Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – La Vision des Andes – 3 : Comprendre où nous sommes.

James Redfield – La Vision des Andes – 3 : Comprendre où nous sommes.

Quand nous nous réveillons le matin et regardons par la fenêtre, nous voyons que le monde moderne se prépare à vivre une nouvelle journée. Nos voisins quittent leur maison ou leur immeuble et partent au travail, en voiture ou avec les transports en commun. Au-dessus de notre tête nous entendons passer un avion. Un camion de livraison s’arrête pour approvisionner le supermarché situé au coin de notre rue.

Pour certains, la longue évolution historique qui a précédé ce jour-là, ce moment d’observation, se caractérise surtout par une série de progrès économiques et technologiques. Mais, pour la plupart d’entre nous, l’Histoire revêt une dimension plus psychologique. Comment en sommes-nous arrivés à vivre ainsi ? Comment notre réalité quotidienne a-t-elle été façonnée et formée par ceux qui sont venus avant nous ? Pourquoi croyons-nous ce que nous croyons ?

L’Histoire, bien sûr, fournit le cadre général de notre vie individuelle. Sans elle, nous vivrions seulement dans la réalité superficielle, limitée, héritée de notre enfance. Une compréhension adéquate de l’Histoire nous fait découvrir la profondeur et la substance du monde. Elle nous fournit un cadre de compréhension pour la réalité qui nous entoure, nous permet d’analyser qui nous sommes et nous offre un point de repère pour la direction que nous semblons emprunter.

Remplacer la cosmologie médiévale.

L’histoire de notre vision moderne du monde, principalement occidentale, commence au moins il y a cinq siècles, avec l’effondrement de la conception médiévale du monde. Comme on le sait, l’Église dominait et façonnait la société. Certes, elle avait contribué à sauver la civilisation occidentale d’une désintégration totale après la chute de Rome, mais les ecclésiastiques avaient ainsi acquis un grand pouvoir : se fondant sur leur interprétation de la Bible, ils définirent le sens de la vie dans la chrétienté pendant mille ans.

Il est difficile d’imaginer notre ignorance, au Moyen-Âge, en ce qui concerne les processus physiques de la nature. Nous connaissions très mal les organes du corps ou la biologie de la croissance des plantes. On croyait que les orages provenaient de dieux en colère ou des machinations d’esprits malveillants. La nature et la vie humaine étaient comprises en des termes strictement religieux. Comme Ernest Becker l’explique dans The Structure of Evil[15], la cosmologie médiévale considérait la Terre comme un grand théâtre religieux, situé au centre même de l’univers, et créé pour un seul grand but : sur cette scène, l’humanité gagnerait ou perdrait son salut. Chaque phénomène, les intempéries, la famine, les ravages causés par les maladies et les guerres, était créé uniquement pour mettre notre foi à l’épreuve. Et Satan orchestrait la symphonie de la tentation. Il était là, selon les ecclésiastiques, pour duper notre esprit, saboter notre travail, profiter de nos faiblesses, et ruiner nos espoirs de bonheur éternel.

Ceux qui seraient vraiment sauvés passeraient l’éternité dans une béatitude paradisiaque. Ceux qui échoueraient, qui succomberaient à la tentation, seraient damnés et jetés dans des lacs de feu, à moins bien sûr que l’Église n’intervienne. À cette époque, les croyants, face à une telle réalité, ne pouvaient pas s’adresser directement à Dieu pour obtenir son pardon, ni même déterminer exactement s’ils avaient réussi leur examen spirituel. En effet, les prêtres prétendaient être les seuls gardiens du divin et déployaient tous leurs efforts pour empêcher les masses d’avoir accès aux textes sacrés. S’ils aspiraient à l’éternité, au paradis, les hommes du Moyen-Âge n’avaient pas d’autre choix que de suivre les règles souvent compliquées et capricieuses dictées par les puissants dirigeants de l’Église.

Cette vision du monde s’effondra pour de nombreuses raisons. L’expansion commerciale fit connaître de nouvelles cultures et de nouvelles conceptions qui mirent en cause la cosmologie médiévale. Les excès et les positions extrémistes des ecclésiastiques minèrent la crédibilité même de l’Église. L’invention de la presse à imprimer et la distribution, parmi les populations d’Europe, à la fois de la Bible et des livres écrits sous l’Antiquité fournirent directement des informations aux masses, phénomène qui à son tour aboutit à la révolution protestante[16].

Une nouvelle génération de penseurs, Copernic, Galilée, Kepler, s’attaquèrent au dogme de l’Église sur la structure du système solaire, les lois mathématiques qui régissent l’orbite des planètes, et même la place de l’homme dans l’univers[17]. Progressivement on remit en cause l’idée que la Terre se trouvait au centre de l’univers. Et avec l’apparition de la Renaissance, puis l’époque des Lumières, Dieu fut écarté de plus en plus des préoccupations conscientes quotidiennes.

Angoisse, désorientation.

Il se produisit alors un important tournant historique dans la formation de la conception moderne du monde. La vision médiévale, si pervertie fût-elle, définissait au moins l’ensemble de l’existence. Cette philosophie bénéficiait de l’accord général et englobait l’ensemble des questions. Elle donnait un sens à tous les événements de la vie, y compris les raisons de notre passage sur terre, et les critères exigés pour pénétrer dans une dimension céleste, fort plaisante, après la mort. On expliquait la vie dans toutes ses dimensions.

Quand la cosmologie médiévale commença à s’effondrer, les Occidentaux furent plongés dans une profonde confusion en ce qui concerne le sens spirituel de leur vie. Si l’Église se trompait, qu’ils ne pouvaient pas lui faire confiance, alors quelle était leur situation exacte sur cette terre ?

Ils regardèrent autour d’eux et comprirent que, en fin de compte, ils se trouvaient seuls, sans savoir pourquoi, sur une planète qui évoluait dans l’espace au milieu de milliards d’autres étoiles. Il existait certainement un Dieu, une force de la création, qui les avait placés en ce monde dans un but précis. Mais maintenant ils étaient minés par le doute et l’incertitude, l’angoisse que rien n’ait de sens. Comment trouver le courage de vivre sans avoir une idée claire d’un objectif spirituel ? Au XVIe siècle, la culture occidentale se trouvait dans une phase de transition, l’humanité était coincée dans un no man’s land entre deux visions du monde.

L’apparition de la science.

Les Occidentaux trouvèrent finalement une solution à leur dilemme : la science. Sur le plan philosophique ils étaient peut-être perdus, mais ils pouvaient adopter un système de pensée qui leur permettrait de se retrouver eux-mêmes : une vraie connaissance, libérée des superstitions et des dogmes caractérisant le monde médiéval.

La culture occidentale lança une sorte de gigantesque enquête pour découvrir notre situation réelle sur cette planète et construire un système organisé qui produirait du consensus. La science aurait les pleins pouvoirs et le mandat d’explorer l’inconnu (le vaste monde naturel, rappelez-vous, n’avait même pas encore été classifié, et encore moins expliqué à cette époque), pour découvrir ce qui s’y passait et l’expliquer aux gens.

Enthousiasmés, les Occidentaux crurent que la méthode scientifique réussirait, en fait, à découvrir même la nature réelle de Dieu, du processus de création à l’origine de l’univers. La science allait rassembler les informations nécessaires pour rendre aux hommes la certitude intérieure et le sentiment de comprendre le sens de la vie, sentiments qu’ils avaient perdus avec l’effondrement de la vieille cosmologie.

Mais si certains crurent découvrir rapidement la nature de notre véritable situation humaine, ils durent vite déchanter. Pour commencer, l’Église réussit à contraindre les scientifiques à ne s’intéresser qu’au monde matériel. De nombreux penseurs, comme Galilée, furent emprisonnés ou condamnés à mort par l’Église. Au fur et à mesure que progressait la Renaissance, une trêve instable fut conclue. Sensiblement diminuée mais encore puissante, l’Église réclamait obstinément le droit exclusif de veiller sur la vie mentale et spirituelle des êtres humains. Ce n’est qu’à contrecoeur qu’elle accepta les recherches de la science, et elle insista pour que celles-ci ne s’appliquent qu’à l’univers physique : les étoiles, les orbites des planètes, la Terre, les plantes et le corps humain.

Grâce à cette répartition des compétences, la science se consacra au monde physique et obtint rapidement des résultats. On esquissa les grandes lignes de la réalité physique qui se trouve derrière la matière, de notre histoire géologique, et de la dynamique des conditions météorologiques. Les différents organes du corps furent décrits et classifiés et l’on analysa les opérations chimiques de la vie biologique. La science se mit à explorer en détail le monde extérieur, en prenant soin de ne pas s’interroger sur les implications de ces découvertes pour la religion.

Un univers matérialiste.

Sir Isaac Newton conçut la première représentation scientifique globale du fonctionnement du monde extérieur, en rassemblant les conceptions des premiers astronomes pour construire un modèle stable et prévisible de l’univers. Les théories mathématiques de Newton suggéraient que le monde fonctionnait suivant des lois naturelles immuables, fiables et utilisables dans la pratique.

Descartes avait déjà expliqué que tous les phénomènes de l’univers, la mise en orbite de la Terre et des autres planètes autour du Soleil, la circulation de l’atmosphère tout comme les schémas météorologiques, l’interdépendance entre les espèces animales et végétales, fonctionnaient de concert comme une grande machine cosmique, un ensemble de mécanismes, toujours fiables et insensibles à toute influence mystique[18].

Les théories mathématiques de Newton semblaient prouver cette hypothèse. Et une fois que cette conception holistique fut reconnue en physique, tout le monde crut que les autres disciplines scientifiques n’avaient plus qu’à remplir les cases vides, découvrir les miniprocessus, les leviers et ressorts plus petits qui faisaient marcher la grande horloge. Plus elle progressa, plus la science se spécialisa afin de mieux établir le plan général de l’univers physique. Elle se subdivisa en des disciplines de plus en plus limitées, classifia et expliqua de façon de plus en plus détaillée les éléments du monde qui nous entoure.

Le dualisme cartésien et la physique newtonienne créèrent une conception philosophique qui fut rapidement adoptée comme la vision du monde dominante des temps modernes. Elle promut un scepticisme empiriste, selon lequel toute idée sur l’univers devait être fondée sur des expériences quantitatives indiscutables.

Suivant les travaux de Francis Bacon, l’orientation de la science devint de plus en plus matérialiste et pragmatique et s’éloigna des problèmes fondamentaux de la vie et des objectifs spirituels de l’humanité. Si on les pressait de questions, les savants se référaient à une conception déiste de Dieu, selon laquelle une divinité avait la première mis en mouvement l’univers pour le laisser ensuite opérer de façon totalement mécanique.

La solution des lumières.

Les Lumières marquent un deuxième tournant capital dans la formation de la conception moderne du monde. Les Occidentaux s’étaient tournés vers la science pour découvrir les réponses à leurs questions spirituelles et existentielles fondamentales, mais la science ne s’intéressait plus qu’à la matière. Qui pourrait dire combien de temps il faudrait pour découvrir le sens véritable de la vie humaine ?

Il était évident que les Occidentaux avaient besoin, en attendant, d’une nouvelle bannière à laquelle se rallier et qui donnerait un sens à leur vie, d’une nouvelle conception à laquelle ils s’accrocheraient, et qui surtout occuperait leur esprit. À ce moment, la décision collective sembla être de se concentrer complètement sur le monde matériel, exactement comme la science le faisait. Après tout, la science découvrait une riche moisson de ressources naturelles, il n’y avait plus qu’à s’en emparer. Et nous utiliserions ces ressources pour améliorer notre situation économique, pour rendre plus confortable notre existence sur cette terre. Il nous faudrait peut-être attendre très longtemps pour connaître notre véritable situation spirituelle, mais en attendant nous pouvions rendre notre position matérielle plus sûre. La nouvelle philosophie, bien qu’elle fût temporaire, marquait une étape supérieure du progrès humain, un engagement à améliorer notre vie et celle de nos enfants.

Cette vision du monde eut au moins l’avantage de tranquilliser notre esprit. Le seul poids des tâches qu’il nous restait à accomplir nous occupait pleinement, tout en éloignant notre attention du fait que le vaste mystère de la mort, et donc celui de la vie lui-même, demeurait toujours aussi menaçant et inexpliqué. Un jour, à la fin de notre existence terrestre, nous devrions faire face aux réalités spirituelles, quelles qu’elles fussent. Entre-temps, cependant, nous limitions notre intérêt aux problèmes matériels quotidiens et tentions de faire du progrès lui-même, sur le plan personnel et collectif, l’unique raison de notre courte existence. Et cela devint notre support psychologique au début des temps modernes.

En cette fin du XXe siècle, on distingue aisément les gigantesques résultats de cette attention exclusive portée au progrès matériel. En quelques siècles, nous avons exploré le monde, fondé des nations, et créé un système commercial international impressionnant. De plus, la science a vaincu des maladies, développé de formidables moyens de communication et envoyé des hommes sur la Lune.

Cependant toutes ces réalisations ont eu un coût élevé. Au nom du progrès, nous avons exploité la nature au point presque de la détruire. Et sur le plan personnel, notre obsession de la réussite économique nous a servi à écarter nos angoisses, nos incertitudes. Nous avons ouvert les portes de notre esprit seulement à la vie matérielle et au progrès, n’admettant aucune autre réalité.

La culture occidentale a finalement commencé à se réveiller et à prendre ses distances avec cette attitude au milieu du XXe siècle. Nous nous sommes arrêtés, avons regardé autour de nous et avons commencé à comprendre à quelle étape de l’histoire de l’humanité nous nous trouvions. Ernest Becker a gagné le prix Pulitzer pour son livre The Denial of Death[19], où il montre clairement le mal que le monde moderne s’est fait à lui-même, sur le plan psychologique. Nous nous sommes focalisés sur l’économie, le monde matériel. Si nous avons si longtemps refusé d’envisager l’idée d’une expérience spirituelle profonde, c’est parce que nous voulions oublier le grand mystère de la vie.

C’est, à mon avis, la raison pour laquelle les familles tendent à abandonner aujourd’hui les personnes âgées dans des maisons de retraite. À lui seul, ce fait nous rappelle ce que nous avons évacué de notre conscience. Nous voulions fuir le mystère qui nous terrifiait. Le bon sens nous a longtemps interdit de croire en un univers où la synchronicité et d’autres capacités intuitives joueraient un rôle fondamental. Mus par la peur et le scepticisme pendant des siècles, nous avons rejeté les témoignages des hommes et des femmes qui avaient des intuitions ou observaient des coïncidences mystérieuses, faisaient des rêves prémonitoires, voyageaient hors de leur corps, avaient des perceptions extrasensorielles, des contacts avec les anges, passaient par des NDE (états de mort imminente), etc. Pourtant ces expériences se sont toujours produites et continuent à se produire à l’époque actuelle. Mais en parler ou même admettre la possibilité de leur existence menaçait l’hypothèse à laquelle nous nous accrochions : seul existait le monde matériel.

Vivre dans une perspective à long terme.

Notre perception de la synchronicité dans notre vie reflète en fait une prise de conscience collective. Nous sommes en train de nous détacher d’une conception matérialiste du monde qui a dominé pendant des siècles. Maintenant, quand nous observons la vie moderne avec ses merveilles technologiques, nous voyons ce monde à partir d’une position plus intéressante, plus révélatrice sur le plan psychologique.

À la fin du Moyen-Âge, nous avons perdu notre sentiment de certitude : nous ne savions plus qui nous étions, nous ignorions le sens de notre existence. Alors nous avons inventé une méthode d’investigation scientifique et lui avons demandé de découvrir la vérité sur notre situation. Mais la science s’est morcelée en de multiples disciplines, incapables de nous renvoyer une image d’ensemble cohérente.

Devant cet échec, nous avons écarté notre angoisse en nous intéressant exclusivement à des tâches pratiques, en réduisant notre vie seulement à sa dimension économique. Nous avons fini par être tous obsédés par les aspects pratiques, matériels de l’existence. Des savants ont mis au point une vision du monde qui renforçait cette obsession et pendant des siècles ils se sont perdus eux-mêmes dans cette conception. Cette cosmologie étriquée nous a coûté cher : elle a limité l’expérience humaine et a réprimé nos perceptions spirituelles, refoulement que nous découvrons finalement maintenant.

Quel est notre défi actuel ? Nous devons maintenant garder à l’esprit cette perspective historique, la conserver constamment dans la pratique, car le matérialisme exerce encore une certaine influence et essaie de façon dissimulée de nous ramener à la vieille conception. Rappelons-nous où nous sommes, redécouvrons la vérité des temps modernes, et intégrons-la à chaque moment de notre vie, car ce sentiment global de vitalité nous aidera à nous ouvrir et à nous préparer pour la prochaine étape de notre voyage.

Après avoir revisité notre Histoire avec un regard neuf, il nous faut reconnaître que la science n’a pas complètement manqué à ses engagements envers nous. De plus, une tendance sous-jacente, discrète, a toujours cherché à contourner et à dépasser l’obsession matérialiste. Au début du XXe siècle, un nouveau courant de pensée a façonné une description plus complète de l’univers et de nous-mêmes. Et cette description a finalement fait son chemin dans la conscience de la majorité des gens.

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