Un 3ème œil sur la réalité

James Redfield – La Vision des Andes – 4 : Pénétrer dans un univers qui nous répond.

James Redfield – La Vision des Andes – 4 : Pénétrer dans un univers qui nous répond.

La publication en 1957 de La Structure des révolutions scientifiques[20] marque l’émergence d’une nouvelle vision scientifique de l’humanité et de l’univers. Ce livre de Thomas Kuhn fut le premier à nous alerter sur la façon sélective dont les scientifiques choisissaient l’objet de leur propre recherche et jugeaient le travail de leurs collègues.

Kuhn montra de façon convaincante que la pensée paradigmatique conduisait souvent les savants à exclure certains domaines de recherche, y compris des découvertes qui ne cadraient pas facilement avec les théories ou les constructions mentales dominantes. Qu’est-ce qu’un paradigme ? Un ensemble de croyances sur la réalité qui semblent évidentes et invariables. La pensée paradigmatique peut amener des individus (dans ce cas, des scientifiques) à défendre leur point de vue contre des preuves rationnelles. C’est exactement ce qui se passa avec le paradigme de Newton, objet d’une allégeance aveugle. Kuhn analysa aussi le problème de l’investissement personnel des scientifiques : ceux-ci construisent souvent leur carrière à partir de découvertes particulières, habituellement dans des universités ou des instituts privés, et ils ont ensuite tendance à défendre ces positions théoriques, puisqu’ils les considèrent comme la source de leur statut personnel, contre les nouveaux venus qui défendent des idées nouvelles, même si celles-ci sont objectivement meilleures et plus complètes.

À cause de ce problème, la science progresse souvent très lentement. Chaque génération doit prendre sa retraite avant que la suivante puisse voir ses réalisations acceptées. Kuhn suscita une vaste prise de conscience critique et créa une plus grande ouverture parmi une génération de scientifiques, juste au moment où un nombre important d’hommes et de femmes se rendaient compte qu’un changement majeur de paradigme allait se produire.

Newton pensait que le monde fonctionnait à partir de mécanismes purement physiques, qui ressemblaient à ceux d’une machine et ne subissaient aucune influence mentale ou mystique. Suivant ce paradigme, les autres sciences et sous-disciplines s’étaient fixé pour objectif de classifier et d’expliquer tous les éléments et les processus fondamentaux du monde.

Cependant, à la fin du XIXe siècle, à l’apogée du paradigme mécaniste, on remit en cause les hypothèses fondamentales de la physique qui avaient créé ce genre de science. Soudain, au lieu d’être un espace mort, sans âme, l’univers se mit à ressembler à un immense champ d’énergie mystérieuse et dynamique, une énergie qui sous-tend toutes choses et interagit avec elle-même d’une façon que l’on ne peut qualifier que d’intelligente.

La nouvelle physique.

L’idée que l’univers était intelligent apparut avec les travaux d’Albert Einstein, qui révolutionnèrent la physique en quelques décennies. Comme Fritjof Capra l’a montré dans Le Tao de la physique, Einstein surgit sur la scène au moment où les scientifiques avaient du mal à intégrer certaines données expérimentales en se servant de la vieille méthode. Le comportement de la lumière, par exemple, ne semblait pas cadrer avec la conception mécaniste newtonienne[21].

Maxwell et Faraday avaient montré en 1860 que la lumière pouvait très bien être décrite comme un champ d’oscillation électromagnétique qui déformait l’espace en le traversant sous la forme d’ondes. Cette idée d’une déformation de l’espace était clairement inimaginable dans le cadre newtonien, parce que, pour qu’elle cadre avec cette théorie, une onde avait besoin d’un support matériel pour voyager mécaniquement. Soucieux de résoudre ce problème, Faraday et Maxwell émirent l’hypothèse de l' »éther », un gaz omniprésent pouvant jouer ce rôle[22].

Grâce à une série de brillantes découvertes, Einstein affirma que l’éther n’existait pas et que la lumière se déplaçait dans l’univers sans le moindre support mais en déformant l’espace. Par la suite, Einstein posa comme principe que cet effet expliquait également la force de la gravité; il soutint que cette gravité n’était pas du tout une force, au sens traditionnel où Newton l’avait décrite, mais qu’elle résultait de la façon dont la masse d’une étoile ou d’une planète modifiait l’espace.

Selon Einstein, la Lune, par exemple, ne gravite pas autour de notre planète parce qu’elle est attirée par la plus grande masse de la Terre, qui la tirerait derrière elle comme s’il s’agissait d’une balle tournoyant au bout d’une corde. La Terre déforme l’espace qui l’entoure, d’une façon qui le rend courbe, de sorte que la Lune en réalité se déplace sur une ligne droite, suivant les lois de l’inertie, mais continue à graviter autour de notre planète.

Pour Einstein, nous ne vivons pas dans un univers où l’espace s’étendrait vers l’extérieur, dans toutes les directions et à l’infini. L’univers dans son ensemble est courbé par la totalité de la matière qu’il contient d’une façon incroyablement mystérieuse. Si nous devions voyager en suivant une ligne parfaitement droite dans une direction donnée, suffisamment longtemps et sur une distance suffisamment grande, nous retournerions exactement au point d’où nous sommes partis. Par conséquent l’espace et l’univers n’ont pas de limites, bien qu’ils soient finis comme une sphère, ce qui élude des questions comme : Qu’y a-t-il à l’extérieur de l’univers ? Existe-t-il d’autres univers ? D’autres réalités dimensionnelles ?

Einstein poursuivit en affirmant que le temps objectif est aussi modifié par l’influence de grandes masses et par la vitesse. Plus intense est le champ gravitationnel dans lequel une horloge est placée, ou plus rapidement l’horloge elle-même voyage, et plus lentement s’écoule le flux du temps, comparativement à une autre horloge. Au cours d’une expérience imaginaire désormais fameuse, Einstein démontra comment une horloge placée dans un vaisseau spatial se déplaçant à une vitesse proche de la lumière fonctionnerait plus lentement qu’une horloge placée sur Terre. Les occupants du vaisseau spatial ne remarqueraient pas la différence mais vieilliraient en fait beaucoup moins durant leur vol que leurs homologues restés sur notre planète[23].

Einstein expliqua également la constance de la vitesse de la lumière, quel que soit le mouvement additionnel ajouté ou soustrait à cette vitesse. Quand nous roulons en voiture, par exemple, et que nous jetons une balle devant notre véhicule, la vitesse absolue de la balle correspond à celle de l’auto, additionnée de la vitesse relative de la balle jetée en avant. Mais ce n’est pas le cas de la lumière. La vitesse de la lumière visible, ainsi que celle de tous les autres phénomènes électromagnétiques, est de 297.000 kilomètres par seconde. Même si nous nous déplaçons à 291.000 kilomètres par seconde et que nous braquions une lampe électrique devant nous, la vitesse de la lumière sortant de cette lampe n’est pas celle de sa vitesse ajoutée à notre propre vitesse : elle reste constante à 297.000 kilomètres par seconde. À elle seule, cette découverte, une fois qu’on l’a bien comprise, ébranle la vieille idée d’un univers mécanique.

Avançant sans doute son idée la plus révolutionnaire, Einstein affirma aussi que la masse d’un objet physique et l’énergie qu’il contenait étaient en fait interchangeables suivant la formule E=mc². En clair, Einstein montra que la matière n’était rien d’autre qu’une forme de la lumière[24].

L’oeuvre d’Einstein eut le même effet que l’ouverture de la boîte de Pandore. Le paradigme s’éloigna de la notion d’un univers mécanique, et un courant de nouvelles découvertes commença à démontrer à quel point l’univers est mystérieux.

Des pionniers comme Niels Bohr, Wolfgang Pauli et Werner Heisenberg produisirent les premières données nouvelles avec la physique quantique. Depuis la Grèce ancienne, la physique avait cherché à trouver les composants essentiels de la nature, en divisant la matière en des éléments chaque fois plus petits. L’idée de l’atome fut confirmée, mais lorsque les physiciens distinguèrent des particules encore plus petites dans l’atome, les protons et les électrons, ils se rendirent compte de l’échelle étonnante que cela impliquait. Comme le raconte Capra, si le noyau d’un atome a la taille d’un grain de sel, alors les électrons se trouvent à des dizaines de mètres de lui.

De plus, ces particules élémentaires se comportaient d’une façon surprenante quand on les observait. Comme la lumière elle-même, elles semblaient agir aussi bien en ondes qu’en objets dotés d’une masse, selon le type d’expérience que choisissaient les scientifiques. En fait, au début du XXe siècle, de nombreux physiciens quantiques suggérèrent que l’acte d’observation et l’intention des scientifiques affectaient directement le comportement et l’existence de ces particules élémentaires[25].

Peu à peu, les physiciens se demandèrent même si cela avait le moindre sens d’appeler ces entités des particules. En effet, elles ne se comportaient à aucun point de vue comme des éléments « matériels ». Si, par exemple, on les scinde en deux, les unités séparées se révèlent être des particules jumelles de même taille et de même nature. Et, plus étonnant encore, ces substances élémentaires communiquent entre elles, par-delà le temps et l’espace, d’une façon que ne peut admettre le vieux paradigme mécaniste. Des expériences ont montré que, si une particule est divisée en deux, et que l’on modifie l’état ou le spin de l’un des éléments jumeaux, alors l’autre se transforme automatiquement, même s’il se trouve très loin du premier[26].

Suite à cette découverte, le physicien John Bell conçut son célèbre théorème qui stipule que, une fois connectées, les entités atomiques le restent toujours, un phénomène tout à fait magique pour l’ancien point de vue newtonien. De plus, les dernières théories physiques sur les « supercordes » et l’hyperespace ajoutent encore du mystère à ce tableau : l’univers engloberait des dimensions multiples, incroyablement petites ; quant à la matière et à l’énergie elles se réduiraient aux vibrations des « cordes »[27].

Bien sûr, cette nouvelle description de l’univers par les physiciens affecta également les autres disciplines, en particulier la biologie. Obéissant au vieux paradigme, la biologie avait réduit la vie à des réactions chimiques et mécaniques. Et la théorie mécaniste de l’évolution proposée par Darwin avait permis à la biologie d’expliquer, sans faire référence à des facteurs spirituels, qu’il existait un vaste éventail de formes de vie sur cette planète, y compris l’espèce humaine, qui fonctionnaient de façon aléatoire dans la nature.

Que la vie ait évolué de formes plus petites jusqu’à des formes plus grandes sur cette planète est indéniable, les vestiges laissés par les fossiles en témoignent. Mais la description du nouvel univers mystérieux par les physiciens remit en cause la description matérialiste darwinienne de l’évolution.

Selon Darwin, les mutations se produisaient au hasard parmi la progéniture des membres de chaque espèce, donnant à leurs descendants des caractéristiques légèrement différentes. Si celles-ci se révélaient avantageuses, ces individus survivaient en plus grand nombre, et finalement la caractéristique nouvelle devenait une caractéristique générale de l’espèce. Selon lui, par exemple, quelques-uns des ancêtres de la girafe actuelle ont eu, par hasard, des longs cous, et parce que ce développement s’est révélé être un atout (car cela leur permettait d’atteindre plus de sources de nourriture), la progéniture de ces animaux a survécu en plus grand nombre et toutes les girafes ont fini par avoir de longs cous.

Dans l’univers matérialiste, dépourvu de mystère, l’évolution ne saurait être conçue d’une autre façon. Mais, aujourd’hui, on peut analyser différemment certains problèmes. En effet, les récentes projections de données montrent qu’un processus complètement aléatoire aurait été très lent, et que les formes de vie auraient eu besoin, pour atteindre chaque étape, de beaucoup plus d’années qu’elles n’en ont mis pour évoluer sur Terre. Par ailleurs, les fossiles à notre disposition n’attestent pas de l’existence de chaînons manquants ou de créatures transitoires indiquant le passage graduel d’une espèce à une autre[28].

Certes, les organismes multicellulaires ont succédé à des organismes monocellulaires. Les reptiles et les mammifères ne sont pas apparus avant que les poissons et les amphibiens se développent. Mais le processus a sans doute sauté d’une espèce complètement formée à la suivante, et la nouvelle espèce est apparue en même temps dans différents endroits de la planète. Les aspects mystérieux de l’univers décrit par la nouvelle physique suggèrent que l’évolution fonctionne selon un but plus défini que Darwin ne l’avait supposé.

En dehors de la biologie, la nouvelle physique affecta l’approche de bien d’autres disciplines, en particulier la psychologie et la sociologie, car ses hypothèses changeaient radicalement notre vision de l’univers. Il n’est plus possible de penser que nous vivons dans un monde constitué uniquement d’une matière solide. Si nous sommes attentifs, nous savons que chaque chose autour de nous est un mystérieux schéma vibratoire d’énergie, la matière de la lumière… et cela nous inclut.

L’énergie universelle, le ch’i et le champ de l’énergie humaine.

Les conceptions de la nouvelle physique et les philosophies orientales (hindouisme, bouddhisme, taoïsme) appréhendent la réalité de façon comparable sur certains points. La nouvelle physique considère le monde de la matière et de la forme comme un champ d’énergie quantique qui englobe tout. Sous la surface des choses du monde, il n’existe pas de composants essentiels de la nature, seulement un réseau interconnecté de relations d’énergie.

Les principales philosophies orientales défendent essentiellement la même position, mais au lieu d’arriver à cette conclusion au terme d’une expérimentation objective, elles y sont parvenues après des siècles d’attentive observation intérieure. L’univers qui nous entoure est essentiellement un tout indivisible, qui comprend une vie ou une force spirituelle, et nous pouvons le vérifier.

Chacune de ces religions a sa propre méthode pour obtenir une plus grande connexion avec l’univers dans son ensemble. Mais toutes affirment que les êtres humains, même s’ils sont intimement liés à cette énergie subtile (le prana, ch’i ou ki), sont habituellement coupés de ses niveaux supérieurs. Différentes disciplines liées à ces religions orientales, la méditation et les arts martiaux, par exemple, visent à renouer cette relation, et l’on a constaté des résultats spectaculaires. Des yogis orientaux ont déployé une force incroyable, contrôlé leur corps ou résisté à des températures très élevées ou très basses[29].

Selon certaines théories orientales, l’énergie qui circule chez les êtres humains se manifeste sous la forme d’un champ de lumière (ou aura) qui les encercle. Cette énergie est souvent perçue comme une lumière colorée qui émane de chaque être humain. La forme ou la tonalité distinctives de cette lumière reflètent l’être profond et le caractère de l’individu en question.

Dans les années 1950, lorsque les conceptions de la nouvelle physique se mirent à circuler dans les médias, les affirmations ésotériques de l’Orient, fondées strictement sur l’observation intérieure, commencèrent soudain à être prises plus au sérieux par les psychologues et les sociologues occidentaux. L’Orient avait créé un système dans lequel le potentiel de l’être humain était beaucoup plus ouvert et de plus grande portée. Plus ces concepts devenaient connus, plus le vieux paradigme éclatait dans les autres disciplines. La nouvelle physique nous avait offert une conception de l’univers différente, et désormais un mouvement similaire dans les sciences humaines allait nous apporter une autre compréhension de nous-mêmes.

Le mouvement du potentiel humain.

Au milieu du XXe siècle, la psychologie occidentale s’intéressait surtout aux rapports entre l’esprit de l’homme et ses actes, autrement dit, notre comportement. Suivant le paradigme mécaniste, les psychologues cherchaient à réduire toutes les actions humaines à un principe ou une formule uniques, d’où, par exemple, le modèle comportementaliste de l’interaction stimulus-réponse élaboré par le behaviorisme.

Une autre discipline importante, la psychiatrie, se préoccupait de la psychologie humaine et suivait, quant à elle, le modèle de la pathologie médicale créé d’abord par Sigmund Freud. Penseur de la fin du XIXe siècle, le grand théoricien viennois avait attentivement observé la structure de l’esprit, fondant ses théories sur des concepts réductionnistes et biologiques acceptables pour le paradigme mécaniste.

Freud postula le premier que les traumatismes de l’enfance se traduisaient souvent par des peurs et des réactions névrotiques dont les êtres humains n’étaient généralement pas conscients. Il en conclut que le comportement des hommes était fondamentalement motivé par le besoin d’accroître le plaisir et d’éviter la douleur.

À la fin des années 1950, cependant, les mystères révélés par la nouvelle physique, l’influence croissante des philosophies orientales, et les mouvements concomitants de l’existentialisme et de la phénoménologie en Occident inspirèrent un troisième développement théorique dans la psychologie. Initiée par Abraham Maslow et un certain nombre d’autres penseurs et théoriciens, cette nouvelle orientation proposa une façon plus complète d’étudier la conscience humaine[30].

Rejetant le behaviorisme comme trop abstrait et les théories de Freud parce qu’elles accordaient trop d’importance au désir sexuel et à sa sublimation, ces scientifiques voulaient explorer l’esprit en se concentrant sur la perception elle-même. Sur ce point, ils furent profondément influencés par l’Orient, où l’on étudiait la conscience à partir de l’intérieur, en se préoccupant de la façon dont chacun perçoit effectivement sa propre conscience. Au fur et à mesure que notre vie progresse, nous regardons le monde à travers nos sens, nous interprétons ce qui se passe autour de nous selon nos souvenirs et nos attentes, et nous utilisons nos pensées et nos intuitions pour agir. On appela cette nouvelle démarche la psychologie humaniste, et elle se développa à pas de géant au cours des années 1960 et 1970.

Les psychologues humanistes ne nient pas que nous sommes souvent inconscients de ce qui motive notre comportement. Ils admettent que les êtres humains ont tendance à limiter leur propre expérience, et répètent souvent des scénarios et automatismes conçus pour réduire l’angoisse. Mais ils s’intéressent aussi à la façon dont nous pouvons nous libérer de certains comportements, dépasser nos scénarios et nous ouvrir à l’expérience spirituelle à notre disposition.

Cette nouvelle perspective conduisit à la redécouverte du travail de Cari Jung, le psychanalyste suisse, qui rompit avec Freud en 1912 pour développer ses propres théories, y compris le principe de la synchronicité. Selon Jung, lorsque nous observons le monde, nous ne cherchons pas seulement à éviter la douleur et à maximiser les plaisirs hédonistes, comme Freud le pensait, même si cela semble se passer ainsi au niveau inférieur de la conscience. Nous avons par-dessus tout besoin, affirmait Jung, d’atteindre une plénitude psychologique et de réaliser notre potentiel intérieur.

Dans ce voyage, nous sommes aidés par des outils déjà installés dans notre cerveau : les archétypes. Plus nous évoluons sur le plan psychologique, plus nous pouvons redécouvrir, ou activer, ces archétypes et ainsi progresser vers la réalisation de notre moi. Le premier stade de la croissance personnelle passe par la différenciation, étape durant laquelle nous devenons conscients de nous-mêmes et du milieu où nous sommes nés et avons commencé à acquérir notre personnalité propre. Nous devons trouver une niche pour nous-mêmes dans le monde que nous avons découvert durant notre enfance, donc acquérir une certaine formation, comprendre le fonctionnement de la société et décider d’une façon de gagner notre pain quotidien.

Lorsque nous effectuons ce parcours, nous affinons le pouvoir de notre ego et notre volonté, en remplaçant l’ensemble des automatismes que nous avons appris par une façon rationnelle d’interpréter les événements. Cela devient notre méthode pour nous défendre dans la vie, et élargir notre moi dans ce monde, en tant qu’individus uniques ayant des conceptions uniques. Cette étape passe d’abord par une phase où l’on est narcissique (égoïste), voire imbu de soi-même (égotiste), mais elle finit par activer complètement l’archétype du Héros. À ce stade, nous sommes prêts à trouver une mission importante dans la société; nous nous sentons fiers et déterminés à l’accomplir.

Pendant que nous continuons à progresser, nous dépassons la phase du héros et activons l’archétype du Soi, une étape de notre développement personnel durant laquelle nous dépassons un concept du moi fondé sur le seul contrôle de notre milieu. Nous acquérons alors une conscience davantage dirigée vers l’intérieur, où l’intuition et la logique coopèrent activement, et nos objectifs s’harmonisent davantage avec nos images et nos rêves intérieurs sur ce que nous voulons vraiment faire.

Selon Jung, durant cette phase se produit la réalisation de soi, et la perception de la synchronicité augmente. Bien qu’elle se manifeste brièvement à chaque étape, la perception des coïncidences significatives devient alors plus instructive. Les événements de notre vie réagissent à notre volonté de progresser, et la synchronicité augmente[31].

Grâce à Jung, on comprit mieux le contexte global qui explique l’apparition de blocages durant ce processus. De Sigmund Freud à Otto Rank, en passant par Norman O. Brown et Ernest Becker, se dessine une certaine progression des connaissances psychologiques. Les êtres humains fabriquent des opinions et des comportements (des scénarios) particuliers qui déterminent leur style de vie et auxquels ils s’accrochent de façon inflexible car ils leur permettent de chasser l’angoisse de leur conscience. Cela va des manies incontrôlables et des habitudes névrotiques jusqu’aux idées et croyances religieuses inébranlables. Tous ces scénarios ont un aspect commun : leur rigidité et leur résistance à tout débat ou discussion rationnels.

Les psychologues humanistes ont ensuite découvert que la société humaine se caractérise par des luttes de pouvoir irrationnelles visant seulement à conserver ces scénarios intacts. Et plusieurs penseurs, dont Gregory Bateson et R. D. Laing, dessinèrent les contours de ce processus[32].

On fit une découverte capitale : la double contrainte, suivant laquelle les êtres humains écartent toutes les idées proposées par les autres afin de dominer les relations qu’ils ont avec eux. Comme Laing l’a démontré, quand les parents infligent cette attitude à leurs enfants, de tragiques conséquences en découlent. Lorsque tout ce que propose un enfant est soumis à la critique, celui-ci se réfugie dans une attitude extrêmement défensive et développe des réactions excessives pour se protéger. Quand ces enfants grandissent, leur attitude défensive et leur besoin de contrôler toutes les situations les conduisent à utiliser inconsciemment des techniques de double contrainte, spécialement envers leurs propres enfants, et ainsi ce rapport se perpétue d’une génération à l’autre.

Ces psychologues des interactions ont découvert que ce mode de communication humaine se répandait dans la société comme une véritable épidémie, créant une culture où chacun essayait, de façon défensive, de contrôler et dominer autrui. Dans ces conditions, la réalisation de soi et la créativité spirituelle étaient limitées, parce que la plupart des individus s’efforçaient de dominer les autres et de renforcer leurs scénarios, au lieu de s’ouvrir aux possibilités que leur offrent la vie et les relations avec leurs congénères.

Durant plusieurs décennies, ces découvertes furent largement popularisées, particulièrement aux États-Unis. Le livre du Dr Éric Berne (Des jeux et des hommes) passait en revue les principaux scénarios et manipulations et les décrivait en détail. I’m OK ! You’re OK, de Thomas Harris, expliquait comment l’analyse transactionnelle aide à analyser la véritable nature des conversations humaines et à progresser vers des relations plus mûres[33]. Une nouvelle conscience de la qualité de nos interactions fit son chemin dans notre culture, et on avança l’hypothèse qu’il était possible de dépasser ces comportements.

Plus se répandait l’idée humaniste qu’un niveau supérieur d’expérience était à notre portée, plus le mystère de notre existence lui-même fut largement débattu parmi les humanistes. La conception de l’évolution formulée par Darwin fut alors réévaluée, et remise en cause par des penseurs comme Pierre Teilhard de Chardin et Sri Aurobindo[34]. Selon eux, l’évolution ne se produit pas de façon arbitraire mais progresse vers un but déterminé. L’évolution de la vie, des premiers organismes aux animaux et plantes plus complexes, a un objectif, les êtres humains ne sont pas des accidents de la nature. L’évolution actuelle de notre société, y compris notre voyage vers les royaumes supérieurs de l’expérience spirituelle, marque l’aboutissement d’un plan divin bien antérieur.

Dans ses travaux, Rupert Sheldrake avance que les formes biologiques sont créées et soutenues par des champs morphogéniques. Ces champs n’ont, par nature, pas de localisation; ils créent une structure invisible que les cellules, les molécules et les organes suivent au fur et à mesure qu’ils se différencient et se spécialisent pour créer une forme de vie particulière. De plus, ces champs évoluent avec le temps, alors que chaque génération d’une espèce est non seulement structurée par ces champs sous-jacents mais les modifie aussi lorsqu’ils viennent à bout de certains obstacles dans l’environnement.

Par exemple, un poisson, afin de se développer correctement dans sa niche biologique, peut avoir besoin de nouvelles nageoires pour nager plus rapidement. Selon Sheldrake, la volonté du poisson déclenche un changement dans le champ morphogénique de cette espèce qui se reflète dans le fait que sa progéniture développe exactement ces nageoires. Cette théorie avance l’hypothèse que les sauts constatés chez les fossiles se sont peut-être aussi produits de cette façon, lorsque les membres d’une espèce donnée créent un champ morphogénique qui produit non seulement des caractéristiques additionnelles, mais un saut vers une forme de vie entièrement nouvelle. Par exemple, un poisson a peut-être atteint la limite de son évolution dans l’eau et eu une progéniture qui était en fait une nouvelle espèce : les amphibiens, qui surent ramper jusqu’à la terre ferme.

Selon Sheldrake, ce processus pourrait également rendre compte de l’évolution sociale des hommes. À travers l’Histoire nous avons, comme d’autres formes de vie, repoussé les frontières de nos connaissances, et toujours cherché à évoluer vers une compréhension plus complète de notre environnement et la réalisation de notre potentiel intérieur. À tout moment, le niveau de capacité et de conscience humaine peut être analysé en termes de champ morphogénique partagé. Au fur et à mesure que les individus mettent en pratique certaines capacités particulières, courir plus vite, capter les pensées d’autrui, avoir des intuitions, le champ morphogénique progresse et s’élargit non seulement pour eux mais pour tous les hommes. C’est pourquoi les inventions et les découvertes sont proposées souvent au même moment par des individus qui n’ont aucun contact entre eux. À cette étape, les découvertes de la physique moderne et les derniers résultats des recherches sur les effets de la prière et de l’intention ont commencé à fusionner. Nous sommes intimement connectés à l’univers, et les uns aux autres. L’influence de nos pensées sur notre monde est plus puissante que quiconque ne l’a jamais rêvé.

L’univers nous répond.

Au cours des dernières décennies, des chercheurs en psychologie ont commencé à étudier sérieusement l’effet de nos intentions sur l’univers physique. Certaines des premières découvertes dans ce domaine concernèrent le bio-feedback. Des centaines d’études ont montré que nous pouvons influencer beaucoup des fonctions corporelles dont on pensait autrefois qu’elles étaient totalement contrôlées par le système neurovégétatif, y compris le rythme cardiaque, la tension artérielle, le système immunitaire et les ondes de l’activité électrique cérébrale. Presque tous les processus biologiques mesurables sont sensibles à notre volonté[35]. Des recherches récentes, cependant, ont prouvé que notre connexion et notre influence ont des effets bien plus importants. Nos intentions affectent aussi le corps des autres, leur esprit et le déroulement des événements dans le monde. La nouvelle physique a montré que nous sommes reliés d’une façon qui dépasse les limites de l’espace et du temps. Le théorème de Bell s’applique autant à nos pensées qu’au fonctionnement des particules élémentaires.

Personne n’a contribué davantage à la popularisation de cette nouvelle compréhension que le Dr Larry Dossey, qui a écrit une série de livres consacrés au pouvoir de l’intention et de la prière. En reprenant les recherches passées et actuelles, de F. W. H. Myers à Laurence LeShan, de J. B. Rhine au laboratoire de recherche de Princeton sur les anomalies en matière d’ingénierie, Dossey a présenté une liste impressionnante de preuves que nous pouvons traverser l’espace, et parfois le temps, pour modifier le monde[36].

Dans son livre Recovering the Soul, Dossey cite une étude où des sujets ont été rassemblés pour tester leur capacité à recevoir de l’information à de grandes distances. Lorsqu’on leur demande de nommer une carte tirée au hasard par une personne située à des centaines de kilomètres de là, ils sont non seulement capables de le faire avec une rapidité plus grande que ce qu’autorise la chance ou le calcul des probabilités, mais souvent ils reçoivent l’information avant même que la carte ne soit effectivement tirée.

Dans d’autres études conçues pour tester davantage cette capacité, des sujets ont pu indiquer un groupe de chiffres produits par un générateur de nombres aléatoires avant même que le programme ait fini son travail. Cette expérience et d’autres études semblables ont une signification et des implications capitales, parce qu’elles démontrent l’existence de capacités que beaucoup d’entre nous ont observées à de nombreuses reprises. Non seulement nous sommes reliés les uns aux autres télépathiquement, mais nous avons aussi une capacité précognitive ; nous sommes capables de capter des images ou des intuitions à propos d’événements à venir, particulièrement s’ils affectent notre vie et notre développement personnel[37].

Cependant nos capacités ont une portée bien plus grande. Nous pouvons non seulement recevoir des informations sur le monde avec notre esprit, mais aussi mentalement modifier la réalité. Dossey cite une étude, maintenant très connue, menée par le Dr Randolph Byrd à l’hôpital général de San Francisco. Elle concernait deux groupes de patients atteints d’un cancer du poumon : le premier, le groupe A, était au centre des prières d’un groupe de volontaires, mais pas le groupe B[38]. Dossey raconte que les individus du groupe A eurent besoin de cinq fois moins d’antibiotiques et eurent trois fois moins de liquide dans les poumons que les sujets du groupe de contrôle. De plus, aucun des membres du groupe A n’eut besoin d’une ventilation artificielle, contre douze personnes du groupe B.

D’autres études citées par Dossey montrent que la prière et l’intention fonctionnent aussi bien avec les plantes (davantage de graines poussent), les bactéries (le taux de croissance augmente) et les objets inanimés (la façon dont tombent des balles de polystyrène en est affectée)[39].

Un groupe d’études est parvenu à un résultat particulièrement intéressant. Bien que notre capacité de modifier la réalité fonctionne dans les deux cas, une intention non directive (on souhaite que l’issue la plus favorable se réalise sans pour autant formuler son opinion) fonctionne mieux qu’une intention directive (on pense intensément qu’un résultat spécifique doit se produire). Cela semble indiquer qu’il existe un principe (ou une loi) qui régit notre capacité de connexion avec le reste de l’univers et qui contrôle notre ego.

Les études citées par Dossey suggèrent également que nous devons connaître personnellement le sujet de notre prière et que l’intention globale, qui découle d’un sentiment de connexion avec le divin ou avec notre moi supérieur, est celle qui fonctionne le mieux. De plus, certaines expériences confirment que nos intentions ont un effet cumulatif. Autrement dit, les sujets pour lesquels on prie pendant une longue période bénéficient davantage de notre intervention que ceux pour lesquels on prie pendant une courte période.

Dossey cite aussi des études indiquant que nos opinions générales modifient la réalité tout comme nos intentions ou nos prières les plus conscientes. La fameuse expérience d’Oak School en offre un excellent exemple. Dans cette école on a affirmé aux professeurs qu’un groupe d’élèves, repérés par des tests, pourraient faire de grands progrès durant l’année scolaire. En fait ces enfants avaient été choisis complètement au hasard. À la fin de l’année, ces jeunes gens enregistrèrent des progrès significatifs non seulement au niveau de leurs résultats (qui peuvent s’expliquer par le fait que les professeurs leur ont consacré davantage d’attention) mais aussi dans les tests de QI conçus pour mesurer leurs capacités innées[40]. En d’autres termes, les préjugés favorables des enseignants firent évoluer la capacité réelle d’apprentissage de leurs étudiants.

Malheureusement, cet effet semble opérer dans un sens négatif également. Dans son récent livre Be Careful What You Pray For, You Just Might Get It, Dossey cite des études montrant que nos opinions inconscientes font parfois du tort à autrui. Supposons, par exemple, que nous priions pour que quelqu’un change d’avis ou s’arrête de se comporter comme il le fait, avant même de vérifier soigneusement s’il a raison ou non sur ce point. Ces pensées sortent de nous et créent un doute chez l’autre. Le même phénomène se produit quand nous avons des pensées négatives à propos des actes ou de l’apparence extérieure d’une autre personne. Très souvent nous n’exprimons pas ouvertement ce genre d’opinion, mais comme nous sommes tous connectés, elles jaillissent de notre esprit comme des poignards pour influencer l’opinion de quelqu’un à propos de lui-même, et parfois même son comportement[41].

Nous influençons aussi négativement la réalité de nos propres situations avec nos pensées inconscientes. Quand nous avons une opinion négative sur nos capacités personnelles, notre apparence, ou nos perspectives d’avenir, cela influence la façon dont nous nous sentons et ce qui nous arrive d’une façon très réelle.

Vivre la nouvelle réalité.

Nous distinguons dorénavant le tableau d’ensemble que nous offre la nouvelle science. Maintenant, quand nous flânons dans notre jardin ou dans un parc en admirant le paysage, par une belle journée ensoleillée, nous devons voir un nouveau monde. L’univers ne s’étend pas dans toutes les directions, sans limites. Physiquement infini, sa courbure le rend limité et fini. Nous vivons à l’intérieur d’une bulle d’espace-temps, et comme les physiciens de l’hyperespace nous avons l’intuition qu’il existe d’autres dimensions. Et quand, autour de nous, nous observons les formes à l’intérieur de cet univers, nous ne voyons plus une matière solide mais de l’énergie. Chaque chose, y compris nous-mêmes, n’est rien d’autre qu’un champ d’énergie, de lumière. Nous nous influençons et nous interagissons tous les uns sur les autres.

En fait, la plupart de ces descriptions de la nouvelle réalité ont déjà été confirmées par notre propre expérience. Il nous est tous arrivé une fois au moins de percevoir qu’une autre personne captait nos pensées, de savoir ce qu’un interlocuteur ressentait ou allait dire, de pressentir qu’un événement allait ou pourrait se produire. Et ces prémonitions ont souvent été suivies par des intuitions qui nous indiquaient où nous devions aller ou ce que nous devions faire pour être exactement au bon moment et au bon endroit. Notre attitude et nos intentions vis-à-vis des autres sont extrêmement importantes. Comme nous le verrons plus loin, quand nous pensons de façon positive, que nous élevons notre esprit et celui des autres en même temps, des événements incroyables se produisent.

Nous avons un défi à relever : mettre tout cela en application dans notre quotidien. Nous vivons dans un univers intelligent, rempli d’énergie et de dynamisme, qui nous répond. Les attentes et les opinions des autres rayonnent vers nous et nous influencent.

L’assimilation de la nouvelle conscience spirituelle passe par plusieurs étapes. Nous allons maintenant décrire les attentes et les mécanismes de domination des êtres humains, les luttes pour l’énergie qui les opposent, et apprendre à négocier avec les autres d’une façon plus efficace.

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