nouveau à l’extérieur.

– Dites-m’en plus sur cet endroit. Combien de personnes vivent ici ?

– Des milliers. Shambhala couvre une zone assez étendue.

Intéressé, je posai les pieds par terre pour me lever, mais fus pris de vertige. Ma vision se brouilla.

Elle se leva pour aller prendre un bol de soupe qu’elle me tendit.

– Buvez ceci et inspirez de nouveau la beauté des plantes, me conseilla-t-elle.

Je lui obéis et mon énergie finit par revenir. Au fur et à mesure que j’inspirais, tout s’illuminait et embellissait autour de moi, y compris Ani. Son visage, je l’avais observé à plusieurs occasions avec Wil, était maintenant plus lumineux encore, comme éclairé de l’intérieur.

– Mon Dieu ! m’exclamai-je en regardant autour de moi.

– Il est beaucoup plus facile d’élever son énergie ici que dans les civilisations extérieures, commenta-t-elle. Chacun donne de l’énergie aux autres, installant ainsi un champ favorable à un niveau culturel plus élevé.

Elle insista sur l’expression « niveau culturel plus élevé », comme si ces mots avaient une grande signification.

Je ne parvins pas à détacher les yeux de ce qui m’entourait. Chaque forme semblait luire de l’intérieur, des plantes aux couleurs des dalles, en passant par les luxuriants arbres verts que j’apercevais au-dehors.

– Tout cela me paraît incroyable, balbutiai-je. J’ai l’impression d’être dans un film de science-fiction.

Elle me regarda gravement.

– Une bonne partie de la science-fiction est prophétique. Ce que vous voyez est simplement le résultat du progrès. Nous sommes des êtres humains comme vous ; nous évoluons exactement comme vous finirez par évoluer dans les civilisations extérieures, si vous ne vous sabotez pas vous-mêmes.

À ce moment, un garçon d’environ quatorze ans entra en courant dans la pièce. Il me salua poliment d’un signe de tête, puis dit à Ani :

– Pema a encore appelé.

Elle se tourna vers moi.

– Oui, j’ai entendu. Peux-tu aller chercher nos manteaux et en trouver un pour notre invité ?

Je n’arrivais pas à détacher mon regard de cet adolescent. Malgré son apparence juvénile, son comportement était celui d’un adulte. J’avais l’impression de le connaître. Il me rappelait quelqu’un, mais je n’arrivais pas à mettre un nom sur son visage.

– Voulez-vous nous accompagner ? me demanda Ani, interrompant ma réflexion. Il est important que vous voyiez cela, je pense.

– Où allons-nous ? demandai-je.

– Chez une voisine. Vérifier quelque chose. Elle croit être enceinte depuis quelques jours et veut que je l’examine.

– Êtes-vous médecin ?

– Nous n’avons pas vraiment de médecins ici, car les maladies que vous subissez ont disparu. Nous avons appris à conserver notre énergie au-dessus de ce niveau. J’aide les gens à se surveiller eux-mêmes, à accroître leur énergie et à la maintenir à un niveau élevé.

– Pourquoi est-ce important que je le voie ?

– Parce que vous vous trouvez ici en ce moment. (Elle me jeta un regard qui me transperça.) Vous devez comprendre le processus de la synchronicité.

Le jeune garçon réapparut et Ani me le présenta. Il s’appelait Tashi. Le manteau qu’il me tendit était d’un bleu éclatant et ressemblait à une parka ordinaire, les coutures mises à part. En fait, il n’y avait pas de coutures. Les pans du tissu paraissaient avoir été simplement pressés les uns contre les autres. Mais une chose m’étonna encore davantage : ce manteau ne pesait presque rien, bien qu’il semblât être en coton.

– De quoi ces vêtements sont-ils faits ? demandai-je-

– Ce sont des champs de force, me dit Ani, tandis qu’elle et l’adolescent traversaient le mur dans un bruissement.

Lorsque j’essayai de les suivre, j’eus l’impression de me heurter à une sorte de Plexiglas rigide. Dehors, le jeune garçon se mit à rire.

Tout sourires, Ani rentra dans la maison, produisant un autre bruissement.

– J’aurais dû vous expliquer la procédure, me dit-elle. Excusez-moi. Vous devez visualiser que le champ de force s’ouvre pour vous. Essayez.

Je lui lançai un regard sceptique.

– Imaginez mentalement qu’il s’ouvre et traversez.

Je suivis ses instructions et commençai à marcher vers le mur. Je pus effectivement voir le champ s’ouvrir. Cela ressemblait à une distorsion dans l’espace, un peu comme les ondes de chaleur que l’on aperçoit sur une route embrasée de soleil. Avec un bruissement, je sortis et me retrouvai sur le chemin devant la maison. Ani me suivit.

Où suis-je donc ? m’interrogeai-je, stupéfait.

Tashi nous précéda le long d’un sentier qui serpentait doucement vers le bas de la montagne. En me retournant, je vis que la demeure d’Ani était presque totalement dissimulée par les arbres, puis quelque chose d’autre attira mon attention. Près de la maison, j’aperçus une espèce de boîte noire carrée, d’aspect métallique, de la taille d’une grande valise.

– De quoi s’agit-il ?

– C’est notre unité de puissance, répondit-elle. Elle nous aide à nous chauffer ou à rafraîchir la maison et règle les champs de force.

J’étais complètement désarçonné.

– Comment vous « aide »-t-elle ?

Ani marchait devant moi tandis que nous continuions à descendre la pente. Elle ralentit son allure et je pus la rattraper.

– L’unité de puissance n’engendre rien par elle-même. Elle ne fait qu’amplifier le champ de prière et l’amener à un niveau supérieur, de façon que nous créions directement ce dont nous avons besoin.

Je lui lançai un regard interrogateur.

– Pourquoi cette idée vous semble-t-elle bizarre ? s’enquit Ani en souriant. Je vous l’ai dit : ce n’est que le résultat du progrès.

– Je ne sais pas. Pendant tout le temps que j’essayais d’atteindre Shambhala, je n’ai guère réfléchi à ce que j’allais découvrir ici. Je pensais probablement tomber sur un groupe de lamas très pieux, en pleine méditation. Mais vous avez construit une civilisation qui a sa propre technologie. C’est fantastique…

– Ce n’est pas cela qui compte, mais la façon dont nous l’avons utilisée pour aider à augmenter notre pouvoir mental.

– Que voulez-vous dire ?

– Tout cela n’est pas aussi étrange que vous le pensez. Nous avons seulement réfléchi aux leçons de l’histoire. Si vous étudiez attentivement l’évolution de l’humanité, vous constaterez que la technique n’a toujours fait que réaliser ce que l’esprit humain aurait pu créer à lui tout seul.

« Réfléchissez à cet aspect de la question. À travers l’histoire, les hommes ont inventé des techniques pour accroître leur capacité à agir et augmenter leur confort sur terre. Au départ, nous n’avions que des pots pour conserver nos aliments et des outils pour labourer la terre ; puis nous avons construit des maisons et des bâtiments de plus en plus perfectionnés. À cette fin, nous avons creusé le sol pour en extraire minerais et minéraux, puis nous les avons façonnés à l’image de ce que visualisait notre esprit. Nous avons voulu voyager plus efficacement, alors nous avons inventé la roue, puis différents types de véhicules. Nous avons désiré voler, aussi avons-nous construit des avions pour traverser le ciel.

« Nous avons souhaité communiquer plus rapidement, sur de grandes distances, à n’importe quel moment ; nous avons donc inventé les câbles et les télégraphes, les téléphones, les transistors et la télévision, pour nous permettre de voir et d’apprendre ce qui se passait ailleurs.

Elle me jeta un regard interrogateur.

– Vous voyez où je veux en venir ? Nous avons inventé la technologie parce que nous désirions atteindre différents lieux et communiquer avec davantage de gens. Nous savions, dans notre coeur, que nous étions capables d’y arriver. La technique n’a toujours été qu’un marchepied vers la réalisation de ce que nous pouvons faire nous-mêmes, ce que nous savons être notre apanage dès la naissance. Son véritable rôle, de tout temps, a consisté à nous aider à accroître la conviction que nous sommes en mesure de faire toutes ces choses nous-mêmes, en utilisant notre pouvoir intérieur.

« Aux premiers jours de Shambhala, nous avons donc cherché à ce que la technique serve consciemment le développement de l’esprit humain. Nous nous sommes rendu compte du véritable potentiel de nos champs de prière et avons commencé à remodeler notre technologie pour qu’elle en accroisse seulement l’étendue. Ici, dans les cercles périphériques, nous utilisons encore les dispositifs d’amplification, mais nous serons très bientôt capables de nous en passer. Alors nous nous servirons uniquement de nos champs de prière pour créer tout ce dont avons besoin ou que nous voulons faire. Ceux qui vivent dans les temples y arrivent déjà.

Je voulais lui poser des questions mais, à un détour du chemin, j’aperçus un large ruisseau qui coulait, à notre droite, jusqu’en bas de la vallée. L’eau qui dévalait la pente faisait entendre un sourd grondement.

– Quel est ce bruit ? demandai-je.

– Il y a une cascade, là-haut, répondit-elle. Sentez-vous que vous avez besoin de la voir ?

Je ne comprenais pas sa question.

– Vous voulez dire intuitivement ?

– Bien sûr, intuitivement, répondit-elle en souriant. Nous vivons en suivant nos intuitions.

Tashi, qui marchait devant nous, s’arrêta et se retourna.

– Tu pourrais aller annoncer notre arrivée à Pema ? lui dit-elle.

Il sourit et partit en courant.

Nous grimpâmes une pente rocheuse à notre droite puis dûmes nous faufiler entre quelques petits arbres touffus pour atteindre le bord de l’eau. La rivière, assez large, s’écoulait rapidement. À travers de grosses branches à notre gauche, je vis que l’eau se déversait sur un rocher. Ani me fit signe de la suivre. Nous marchâmes le long de la berge et descendîmes plusieurs paliers de rochers jusqu’au moment où nous arrivâmes en haut de la cascade qui plongeait d’une quinzaine de mètres vers un bassin.

Un mouvement attira mon attention. Je me rapprochai pour regarder en bas. À ma grande surprise, à travers le brouillard et le nuage de gouttelettes qui se formaient au-dessus du bassin, j’aperçus un homme et une femme marchant l’un vers l’autre. Chacun d’eux était entouré par une douce lumière d’un blanc rosâtre. Bien que cette lumière ne brillât guère, elle était remarquablement dense, surtout autour des épaules et des hanches. Je m’efforçai de mieux distinguer l’apparence de ces deux personnes et, quand j’y parvins, je me rendis compte qu’elles étaient complètement nues.

– Alors, c’est donc pour voir cela que vous m’avez amenée ici ? me demanda Ani d’un air amusé.

Je n’arrivais pas à détacher mes yeux de la scène. Je savais que j’étais en train d’observer les champs d’énergie d’un homme et d’une femme. Tandis qu’ils s’approchaient l’un de l’autre, leurs champs fusionnèrent jusqu’au moment où ils s’enlacèrent. Puis je vis une autre lumière se former, plus lentement encore, au centre du corps de la femme. Au bout de quelques minutes, les deux amants se séparèrent et elle passa la main sur son ventre. La lumière brilla davantage, puis ils s’étreignirent de nouveau. Ils semblaient se parler mais le bruit de la cascade m’empêchait d’entendre leur conversation. Tout à coup, le couple disparut.

Gêné, je me rendis soudain compte que je venais de les épier pendant qu’ils faisaient l’amour.

– Qui sont ces gens ? demandai-je.

– Je ne les ai pas reconnus, répondit Ani. Mais ils vivent certainement dans le coin, quelque part.

– J’ai eu l’impression qu’ils concevaient un enfant, dis-je. Pensez-vous qu’ils en avaient l’intention ?

Elle gloussa.

– Nous ne sommes pas dans les civilisations extérieures ici. Bien sûr qu’ils voulaient concevoir un bébé ! À ces niveaux d’énergie et d’intuition, le fait d’amener une âme sur terre est un processus tout à fait délibéré.

– Comment ont-ils fait pour disparaître aussi vite ?

– Ils sont venus jusqu’à ce bassin en se projetant mentalement dans un champ de voyage. C’est le dispositif d’amplification qui nous permet de le faire. Le champ électromagnétique qui transmet les images de la télévision peut aussi servir à relier deux espaces entre eux : celui où nous sommes et celui où nous souhaitons aller, même s’il est très éloigné. Lorsque nous utilisons cette méthode, nous pouvons soit observer une scène qui se passe n’importe où, soit nous rendre dans un autre endroit, en utilisant notre champ de prière amplifié. Dans les civilisations extérieures, les théoriciens du « trou de ver[1] » travaillent déjà aujourd’hui sur de telles hypothèses, mais ils ne sont pas encore pleinement conscients des résultats qu’ils obtiendront.

Je la regardai en essayant d’assimiler cette nouvelle information.

– Vous avez l’air un peu dépassé par les événements, remarqua-t-elle.

J’acquiesçai en souriant.

– Venez avec moi, je vais vous montrer comment cela se passe chez Pema.

La maison ressemblait à celle d’Ani, mais elle était encastrée dans le flanc d’une colline et son intérieur était meublé différemment. À l’extérieur, je remarquai une boîte noire identique à celle que j’avais vue auparavant, et nous traversâmes le champ de force de la même façon. Nous fûmes accueillis par Tashi et une femme, qui se présenta.

Plus grande qu’Ani et plus mince, Pema avait de longs cheveux d’un noir de jais. Vêtue d’une ample robe blanche très simple, elle souriait, mais je me rendis compte que quelque chose n’allait pas. Pema demanda à s’entretenir seule avec Ani, et les deux femmes se dirigèrent vers une autre pièce, pendant que Tashi et moi restions dans le living-room.

J’allais lui demander quel était le problème quand je sentis de l’électricité dans l’air, derrière moi. Je vis l’onde de distorsion s’ouvrir comme celle du champ de force autour de la maison d’Ani, mais cette fois cela se produisit au milieu de la pièce. Je clignai des yeux, essayant de comprendre le phénomène. Tandis que je me concentrais, je vis un champ apparaître dans cette distorsion, comme s’il y avait une petite fenêtre devant moi. À ma grande surprise, un homme pénétra dans la pièce à travers cette ouverture.

Tashi se leva et nous présenta. L’homme s’appelait Dorjee. Il s’inclina poliment et demanda où se trouvait Pema. L’adolescent pointa le doigt vers la chambre.

– Que s’est-il passé ? dis-je à Tashi. Il me regarda en souriant.

– Le mari de Pema vient d’arriver de sa ferme. Dans les civilisations extérieures, personne n’est-il capable d’en faire autant ?

Je lui parlai brièvement des rumeurs et des mythes concernant des yogis qui pouvaient se projeter dans des lieux éloignés.

– Mais je n’ai jamais vu quelqu’un le faire, ajoutai-je, essayant de recouvrer mon sang-froid. Comment procédez-vous exactement ?

– Nous visualisons l’endroit où nous voulons aller, grâce à l’amplificateur qui nous aide à ouvrir une fenêtre, juste devant nous, pour pénétrer dans ce lieu. Cela crée également une ouverture dans l’autre direction quand nous désirons revenir à notre point de départ. C’est pourquoi nous avons pu voir où il se trouvait avant qu’il ne traverse l’espace.

– Et la boîte noire, dehors, sert d’amplificateur ?

– Exactement.

– Et vous pouvez tous le faire ?

– Oui, et nous sommes censés y parvenir un jour sans l’amplificateur.

Il se tut et me regarda fixement, avant de me demander :

– J’aimerais que vous me parliez de la civilisation dont vous venez, dans le monde extérieur.

Avant que j’aie pu lui répondre, nous entendîmes quelqu’un dire dans l’autre pièce :

– Cela s’est de nouveau produit. Tashi et moi échangeâmes un regard.

Peu après, Ani, Pema et son mari sortirent de la chambre et s’assirent à côté de nous.

– J’étais tellement sûre d’être enceinte, déclara Pema. Je pouvais voir l’énergie, je l’ai même sentie pendant un moment, puis, au bout de quelques minutes, elle a disparu. C’est peut-être dû à la transition.

Fasciné, Tashi la regardait intensément.

– Que s’est-il passé, d’après vous ? demandai-je.

– Nous avons l’intuition qu’il s’agit d’un phénomène de conception parallèle. L’embryon est sans doute allé dans le ventre d’une autre mère.

Dorjee et Pema échangèrent un long regard.

– Nous recommencerons, affirma Dorjee. Cela n’arrive presque jamais deux fois de suite dans la même famille.

– Il faut que nous partions, déclara Ani en se levant, et elle embrassa ses deux amis.

Tashi et moi la suivîmes et traversâmes le champ de force.

J’étais encore sous le choc. Par certains côtés, cette civilisation ressemblait à la nôtre ; par d’autres, elle paraissait totalement irréelle. J’essayais d’y réfléchir, tandis qu’Ani nous conduisait vers un superbe promontoire, à une dizaine de mètres de là, qui dominait la vallée verdoyante au-dessous de nous.

– Comment cette région du Tibet peut-elle bénéficier d’un climat aussi tempéré ? demandai-je impulsivement.

Ani me sourit.

– Nos champs contrôlent la température. De plus, nous sommes invisibles aux yeux de ceux qui ont moins d’énergie. Mais, d’après les légendes, cela commencera à changer lorsque la transition sera proche.

Je sursautai.

– Que savez-vous des légendes ? demandai-je.

– Elles sont toutes nées ici, ainsi que de nombreuses prophéties au cours des siècles. Nous contribuons à la diffusion d’informations spirituelles dans les civilisations extérieures. Nous avions prévu également qu’un jour vous finiriez par nous trouver.

– Moi personnellement ? m’étonnai-je.

– Non, n’importe quelle personne vivant dans ces civilisations extérieures. Nous savions que plus vous élèveriez globalement votre niveau d’énergie et de conscience, plus vous commenceriez à prendre Shambhala au sérieux ; dès lors, certains d’entre vous seraient capables d’arriver jusqu’ici. C’est ce que nous enseignent les légendes. Quand viendra le temps de la mutation de Shambhala, de la transition, apparaîtront des individus provenant des civilisations extérieures. Et pas seulement des adeptes orientaux qui, périodiquement, ont toujours réussi à nous retrouver, mais aussi des Occidentaux qui seront aidés pour venir jusqu’ici.

– Vous avez parlé d’une transition. De quoi s’agit-il ?

– Selon les légendes, un jour, les civilisations extérieures commenceront à comprendre toutes les étapes nécessaires pour étendre le champ de prière de l’humanité, c’est-à-dire comment se connecter à l’énergie divine et la laisser s’écouler en soi et hors de soi avec amour ; comment régler son champ pour déclencher le processus synchronistique et accroître l’énergie des autres ; et enfin comment ancrer ce champ puissant tout en restant détaché. À ce moment-là, ce que nous faisons ici à Shambhala sera connu de tous.

– Vous faites allusion aux autres éléments de la Quatrième Extension ?

Elle me jeta un regard malicieux.

– Oui, après tout, c’est ce que vous êtes venu apprendre ici.

– Pouvez-vous me donner quelques détails ?

– Il ne faut pas que vous sautiez les étapes. Prenez d’abord pleinement conscience de la direction que suit l’évolution de l’humanité. Pas de façon intellectuelle, mais avec vos yeux et vos sentiments. Shambhala est le modèle du futur.

Je la regardai avec approbation.

– Il est temps que le monde apprenne ce dont les êtres humains sont capables, où l’évolution nous conduit. Une fois que vous l’aurez bien compris, vous serez en mesure d’étendre davantage votre champ, de devenir encore plus fort.

« Néanmoins, je ne possède pas toutes les informations concernant la Quatrième Extension. Je pourrai vous aider à franchir certaines étapes, mais ceux qui vivent dans les temples en savent bien plus que moi.

– Que représentent les temples ?

– Le coeur de Shambhala. Le lieu mystique que vous avez imaginé. L’endroit où s’effectue notre véritable travail.

– Où se trouvent-ils ?

Elle me désigna une étrange chaîne de montagnes disposées en cercle, au nord de la vallée, dans le lointain.

– De l’autre côté de ces sommets, répondit-elle. Pendant que nous parlions, Tashi avait écouté en silence chaque mot de notre conversation. Ani le regarda et lui passa la main dans les cheveux.

– J’avais l’intuition que Tashi serait appelé à travailler dans les temples… mais il semble davantage intéressé par la vie dans votre monde.

Je m’éveillai brutalement d’un rêve, en sueur. Je marchais dans la zone des temples en compagnie de Tashi et de quelqu’un d’autre. J’étais sur le point de comprendre la Quatrième Extension. Nous nous trouvions au milieu d’un dédale de constructions en pierre. La plupart d’entre elles étaient d’une teinte bronze sable, mais au loin j’apercevais un lieu de culte bleuâtre devant lequel se tenait un homme portant un habit tibétain de cérémonie très voyant. Soudain, le colonel Chang apparaissait et je commençais à courir. Il me poursuivait à travers les temples qui s’écroulaient au fur et à mesure. Son action m’inspirait de la haine.

Je m’assis sur mon lit. Essayant de me concentrer, j’avais oublié comment nous étions revenus chez Ani. Je me trouvais maintenant dans une chambre et le soleil se levait. Installé dans un grand fauteuil en face de moi, Tashi me regardait fixement.

J’inspirai longuement pour tenter de me rasséréner.

– Que vous arrive-t-il ? demanda-t-il.

– Juste un cauchemar, répondis-je.

– Pouvez-vous me parler des civilisations extérieures ?

– Pourquoi ne vous y rendez-vous pas en passant à travers une fenêtre, un trou de ver, ou un truc dans ce genre ?

– C’est impossible, même pour ceux qui travaillent dans les temples. Ma grand-mère a eu l’intuition que cela pouvait se faire, mais personne n’y a jamais réussi jusqu’ici, sans doute à cause de la différence d’énergie entre les deux mondes. Les personnes qui vivent dans la zone des temples voient ce qui se passe dans les civilisations extérieures, mais cela s’arrête là.

– Votre mère a l’air de connaître beaucoup de choses sur le monde extérieur.

– Nos informations proviennent de ceux qui vivent dans les temples. Ils reviennent souvent ici, surtout quand ils sentent que quelqu’un est prêt à les rejoindre.

– Que voulez-vous dire ?

– La plupart d’entre nous aspirent à occuper une place dans les temples. Cela représente pour nous le plus grand des honneurs et une possibilité d’influencer les civilisations extérieures.

Tandis qu’il me parlait, sa voix et sa maturité me rappelèrent quelqu’un que j’avais connu bien des années auparavant. Il avait la taille d’un adulte, mais son visage d’adolescent me déconcertait.

– Et toi, demandai-je, tu veux aller vivre dans la zone des temples ?

Il sourit et regarda vers l’autre pièce, comme s’il ne souhaitait pas que sa mère l’entende.

– Non, je n’arrête pas de réfléchir à une façon de visiter les civilisations extérieures. Pourriez-vous m’en parler un peu ?

Pendant une heure, je lui expliquai tout ce que je savais sur la situation actuelle de notre monde : le mode de vie, l’alimentation, les luttes entreprises par de nombreux pays pour instaurer la démocratie, l’influence corruptrice de l’argent sur les gouvernements, les problèmes écologiques. Loin d’être déçu ou effrayé, il enregistra tous ces faits avec un vif intérêt.

Lorsque Ani entra dans la pièce, elle marqua un temps d’hésitation car elle avait senti qu’elle interrompait une conversation importante. Aucun d’entre nous ne prononça un mot, et je m’effondrai de nouveau sur l’oreiller.

– Vous devez absorber davantage d’énergie, remarqua-t-elle après m’avoir observé. Suivez-moi.

Je m’habillai et la retrouvai dans le living-room, puis nous sortîmes et passâmes derrière la maison. Tous les dix mètres, de très grands arbres y étaient plantés, ainsi qu’une herbe sauvage, ressemblant à de la sauge, et des dizaines d’autres plantes qui me firent penser à d’énormes asperges. Elle insista pour que je fasse des exercices physiques, aussi essayai-je de reproduire les mouvements que m’avait enseignés Yin.

– Maintenant asseyez-vous ici, dit-elle lorsque j’eus terminé. Et élevez de nouveau le niveau de votre énergie.

Tandis qu’elle prenait place à côté de moi, je commençai à me concentrer sur la beauté qui m’entourait et à l’inspirer, visualisant que l’énergie pénétrait en moi à partir de l’intérieur. Comme la fois précédente, couleurs et formes commencèrent à se détacher très facilement.

Lorsque je jetai un coup d’oeil à Ani, je vis qu’une expression de profonde sagesse était apparue sur son visage.

– C’est mieux, approuva-t-elle. Vous n’étiez pas encore totalement avec nous hier, lorsque nous sommes allés rendre visite à Pema. Vous souvenez-vous du déroulement des faits ?

– Bien sûr, rétorquai-je. De presque tout.

– Vous rappelez-vous ce qu’elle a dit à propos du moment de la fécondation ?

– Oui.

– Pendant quelques minutes, l’énergie semblait être là, et ensuite elle s’est comme volatilisée.

– Avez-vous une idée de ce qui s’est passé ?

– Personne ne le sait vraiment. Ces disparitions se produisent depuis un certain temps. En fait, elles ont commencé avec moi, il y a quatorze ans. À cette époque, j’étais sûre d’attendre des jumeaux, un garçon et une fille, puis tout à coup l’un d’eux a disparu. J’ai donné le jour à Tashi, mais j’ai toujours eu l’impression que sa soeur vivait quelque part.

« Depuis lors, plusieurs couples ont vécu la même expérience. Ils sont sûrs d’avoir conçu un enfant et, soudain, la femme se rend compte que son utérus est vide. Tous ont réussi à procréer par la suite, mais ils n’ont jamais oublié ce qui leur était arrivé. Ce phénomène se répète régulièrement depuis quatorze ans dans tout Shambhala.

Elle marqua une pause puis continua

– Cela a sans doute un rapport avec la transition, peut-être même avec votre présence ici.

Je détournai les yeux.

– Je l’ignore.

– Avez-vous perçu quelques intuitions ?

Je réfléchis un moment puis me souvins de mon rêve. J’envisageai d’abord de lui en parler mais finalement je m’en abstins, car je n’arrivais pas à en comprendre la signification.

– Non, je n’ai pas vraiment d’intuitions, répondis-je. Seulement des tas de questions.

Elle acquiesça, attendant que je poursuive.

– Comment l’économie fonctionne-t-elle ici ? À quoi les gens occupent-ils leur temps ?

– Nous sommes parvenus à un stade où l’argent ne sert plus à rien, m’expliqua Ani. Nous ne fabriquons ni ne construisons plus rien, comme c’est encore le cas dans les civilisations extérieures. Il y a des dizaines de milliers d’années, nous avons appartenu à des sociétés qui fabriquaient les choses ont nous avions besoin, comme vous aujourd’hui. Mais, je vous l’ai déjà expliqué, nous avons progressivement compris que la véritable finalité de la technologie était de développer nos capacités mentales et spirituelles. Je touchai le doux tissu de ma parka.

– Tout ce que vous possédez est donc produit par l’énergie ?

– Oui.

– Et qu’est-ce qui permet à tout cela de tenir ensemble ?

– Une fois créés, les champs durent tant que l’énergie n’est pas interrompue par une manifestation négative.

– Et qu’en est-il de la nourriture ?

– Nous pourrions la créer de la même façon, mais nous sommes arrivés à la conclusion qu’il vaut mieux la produire de façon naturelle. Les plantes réagissent à notre énergie et nous la rendent. Bien sûr, nous n’avons plus besoin de manger beaucoup pour conserver nos vibrations. La plupart de ceux qui habitent dans la zone des temples ne mangent pas du tout.

– Et l’énergie ? Les amplificateurs fonctionnent-ils à base d’énergie ?

– L’énergie est gratuite. Il y a très longtemps, nous avons découvert un appareil qui fait appel à ce que vous appelleriez de la fusion froide. Cela a créé une énergie pratiquement gratuite pour notre civilisation, nous permettant ainsi de ne plus polluer l’environnement et d’automatiser la production de masse. Progressivement, nous en sommes venus à nous consacrer exclusivement à nos chemins spirituels, aux perceptions synchronistiques, à la découverte de nouvelles vérités sur notre existence et à la façon de diffuser ces informations vers l’extérieur.

Tandis qu’elle parlait, je me rendis compte qu’elle me dépeignait l’avenir de l’humanité tel que le décrivaient la neuvième et la dixième révélation.

– Le développement de nos activités spirituelles ici, à Shambhala, continua-t-elle, nous a permis de comprendre que le but final de l’homme sur cette planète est de mettre en place une civilisation totalement spirituelle. Nous nous sommes aperçus que nous possédions une force formidable à l’intérieur de nous-mêmes et qu’elle pouvait nous aider à accomplir cette tâche. Nous avons découvert les extensions du champ de prière et les avons utilisées pour faire évoluer davantage notre technologie, comme je vous l’ai déjà expliqué, afin de faciliter l’action de ce pouvoir créateur. Aujourd’hui, nous vivons simplement dans la nature ; la seule technologie qui existe encore, ce sont ces appareils qui nous aident à créer mentalement ce dont nous avons besoin.

– Toute cette évolution s’est produite ici, au Tibet ? demandai-je.

– Non, pas du tout, répondit-elle. Shambhala s’est déplacée à de nombreuses reprises.

Pour une raison que j’ignorais, cette dernière phrase me déconcerta et je lui demandai de s’expliquer.

– Oui, bien sûr. Nos légendes sont très anciennes et proviennent de nombreuses sources. Tous les mythes sur l’Atlantide et les légendes hindoues concernant Meru nous ont été légués par de très anciennes civilisations qui ont réellement existé dans le passé, à l’époque lointaine où la culture de Shambhala a commencé à se mettre en place. La mise au point de notre technologie a été l’étape la plus difficile. En effet, pour obtenir que la technique soit totalement au service de notre développement spirituel individuel, chacun de nous doit prendre conscience que la connaissance spirituelle est plus importante que l’argent ou le pouvoir sur autrui.

« Cela prend beaucoup de temps, parce que les individus bloqués par la peur, ceux qui croient avoir personnellement besoin de manipuler le cours de l’évolution avec leur ego, désirent souvent utiliser les progrès techniques de façon négative, pour contrôler les autres. Dans de nombreuses civilisations antérieures, une poignée d’individus dominateurs a essayé de subvertir l’utilisation des appareils d’amplification pour diriger et contrôler les pensées de leurs congénères. Ces tentatives ont maintes fois abouti à des guerres et des destructions de masse : l’humanité a dû chaque fois recommencer à partir de zéro.

« En ce moment même, les civilisations extérieures sont confrontées à ce problème. Certains êtres veulent dominer l’humanité en utilisant des caméras et des satellites de surveillance, des greffes de puces électroniques et des scanners contrôlant les ondes de l’activité électrique cérébrale.

– Et que s’est-il passé avec les découvertes de ces anciennes cultures ? Pourquoi n’en a-t-on pas retrouvé de traces ?

– La dérive des continents et les glaciations ont englouti la plupart de ces vestiges. De plus, lorsqu’une civilisation progresse jusqu’au point où les biens matériels peuvent être créés mentalement, si quelque chose entrave cette évolution, et qu’une vague de négativité abaisse le niveau d’énergie, tout disparaît d’un seul coup.

J’inspirai profondément. L’exposé d’Ani me semblait cohérent, mais en même temps il me troublait énormément. Je pouvais admettre l’hypothèse que la civilisation humaine évoluait vers un avenir spirituel. Mais j’éprouvais des difficultés à être plongé dans une culture ayant déjà atteint ce stade.

Ani se rapprocha de moi.

– Rappelez-vous que ce que nous avons accompli ici, à Shambhala, est le résultat du cours naturel de l’évolution humaine. Nous sommes en avance sur vous mais, parce que nous avons fait ce pas en avant, le chemin sera peut-être plus facile pour vous, dans les civilisations extérieures.

Tandis qu’elle marquait une nouvelle pause, je lui adressai un grand sourire.

– Votre énergie semble bien plus élevée maintenant, remarqua-t-elle.

– Je pense ne m’être jamais senti aussi en forme.

– Comme je vous l’ai déjà dit, c’est le niveau d’énergie qu’entretiennent les habitants de Shambhala. Et il est contagieux. Tous ceux qui vivent ici savent comment capter l’énergie et la projeter vers les autres. Cela a donc un effet démultiplicateur. Chacun absorbe l’énergie de prière qu’il a reçue et la projette de nouveau vers autrui. Comprenez-vous le processus cumulatif ? Toutes les croyances et les attentes des membres d’une civilisation fusionnent pour former un grand champ de prière culturel.

« Le niveau général atteint par chaque culture est presque entièrement déterminé par le niveau de conscience de ses membres sur deux points principaux : l’existence de leurs champs de prière et la façon de les élargir consciemment. Quand les individus apprennent finalement à réaliser les différentes extensions, le niveau d’énergie monte en flèche. Si, dans les civilisations extérieures, chaque personne savait comment attirer de l’énergie en elle-même et la faire rayonner autour d’elle, si l’extension des champs de prière devenait une priorité pour tous, vous pourriez atteindre le niveau que nous avons à Shambhala en un tournemain ! (Claquant des doigts pour souligner ses propos, elle poursuivit 🙂 C’est ce à quoi nous oeuvrons dans les temples. Nous utilisons les extensions de nos champs de prière pour accélérer la prise de conscience dans les civilisations extérieures. Nous nous y consacrons depuis des milliers d’années. Je réfléchis à ses explications, puis lui demandai :

– Pouvez-vous me dire tout ce que vous savez sur la Quatrième Extension ?

Elle resta silencieuse un moment, tout en me fixant gravement.

– Vous savez parfaitement que vous ne devez franchir qu’une seule étape à la fois, répondit-elle. On vous a aidé à venir ici, mais pour ce faire vous avez dû découvrir les trois premières extensions et le début de la quatrième. Il vous faut maintenant réfléchir plus en détail à la façon dont elles fonctionnent exactement.

« Lorsqu’on a réalisé une extension, notre énergie s’étend un peu plus et devient plus puissante. En effet, vous envoyez de l’énergie vers l’extérieur pour susciter des expériences synchronistiques et élever le niveau d’énergie d’autrui. Puis vous ancrez cette énergie avec foi et détachement. Vous mettez ainsi en application le Plan divin. Plus vous agissez et pensez en harmonie avec le divin, plus votre pouvoir augmente. Est-ce clair ? Mais il y a un mécanisme de sécurité intégré, comme vous vous en êtes certainement aperçu. Dieu ne va pas « brancher le courant » en vous, si vous n’êtes pas en syntonie avec le projet universel.

Elle m’effleura l’épaule.

– Dorénavant, vous devez réfléchir au chemin que l’humanité est censée suivre, à la manière dont toute la civilisation humaine doit évoluer. Il est temps que cela se réalise. C’est pourquoi vous et d’autres hommes pouvez finalement découvrir et approcher les mystères de Shambhala. C’est la prochaine étape de la Quatrième Extension. Vous devez parfaitement comprendre l’avenir qui a été fixé pour l’humanité.

« Vous savez déjà comment nous avons maîtrisé la technologie et l’avons mise au service de notre évolution spirituelle intérieure. Cette découverte vous permet d’étendre davantage votre énergie vers l’extérieur, parce que vous pouvez maintenant placer cette attente au centre de votre champ de prière.

« Il est important que vous saisissiez comment cela fonctionne. Vous savez déjà comment projeter un champ de prière devant vous, sur cette terre, et vous savez comment le régler de façon à ce qu’il augmente l’énergie et le flux synchronistique en vous et chez les autres. Mais vous pouvez l’étendre encore un peu plus. Vous devez, bien sûr, visualiser que votre champ élève le niveau d’énergie de ceux qui vous entourent, les incitant ainsi à puiser dans leurs intuitions spirituelles. Cependant, il convient que vous le fassiez en sachant parfaitement où vous conduiront les intuitions spirituelles, les vôtres comme les leurs : vers une civilisation spirituelle idéale comme celle que vous voyez ici à Shambhala. Lorsque vous y parvenez, vous aidez les autres à trouver quel rôle ils doivent jouer dans cette évolution.

J’acquiesçai, avide de nouveaux enseignements.

– N’allez pas trop vite ! m’avertit-elle. Vous n’avez pas encore tout vu, vous ne connaissez pas encore tous les aspects de notre vie ici. Nous avons maîtrisé la technologie, mais nous avons également restructuré notre monde pour le centrer uniquement sur l’évolution spirituelle… sur les mystères de l’existence… sur le processus de la vie lui-même.

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